Publié le 4 novembre 2025 11:31:00. Le Dicastère pour la doctrine de la foi a publié une note doctrinale précisant les titres appropriés à utiliser pour désigner la Vierge Marie, tout en mettant en garde contre certaines formulations susceptibles de créer une confusion théologique ou de susciter des débats inutiles parmi les fidèles.
- La note, approuvée par le pape François, valorise les titres de « Mère des croyants », « Mère spirituelle » et « Mère des fidèles ».
- Elle déconseille formellement l’utilisation du titre de « Corédemptrice », jugé inapproprié et susceptible d’obscurcir la médiation unique du Christ.
- L’expression « Médiatrice de toutes grâces » est considérée comme acceptable dans un sens très précis, mais nécessite une explication détaillée pour éviter les malentendus.
Le document, intitulé « Mater populi fidelis » (Mère du peuple fidèle), est le fruit d’un travail collégial mené par le Dicastère pour la doctrine de la foi, sous la direction du cardinal Víctor Manuel Fernández et du secrétaire de la section doctrinale, Mgr Armando Matteo. Il vise à offrir un fondement biblique et théologique solide à la dévotion mariale, en s’appuyant sur les Pères de l’Église, les Docteurs de l’Église, la tradition orientale et les enseignements des papes récents.
La note souligne que toute la figure de Marie doit être comprise dans le contexte de la centralité du Christ et de son œuvre salvatrice. Elle rappelle que, si certains titres mariaux peuvent être justifiés par une interprétation correcte des Écritures, il est préférable d’éviter ceux qui risquent de nuire à la compréhension de la foi catholique. Le cardinal Fernández a souligné l’importance de la dévotion populaire, tout en mettant en garde contre les groupes et les publications qui proposent des interprétations dogmatiques évolutives et sèment le doute parmi les fidèles, notamment via les réseaux sociaux.
Concernant le titre controversé de « Corédemptrice », le document rappelle que certains papes l’ont utilisé sans l’expliquer en détail, généralement en lien avec la maternité divine de Marie ou son union avec le Christ sur la croix. Cependant, le Concile Vatican II avait choisi de ne pas l’adopter pour des raisons dogmatiques, pastorales et œcuméniques. Saint Jean-Paul II l’a employé à plusieurs reprises, en le reliant à la valeur salvifique de la souffrance humaine offerte avec celle du Christ.
Le document fait état d’une discussion interne à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, datant de 1996, sur la possibilité de proclamer un nouveau dogme sur Marie « Corédemptrice ou Médiatrice de toutes grâces ». À l’époque, le cardinal Joseph Ratzinger, futur Benoît XVI, s’était exprimé contre cette proposition, estimant que « la signification précise des titres n’est pas claire et la doctrine qu’ils contiennent n’est pas mûre ». Il avait également souligné que ces titres ne sont pas clairement présents dans les Écritures et la tradition apostolique. Plus tard, en 2002, il avait publiquement réaffirmé cette position, jugeant que le terme « Corédemptrice » risquait d’éclipser l’origine divine de la grâce.
Le pape François a lui-même exprimé à plusieurs reprises son opposition à l’utilisation du titre de « Corédemptrice ». La note conclut à ce sujet qu’il est « toujours inapproprié d’utiliser le titre de Co-rédemptrice pour définir la coopération de Marie », car cela pourrait obscurcir la médiation salvifique unique du Christ et engendrer une confusion dans la foi chrétienne. Elle souligne que toute expression nécessitant des explications constantes pour éviter une interprétation erronée ne sert pas la foi du peuple de Dieu.
En ce qui concerne le terme de « Médiatrice », la note rappelle que l’Écriture affirme la médiation exclusive du Christ. Cependant, elle reconnaît que le mot « médiation » est couramment utilisé dans la vie sociale pour désigner une coopération ou une intercession. Par conséquent, il est acceptable de l’appliquer à Marie dans un sens subordonné, sans ajouter une efficacité ou une puissance à la médiation unique de Jésus-Christ. Le document admet également qu’il y a eu une forme de médiation de Marie pour rendre possible l’Incarnation du Fils de Dieu.
La note valorise le titre de « Mère des croyants », qui permet de parler de l’action de Marie dans la vie de grâce des fidèles. Elle met toutefois en garde contre les expressions susceptibles de véhiculer un contenu moins acceptable. Enfin, elle souligne que le titre de « Médiatrice de toutes grâces » comporte des limites qui ne facilitent pas la compréhension de la place unique de Marie, car elle est elle-même rachetée et ne peut donc pas être la médiatrice de la grâce qu’elle a reçue. Cependant, l’expression « merci », faisant référence à l’aide maternelle de Marie, peut avoir un sens acceptable, en évoquant toute l’aide, même matérielle, que le Seigneur peut nous apporter en écoutant son intercession.
Lire le texte intégral de la Note doctrinale ‘Mater populi fidelis’
