Publié le 2024-05-02 14:35:00. Une étude scientifique révèle un lien insoupçonné entre la composition du microbiote intestinal et l’apparition de symptômes liés à la dépression bipolaire, ouvrant de nouvelles pistes pour la compréhension et le traitement de ce trouble mental.
- Le microbiote intestinal de patients atteints de dépression bipolaire, transplanté chez des souris, a induit des modifications de la connectivité cérébrale et de la transmission de la dopamine.
- Les chercheurs ont identifié un chevauchement de 259 espèces bactériennes entre les patients et les souris ayant développé des symptômes similaires.
- Cette découverte suggère que le microbiote intestinal pourrait être un outil diagnostique et thérapeutique potentiel pour la dépression bipolaire.
Des chercheurs chinois ont mis en évidence un lien direct entre les bactéries présentes dans l’intestin et le développement de symptômes dépressifs. Publiée dans la revue Psychiatrie Moléculaire, cette étude suggère que le microbiote intestinal pourrait jouer un rôle crucial dans la régulation de l’humeur et des émotions.
L’équipe de recherche, composée de N’importe quel Tang, Yiwen Chen, Ke Si, Jianbo Lai, Wei Gong et Shaohua Hu, issus de plusieurs institutions et laboratoires en Chine, notamment le Laboratoire clé d’État de photonique extrême et le Département de psychiatrie du premier hôpital affilié de l’Université du Zhejiang, a mené une expérience innovante. Ils ont transplanté le microbiote intestinal de patients souffrant de dépression bipolaire à des souris, afin d’observer les effets sur leur comportement et leur cerveau.
Les résultats ont été frappants : les souris ayant reçu le microbiote des patients bipolaires ont présenté des comportements similaires à ceux observés dans la maladie, ainsi que des altérations dans les zones cérébrales impliquées dans le contrôle des émotions. Plus précisément, les chercheurs ont constaté une diminution de la densité des épines dendritiques dans les neurones du cortex préfrontal médial et une réduction des connexions entre cette zone et l’aire tegmentale ventrale, une région clé dans la motivation et la récompense.
« Nos résultats ont montré que la colonisation du microbiote intestinal de patients souffrant de dépression bipolaire peut induire des comportements similaires à la dépression bipolaire », affirment les scientifiques. L’analyse génétique a révélé une diminution de l’expression des gènes liés à la plasticité synaptique, un processus essentiel à la formation de nouvelles connexions neuronales, ainsi qu’une réduction de la traduction postsynaptique, un mécanisme régulant l’efficacité des synapses.
L’étude a porté sur six patients atteints de dépression bipolaire et six individus en bonne santé, aucun d’entre eux n’ayant pris de médicaments, d’antibiotiques ou de probiotiques au cours de la période précédant l’étude. Les chercheurs ont veillé à ce que les souris soient élevées dans des conditions contrôlées, avec un régime alimentaire et un environnement identiques, afin de minimiser l’influence de facteurs externes.
Les chercheurs ont identifié un chevauchement de 259 espèces bactériennes entre le microbiote des patients et celui des souris ayant développé des symptômes dépressifs. Ces résultats suggèrent que le microbiote intestinal pourrait être un facteur causal dans le développement de la dépression bipolaire, et non simplement un accompagnement de la maladie.
Cette découverte ouvre la voie à de nouvelles approches thérapeutiques ciblant le microbiote intestinal pour traiter la dépression bipolaire. L’équipe de recherche prévoit d’utiliser le modèle animal développé pour tester l’efficacité de différentes interventions, telles que des régimes alimentaires spécifiques ou des transplantations de microbiote fécal.
Il est important de noter que l’étude s’est concentrée uniquement sur les symptômes dépressifs de la bipolarité et n’a pas analysé les phases maniaques. De plus, les chercheurs soulignent que l’environnement partagé par les animaux pourrait également avoir influencé les comportements observés.
Les résultats de cette étude soulèvent des questions fondamentales sur la relation complexe entre l’intestin et le cerveau, et invitent à considérer le microbiote intestinal comme un allié potentiel dans la lutte contre les troubles mentaux.
