Publié le 22 octobre 2024. L’affaire Villarejo continue de monopoliser l’attention de la justice espagnole, avec une enquête approfondie sur les liens entre le commissaire José Manuel Villarejo, la banque BBVA et des contrats présumés illicites, pour lesquels plus de 10 millions d’euros auraient été versés. Le juge Antonio Piña accélère la procédure, malgré des complications liées à une expertise numérique cruciale.
- Le juge Antonio Piña hérite d’un dossier complexe de l’ancien magistrat Manuel García-Castellón.
- Une expertise numérique menée par Fernando Lacasa est au cœur des investigations, mais rencontre des difficultés.
- La tentative d’OPA hostile de BBVA sur Banco Sabadell a potentiellement ralenti la procédure judiciaire.
L’affaire Villarejo, vaste réseau de dérives policières et d’intérêts occultes, continue de livrer ses secrets. Le juge Antonio Piña, du Tribunal National, s’efforce de démêler les fils de ce dossier “empoisonné”, hérité de son prédécesseur, Manuel García-Castellón. Au cœur des préoccupations : les contrats que le commissaire José Manuel Villarejo, via sa société CENYT, aurait passés avec la banque BBVA entre 2004 et 2017. La banque est soupçonnée d’avoir déboursé plus de 10 millions d’euros (10 000 000 €) pour ces prestations.
L’enquête cible non seulement la banque elle-même, mais également son ancien président, Francisco González, ainsi que plusieurs anciens cadres, dont Julio Corrochano, ex-directeur de la sécurité. En juin 2024, le procureur Alejandro Cabaleiro avait demandé la conclusion de l’instruction, ouverte en 2019. Le juge Piña avait alors rendu un acte d’accusation, immédiatement contesté devant la Chambre criminelle du Tribunal National.
Les délais de la justice, souvent plus lents que souhaité, sont d’autant plus sensibles pour une entreprise cotée à l’Ibex 35. L’affaire a connu des périodes de stagnation, notamment en raison de la tentative de BBVA de lancer une offre publique d’achat (OPA) hostile sur Banco Sabadell, qui a finalement échoué mi-2024. Selon des sources juridiques, ces 17 mois d’offensive (infructueuse) auraient créé une sorte de “vide procédural”, sans lien direct avec les intérêts des parties lésées.
Cette interprétation est toutefois contestée par des sources du Tribunal National, qui soulignent que le ralentissement de l’enquête ne serait pas dû à l’OPA, ni à une volonté de ne pas prendre de décisions susceptibles d’affecter la banque pendant cette période. La principale raison invoquée est l’attente d’un rapport d’expertise crucial.
L’expertise numérique au point mort
En novembre 2023, le juge avait autorisé l’expert Fernando Lacasa, alors directeur de la médecine légale du cabinet de conseil Grant Thornton Espagne, à analyser les preuves numériques fournies par BBVA. Lacasa avait déjà travaillé pour l’homme d’affaires Luis Del Rivero, qui se considère comme une victime dans cette affaire. En 2024, les avocats de Del Rivero ont fait état de “difficultés” dans l’analyse des millions de données fournies par BBVA, accusant même Torres d’une attitude obstructive.
Malgré ces obstacles, le juge Piña semble déterminé à ne pas laisser traîner l’affaire. Le 6 octobre dernier, avant l’échec de l’OPA, il a donné à l’expert de Del Rivero un délai de 30 jours pour soumettre son rapport, soulignant que tout retard serait injustifié. Il a même averti que, en cas de non-respect de ce délai, les demandes de Del Rivero seraient considérées comme retirées, afin de garantir le droit des parties à une procédure dans des délais raisonnables.
Le magistrat accélère donc l’enquête sur les différentes missions réalisées par le commissaire Villarejo pour le compte de BBVA, notamment l’obtention d’informations sur la tentative du groupe Sacyr (dont Del Rivero était le président) de prendre une participation significative dans la banque – un projet connu sous le nom de “Projet Trap”.
Selon des sources juridiques, sur les 49 volets composant l’affaire Tándem – le dossier global Villarejo – huit sont encore en cours d’instruction, et celui concernant BBVA en fait partie.
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