L’année 2025 s’annonce riche en rebondissements pour l’industrie musicale, entre le retour attendu de figures emblématiques, les défis posés par l’intelligence artificielle et l’émergence de nouveaux courants. Des prévisions, plus que des certitudes, compte tenu de la volatilité du secteur.
U2, après une résidence de 40 dates au Sphere de Las Vegas, devrait marquer son retour sur la scène internationale. Le groupe n’a sorti qu’un seul album de nouvelles compositions depuis 2017, Songs of Experience, intercalé par Songs of Surrender (2023), un album de réenregistrements, et How to Re-Assemble an Atomic Bomb (2024), une compilation pour célébrer les 20 ans de How to Assemble an Atomic Bomb. Ces projets ont permis de maintenir l’intérêt des fans pendant que le batteur Larry Mullen Jr. se remettait de problèmes de dos et de cou. Bono a récemment annoncé que le groupe travaillait sur un album rock aux sonorités plus épurées et que la santé de Mullen s’améliorait, laissant présager un retour prochain.
Les conditions semblent réunies pour un nouvel album et une tournée mondiale d’U2. Bien que des groupes comme Oasis, Guns N’ Roses, Eagles, Bon Jovi, Iron Maiden, Aerosmith, Bruce Springsteen, Fleetwood Mac, Paul McCartney et Pearl Jam pourraient également se lancer dans des tournées, l’absence annoncée des Rolling Stones, en raison de l’état de santé de Keith Richards, ouvre un espace considérable pour U2. Une annonce pourrait intervenir dès février, avec la sortie d’un single et d’un album pour l’été.
Radiohead, quant à lui, pourrait bien surprendre ses fans. Après une courte tournée suivant une longue pause, le groupe pourrait envisager de nouvelles dates et, oserait-on dire, un nouvel album, le premier depuis une décennie. Radiohead est connu pour ses coups de théâtre.
L’intelligence artificielle représente un défi majeur pour l’industrie musicale. Avec l’essor de plateformes génératives comme Udio et Suno, et la conclusion d’accords de licence avec les grandes maisons de disques, l’IA prend une place de plus en plus importante. Si certains artistes l’utiliseront comme un outil, d’autres l’exploiteront à des fins frauduleuses, notamment en matière de streaming. Deezer, le service de streaming basé à Paris, a détecté près de 50 000 nouvelles chansons générées par l’IA téléchargées quotidiennement en novembre, contre 10 000 en janvier 2025. Selon Music Business Worldwide, 97 % des auditeurs sont incapables de distinguer une chanson originale d’une création artificielle. Cette fraude, estimée à au moins 1 milliard de dollars américains par an, nécessite une meilleure détection, l’obligation d’étiqueter les œuvres générées par l’IA et des critères de sélection plus stricts pour les playlists. Il est à espérer que les radios se montreront prudentes face à ce type de musique, même si le succès de l’artiste country factice Breaking Rust a déjà brisé certains tabous.
Le rock pourrait connaître un regain de popularité. Après une période dominée par la pop mélancolique et les artistes exprimant leur stress, un retour aux sonorités plus énergiques semble se profiler. L’élection de Donald Trump en 2016 et les difficultés rencontrées par les conservateurs au Royaume-Uni n’avaient pas entraîné l’émergence d’une musique contestataire, mais la situation actuelle, marquée par une seconde administration Trump, la guerre en Ukraine et les tensions autour de Taïwan, pourrait bien changer la donne. L’intérêt de la génération Z pour le rock, tant classique que contemporain, est palpable, comme en témoignent les concerts d’Oasis, de The Cure et d’AC/DC. Des groupes comme The Beaches, Spiritbox, Ghost, Sleep Token et Turnstile contribuent également à cette dynamique. L’engouement pour la musique des années 1990 et du début des années 2000, encouragé par des artistes comme Billie Eilish, et le retour à l’apprentissage d’instruments de musique pourraient bien relancer le genre.
Le marché du support physique continue de prospérer. Le vinyle a dépassé les ventes de CD au Canada pour la deuxième année consécutive, mais ces derniers ne sont pas encore condamnés. Les jeunes générations, en quête d’une relation plus tangible avec la musique, apprécient l’idée de posséder un album plutôt que d’y accéder en streaming. Les éditions spéciales et limitées se multiplient, et même la simple possession d’une cassette, sans lecteur, est devenue un symbole culturel. Plus de 50 % des acheteurs de vinyles ne possèdent pas de platine, considérant le disque comme un objet de décoration, une preuve tangible de leur amour de la musique.
L’écoute attentive et la qualité audio sont également en plein essor. Le retour à l’écoute d’albums complets, sans sauter les morceaux, et la popularité croissante de l’audio lossless témoignent d’une volonté de redécouvrir la musique dans sa forme la plus pure. L’amélioration des débits de streaming et la possible résurgence des casques filaires, nécessaires pour profiter pleinement des fichiers lossless, contribuent à cette tendance.
Enfin, l’afrobeat pourrait être le prochain genre à conquérir le monde. Après le succès de la musique latine et de la K-pop, des artistes africains comme Burna Boy, Davido, Tyla, WITCH et Tems gagnent en popularité. Un artiste pourrait connaître un succès fulgurant grâce à TikTok ou Instagram, à l’instar de Bad Bunny.
