Publié le 17 novembre 2025 à 18h58. Le premier tour de l’élection présidentielle chilienne a laissé deux candidats en lice pour le second tour : le conservateur José Antonio Kast et la candidate de gauche Jeannette Jara. La course s’annonce serrée, et les quatre semaines à venir seront cruciales pour mobiliser les électeurs indécis et les partisans des candidats éliminés.
- José Antonio Kast et Jeannette Jara devront convaincre les électeurs de partis populistes et de centre-gauche pour espérer l’emporter.
- La gauche devra éviter une démobilisation de ses électeurs, tandis que la droite devra réduire le vote « anti-Kast ».
- Les résultats du premier tour ont également remodelé la composition du Congrès chilien, avec une majorité fragmentée et des équilibres de pouvoir en mutation.
Le premier tour de l’élection présidentielle chilienne, qui s’est tenu dimanche dernier, a vu émerger deux figures dominantes : José Antonio Kast, du Parti Républicain (PR), avec 23,9% des voix, et Jeannette Jara, candidate soutenue par le parti au pouvoir, avec 26,8%. Aucun des deux candidats n’a obtenu la majorité absolue, les contraignant à s’affronter lors d’un second tour décisif dans quatre semaines. L’issue de ce scrutin reste incertaine, et la bataille pour séduire l’électorat indécis s’annonce intense.
L’un des enjeux majeurs pour José Antonio Kast sera de rallier à sa cause les électeurs qui avaient soutenu Franco Parisi, candidat populiste arrivé en troisième position avec 19,7% des voix. Bien que les sondages et l’addition des scores des candidats de droite, Johannes Kaiser (13,9%) et Evelyn Matthei (12,4%), semblent favoriser Kast, il devra également s’efforcer de convaincre les électeurs de centre-gauche qui avaient soutenu l’ancien ministre de l’Éducation. Il devra également solliciter le soutien des partis Démocrates et Jaunes, qui ont déjà clairement indiqué qu’ils ne lui apporteraient pas leur voix le 14 décembre.
Dès lundi, Kast a réussi à obtenir le soutien de Matthei et Kaiser, qui ont appelé leurs partisans à voter pour lui afin d’éviter la victoire de Jara. Ne pas le faire, ont-ils souligné, reviendrait à favoriser la candidate communiste, perçue comme une représentante de la continuité. Une équipe de campagne unifiée pour la droite est en cours de constitution.
De son côté, Jeannette Jara doit faire face à un résultat qui représente un soutien inférieur à celui des deux blocs parlementaires de gauche (37,53%). Ce score est également inférieur au niveau de popularité dont bénéficie le président Gabriel Boric, qui se situe autour de 30%. Un pourcentage jugé insuffisant pour avoir une réelle chance de l’emporter en décembre. Consciente de la difficulté de la tâche, Jara a fait un appel aux électeurs de Matthei, Parisi et aux indépendants, promettant d’examiner leurs propositions pour enrichir son programme.
Les analystes politiques s’accordent à dire que Jara devra impérativement éviter une démobilisation de l’électorat de gauche, qui pourrait être découragé par l’issue du premier tour. La droite, quant à elle, devra s’attacher à réduire le vote « anti-Kast », alimenté par les positions controversées du candidat conservateur.
La participation électorale a été particulièrement élevée, avec 85,37% des électeurs se rendant aux urnes, soit plus de 13,4 millions de personnes sur un total de 15,7 millions d’inscrits. Contrairement au second tour de 2021, où Gabriel Boric avait réussi à mobiliser un million de nouveaux électeurs, la marge de manœuvre de Jeannette Jara apparaît plus étroite.
Majorité au Congrès
Les résultats du premier tour ont également eu un impact significatif sur la composition du Congrès chilien. L’opposition a obtenu une majorité aux Députés, avec 77 sièges sur 155, mais pourrait être rejointe par les 13 députés nouvellement élus du Parti Populaire (PDG) de Franco Parisi. Au Sénat, qui a renouvelé la moitié de ses membres, la droite radicale et le centre-droit disposent de 25 sièges sur 50, perdant deux sièges par rapport à la période actuelle. Ils pourraient se retrouver en minorité si le seul sénateur démocrate adopte une position d’opposition à Kast.
Bien que l’opposition dispose d’une majorité absolue et puisse ainsi approuver des réformes telles que la réforme fiscale ou la suppression de l’impôt foncier, elle aura besoin du soutien du PDG pour atteindre le quorum des 4/7 nécessaire à l’adoption de réformes constitutionnelles. Les résultats de dimanche devraient également favoriser la gouvernabilité, en réduisant le nombre de partis politiques représentés au Congrès, qui passera de 22 à 16, dont huit risquent d’être dissous pour ne pas avoir atteint le seuil de 4% des voix ou de quatre élus.
La Démocratie Chrétienne survivra avec trois sénateurs et dix députés, mais son influence a diminué dans les deux chambres. Le Frente Amplio (FA) est devenu le plus grand parti progouvernemental à la Chambre avec 17 sièges, suivi du Parti Socialiste (PS) avec 11 et du Parti Communiste et du PPD avec 10 députés chacun. Dans l’opposition, le Parti Républicain (PR) domine avec 32 députés, loin devant l’UDI (19) et Renovación Nacional (13). Au Sénat, Chile Vamos conserve une position plus forte, avec 16 sièges contre cinq pour les Républicains, tandis que le socialisme démocratique compte onze sénateurs, contre cinq pour le FA et le PC.
