Publié le 23 octobre 2025 à 11h08. Les États-Unis ont accordé à l’Argentine une ligne de crédit de 20 milliards de dollars, complétée par un financement privé supplémentaire, dans une tentative controversée de soutenir le peso et d’influencer le résultat des prochaines élections législatives.
- Un accord de 40 milliards de dollars a été conclu pour stabiliser l’économie argentine et soutenir le gouvernement de Javier Milei.
- Des critiques s’élèvent contre cette intervention, la qualifiant d’ingérence électorale et de risque financier pour les contribuables américains.
- Certains experts estiment que la dollarisation complète de l’économie argentine serait une utilisation plus efficace de ces fonds.
L’administration américaine a récemment mis en place un mécanisme de soutien financier à l’Argentine, comprenant un prêt de 20 milliards de dollars et la mobilisation de 20 milliards de dollars supplémentaires provenant de sources privées. Cette intervention intervient à un moment critique pour le gouvernement de Javier Milei, confronté à des difficultés économiques et à une impopularité croissante, notamment après des résultats décevants aux élections provinciales de Buenos Aires en septembre dernier. L’objectif affiché est de prévenir une chute du peso argentin, qui pourrait compromettre le programme de désinflation en cours et nuire aux chances du parti de Milei lors des élections législatives à venir.
Avant d’accéder à la présidence en décembre 2023, Javier Milei avait fait de la dollarisation de l’économie argentine une promesse de campagne. Cependant, face à la situation financière précaire du pays, il a opté pour une politique de désinflation plus orthodoxe, basée sur des réductions drastiques des dépenses publiques et des interventions sur le marché des changes pour freiner la dépréciation du peso. Si ces mesures ont permis de ramener l’inflation à environ 30 % sur un an – un niveau relativement bas pour l’Argentine – elles ont également entraîné une surévaluation du taux de change et une détérioration des conditions économiques pour une grande partie de la population.
L’accord conclu avec les États-Unis a été perçu comme un coup de pouce significatif pour Milei, qui entretient une relation privilégiée avec le président Trump, qualifié de « président préféré » par le dirigeant argentin. Les fonds américains seront utilisés par la banque centrale argentine pour acheter des pesos sur le marché des changes, dans le but de soutenir leur valeur. L’administration américaine est également intervenue directement en achetant des pesos. Parallèlement, elle travaille à mobiliser les 20 milliards de dollars supplémentaires promis par des prêteurs privés, qui cherchent à se prémunir contre d’éventuelles pertes en exigeant des garanties.
Cette intervention soulève toutefois de nombreuses questions. Elle est critiquée pour son caractère potentiellement interventionniste dans les affaires intérieures d’un autre pays, pour sa base politique plutôt que économique, et pour le risque qu’elle affaiblit l’influence d’institutions internationales comme le Fonds monétaire international (FMI). De plus, l’Argentine est un pays endetté chronique, avec une dette envers le FMI s’élevant à environ 57 milliards de dollars, soit plus du triple de celle de tout autre pays. L’injection de 40 milliards de dollars supplémentaires pourrait donc aggraver sa situation financière à long terme. Le rapport du FMI souligne les risques de surendettement du pays.
Les critiques soulignent également que l’expérience passée a montré que les Argentins ont tendance à acheter massivement des dollars dès qu’ils craignent une dévaluation du peso, annulant ainsi les effets des interventions gouvernementales. Le gouvernement a déjà dépensé entre 14 et 15 milliards de dollars de fonds du FMI cette année. Il est donc peu probable que cet accord stabilise durablement l’économie argentine, mais il pourrait simplement reporter le problème à plus tard.
Certains experts proposent une alternative : utiliser ces fonds pour dollariser complètement l’économie argentine, en remplaçant le peso par le dollar pour toutes les transactions et tous les actifs. Bien que cela impliquerait la perte de la capacité de l’Argentine à ajuster son taux de change ou à imprimer de la monnaie, cela pourrait permettre de stabiliser l’inflation et de créer un environnement économique plus favorable, comme l’ont démontré l’Équateur, El Salvador et le Panama dans leurs expériences de dollarisation. Avec une base monétaire actuelle d’environ 28 milliards de dollars selon la Banque centrale d’Argentine, la dollarisation complète serait réalisable avec les 40 milliards de dollars disponibles.
En conclusion, le plan de sauvetage proposé par l’administration Trump est considéré par beaucoup comme une solution risquée et inefficace. Cependant, si l’administration persiste dans sa volonté de débloquer ces fonds, la dollarisation complète de l’économie argentine apparaîtrait comme une option plus viable pour assurer une stabilisation durable.
