Publié le 16 novembre 2023 à 07h11. L’analyse médico-légale de l’explosion survenue le 10 novembre près du Fort Rouge à Delhi a confirmé l’utilisation d’un mélange explosif puissant, composé de nitrate d’ammonium et de triacétone triperoxyde (TATP), relançant les inquiétudes quant à l’accès à des produits chimiques dangereux et à un possible lien avec un groupe terroriste basé à Faridabad.
- L’explosion, qui n’a pas causé de blessures par éclats ni de cratère, impliquait entre 30 et 40 kg de nitrate d’ammonium.
- Les enquêteurs examinent un lien potentiel entre cet incident et la saisie de 358 kg de nitrate d’ammonium et d’autres matériaux pour la fabrication de bombes dans le cadre d’une enquête sur un module terroriste à Faridabad.
- La police de Delhi renforce les contrôles sur la vente de produits chimiques susceptibles d’être utilisés pour fabriquer des explosifs.
Les premiers résultats de l’analyse médico-légale indiquent que l’explosion a été provoquée par un mélange de nitrate d’ammonium, un engrais agricole couramment utilisé, et de triacétone triperoxyde (TATP), un explosif instable mais puissant. La vente et la manipulation de ces produits chimiques sont soumises à une réglementation stricte en raison de leur potentiel d’utilisation abusive.
Selon les enquêteurs, la quantité de nitrate d’ammonium présente dans le véhicule impliqué dans l’explosion, estimée entre 30 et 40 kg, est suffisante pour expliquer l’ampleur de l’incident. Le nitrate d’ammonium a été largement utilisé dans des attentats terroristes en Inde, notamment avant 2012, et reste un composant clé de nombreux engins explosifs improvisés (EEI).
L’accès au nitrate d’ammonium est étroitement contrôlé par les autorités indiennes. Un magistrat de district peut autoriser la possession de jusqu’à 30 tonnes métriques (30 000 kg), tandis que des quantités supérieures nécessitent l’approbation de l’organisation de sécurité des pétroles et des explosifs (PESO). Les acheteurs doivent justifier l’utilisation prévue du produit chimique, et toutes les transactions autorisées sont suivies grâce au système gouvernemental de suivi et de traçage des explosifs (SETT). Malgré ces mesures, le commerce illégal de nitrate d’ammonium persiste.
Un expert a souligné que tout composé utilisé comme explosif doit contenir des atomes d’oxygène. Le nitrate d’ammonium en possède trois, le RDX en contient de nombreux, et le trinitrotoluène (TNT) en a neuf. Le TATP, formé à partir d’une combinaison de plusieurs produits chimiques, contient également de l’oxygène et est capable d’exploser. Les enquêteurs pensent que l’auteur de l’explosion du 10 novembre a probablement fabriqué un engin explosif improvisé (EEI) en mélangeant du nitrate d’ammonium et du TATP.
Le nitrate d’ammonium, facilement accessible en tant qu’engrais, peut être transformé en un explosif puissant lorsqu’il est mélangé à du fioul pour créer de l’ANFO (Ammonium Nitrate-Fuel Oil). L’attentat à la bombe d’Oklahoma City en 1995, perpétré par Timothy McVeigh, avait utilisé deux tonnes d’ANFO, faisant 168 morts. Le TATP, bien qu’instable, a été utilisé lors de l’attentat suicide de novembre 2015 en France et par Richard Reid, connu sous le nom de « Shoe-Bomber », lors de sa tentative ratée de faire exploser un avion en 2001.
La police de Delhi a annoncé qu’elle prenait des mesures préventives supplémentaires pour empêcher la vente de produits chimiques potentiellement dangereux.
« La police de Delhi prend des mesures préventives supplémentaires (pour garantir qu’il n’y ait pas de vente de tels produits chimiques)… À titre de mesure proactive, nous convoquons une réunion avec les associations de produits chimiques et les vendeurs enregistrés, en particulier ceux opérant dans le bazar de Tilak et d’autres marchés d’Old Delhi. »
Madhur Verma, commissaire conjoint de la police (Central Range)
Cette réunion devrait se concentrer sur la cartographie des produits chimiques actuellement commercialisés, l’identification des substances susceptibles d’être utilisées à des fins illégales et le renforcement des contrôles internes au sein de la chaîne d’approvisionnement. L’objectif est d’améliorer la surveillance et de combler les éventuelles lacunes qui pourraient faciliter une utilisation abusive à l’avenir. La police a également indiqué qu’elle examinerait les protocoles de documentation, les audits des stocks et les canaux de communication entre les vendeurs et les forces de l’ordre afin de garantir que les demandes inhabituelles ou suspectes soient signalées rapidement.
