Un jeu vidéo insolite, profondément ancré dans la culture britannique, rappelle une époque où l’industrie était synonyme de créativité débridée et d’humour grinçant. Thank Goodness You’re Here, véritable curiosité, offre une expérience rafraîchissante, loin des productions hollywoodiennes actuelles.
Pour beaucoup de joueurs, l’âge d’or du jeu vidéo britannique se situe dans les années 1980. Une période où l’accessibilité était de mise, et où l’on pouvait apprendre à programmer et créer ses propres jeux depuis sa chambre. Des villes comme Liverpool, Manchester, Sheffield et Leicestershire étaient des foyers d’innovation, abritant des studios tels que Psygnosis, Ocean Software, Gremlin Graphics, Ultimate Play the Game (devenu Rare) et Codemasters (aujourd’hui filiale d’Electronic Arts). Les limitations techniques de l’époque, paradoxalement, encourageaient l’expérimentation et la diversité.
Cette liberté se traduisait par des jeux audacieux, qui n’avaient pas besoin de plaire à tout le monde pour être rentables. Des titres comme Skool Daze et Back To Skool, précurseurs du genre « sandbox » (le même que celui de GTA 6), capturaient l’esprit espiègle de la vie scolaire, avec des ballons d’eau, des pétards et des tentatives de s’introduire dans les classes des filles. D’autres jeux, comme Pyjamarama, transformaient des situations banales en aventures, tandis que Wanted: Monty Mole s’inspirait des grèves des mineurs de 1984-1985.
Bien que ces jeux puissent sembler rudimentaires aujourd’hui, ils possédaient un charme unique et une identité forte. C’est précisément ce qui manquait, selon un lecteur, jusqu’à la découverte de Thank Goodness You’re Here. Le jeu se distingue immédiatement par son authenticité, son accent yorkshireur prononcé (avec des sous-titres activés par défaut) et ses références culturelles locales, comme un enregistrement complet de la chanson folklorique « On Ilkla Moor Baht ‘at ». Le menu pause propose même des options telles que « Keep Guin’ » ou « Faff », sur fond de maisons mitoyennes austères.
Le joueur incarne un vendeur miniature et jaune, explorant la ville fictive de Barnsworth et interagissant avec son environnement en tapotant sur tout ce qui se présente. L’expérience est plus axée sur le plaisir de la découverte que sur la complexité des mécanismes de jeu. On y croise Big Ron, qui prépare une énorme tarte, un policier en train de cirer sa matraque, le magasin « Price Shaggers » et une galerie de personnages hauts en couleur. Les rencontres avec les sœurs Pickle, Florence et Kerry (« You’re a right bitch you »), sont particulièrement mémorables.
L’humour du jeu est parfois cru et décalé, avec des panneaux interdisant le « dogging » (pratique sexuelle en public), des indices de comportements obscènes derrière une clôture et des graffitis insultants. Une expérience qui tranche radicalement avec les productions actuelles. Thank Goodness You’re Here ne dure que quelques heures, ce qui évite que les blagues ne deviennent répétitives. Mais bien avant la fin, le joueur réalise qu’il lui manquait cette capacité à s’identifier pleinement à un jeu vidéo, à reconnaître son propre environnement et ses propres racines dans son univers.
Le jeu offre un reflet de la vie quotidienne, des voisins et des membres de la famille, rappelant l’ambiance de séries télévisées britanniques classiques comme Dad’s Army et Noël’s Crinkley Bottom. Thank Goodness You’re Here est un jeu d’une autre époque, et Barnsworth est un lieu que tout le monde devrait visiter au moins une fois.
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