Publié le 10 janvier 2019 18h30. La paralysie partielle du gouvernement américain entre dans son dixième jour, marquée par une escalade inédite : l’administration Trump a lancé des licenciements massifs de fonctionnaires fédéraux, une première dans l’histoire récente des États-Unis.
- L’administration Trump a ordonné des licenciements de fonctionnaires fédéraux, allant au-delà des congés sans solde habituels lors des fermetures gouvernementales.
- Le ministère de la Santé et des Services sociaux (HHS) est particulièrement touché, mais des employés des départements du Commerce et du Trésor ont également reçu des préavis de licenciement.
- Les syndicats fédéraux contestent ces licenciements devant la justice, les qualifiant d’« immoraux et illégaux ».
La fermeture du gouvernement américain, qui a débuté le 22 décembre 2018, est due à un désaccord entre le président Donald Trump et les démocrates du Congrès sur le financement d’un mur à la frontière avec le Mexique. Alors que les négociations sont au point mort, l’administration Trump a franchi un nouveau cap en lançant la procédure de « Réduction des Forces » (RIF), qui prévoit des licenciements directs de fonctionnaires.
Selon Russell Vought, directeur du Bureau de la gestion et du budget (OMB) de la Maison Blanche, les licenciements ont commencé. Bien que le nombre exact de personnes concernées n’ait pas été divulgué, il s’agirait de plusieurs milliers d’employés. Le ministère de la Santé et des Services sociaux (HHS) a confirmé que des employés de plusieurs de ses départements avaient reçu des avis de licenciement. Des employés des départements du Commerce et du Trésor ont également été concernés.
Le porte-parole du HHS, Andrew Nixon, a justifié ces mesures en affirmant que les employés licenciés avaient été identifiés comme « non essentiels » et a critiqué l’augmentation du budget et des effectifs du département sous l’administration démocrate. Il a souligné que ces coupes budgétaires s’inscrivaient dans le plan « Make America Healthy Again » de l’administration Trump, visant à éliminer les gaspillages et les doublons.
Les syndicats fédéraux ont immédiatement réagi en déposant une plainte pour tenter de bloquer ces licenciements. La Fédération américaine des employés du gouvernement fédéral (AFGE), qui représente 820 000 salariés, a annoncé sur les réseaux sociaux avoir officiellement lancé la procédure judiciaire. La Fédération américaine des syndicats du travail et de l’industrie (AFL-CIO) a également exprimé sa ferme opposition :
« À bientôt devant les tribunaux américains. »
AFL-CIO
Une audience est prévue le 16 janvier, au cours de laquelle le ministère de la Justice devra justifier le droit du gouvernement à licencier des employés pendant une fermeture administrative.
C’est la première fois dans l’histoire américaine moderne qu’une fermeture du gouvernement entraîne des licenciements à grande échelle. Les administrations précédentes s’étaient contentées de congés sans solde. Selon des responsables de la Maison Blanche, cette décision vise à exercer une pression accrue sur le Parti démocrate. Ils affirment que les licenciements toucheront en particulier les électeurs démocrates de base.
L’administration Trump a déjà gelé ou annulé des dépenses dans des États et des villes à majorité démocrate, notamment 18 milliards de dollars destinés aux infrastructures de New York, 2 milliards de dollars pour les transports à Chicago et 8 milliards de dollars pour des projets d’énergie verte dans 16 États.
Les législateurs démocrates ont vivement critiqué cette décision, la qualifiant d’« immorale et illégale ». La représentante Sarah Elfreth, démocrate du Maryland, a déclaré :
« Ces licenciements pendant la fermeture sont non seulement immoraux et inhumains, mais également illégaux. »
Sarah Elfreth, représentante du Maryland
Elle a affirmé qu’elle soutiendrait pleinement la contestation judiciaire des syndicats.
Donald Trump a imputé la responsabilité de ces licenciements à l’obstruction des démocrates aux projets de loi de financement à court terme. Kevin Hassett, directeur du Conseil économique national, avait averti que si le Congrès ne parvenait pas à un accord, le président « prendrait des mesures plus drastiques ». Il avait même déclaré sans ambages :
« Quiconque perd son emploi devrait en blâmer les démocrates. »
Kevin Hassett, directeur du Conseil économique national
L’impasse au Congrès porte principalement sur la question des subventions à l’Affordable Care Act (ACA), communément appelé Obamacare. Les démocrates souhaitent maintenir les subventions pour alléger le fardeau financier des Américains, tandis que les républicains s’y opposent. Le Sénat a rejeté sept propositions de compromis cette semaine, et même certains démocrates à la Chambre des représentants ont voté en faveur de projets de loi à court terme, mais aucun consensus n’a été trouvé. La paralysie du gouvernement devrait donc se prolonger, le Sénat ne reprenant ses sessions que mardi prochain.
Parallèlement, l’administration Trump, encouragée par Elon Musk, PDG de Tesla (TSLA-États-Unis), a mis en place un « Département pour l’efficacité du gouvernement » (DOGE) qui encourage 150 000 fonctionnaires fédéraux à prendre une retraite anticipée ou à accepter une séparation volontaire dès le 1er octobre. Cette nouvelle vague de « RIF » est perçue comme un renforcement des coupes budgétaires et illustre la stratégie de Trump visant à « rendre la fermeture plus douloureuse ».
Les experts mettent en garde contre les conséquences de cette impasse politique, qui plongent des millions de familles de fonctionnaires fédéraux dans l’incertitude. Même si plus des deux tiers des salariés restent en activité, la plupart travaillent sans salaire, ce qui accroît la pression économique. Quelle qu’en soit la responsabilité, la décision de Trump a conduit à une situation sans précédent et risquée.
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