Publié le 30 octobre 2025 23:16:00. L’administration Trump a annoncé une réduction drastique du nombre de réfugiés autorisés à entrer aux États-Unis, un plafond historiquement bas qui privilégie notamment les Afrikaners d’Afrique du Sud. Cette décision, critiquée par les défenseurs des droits des réfugiés, marque un tournant dans la politique d’immigration américaine.
- Le plafond d’admission de réfugiés pour l’exercice 2026 est fixé à 7 500 personnes, le plus bas niveau jamais enregistré.
- La politique donne une priorité aux Afrikaners, descendants de colons européens en Afrique du Sud, et à d’autres personnes se disant victimes de discrimination.
- Cette mesure suscite des inquiétudes quant à l’avenir du programme américain d’accueil des réfugiés et à son impact sur les personnes fuyant les conflits et les persécutions.
L’administration américaine a fixé ce jeudi à 7 500 le nombre maximal de réfugiés qui pourront être admis sur le territoire américain pour l’exercice 2026, débuté ce mois-ci. Ce chiffre, radicalement inférieur au plafond de 125 000 fixé l’année précédente par l’administration Biden, représente un recul sans précédent dans la politique d’accueil des réfugiés aux États-Unis.
Cette décision s’inscrit dans la continuité des promesses de campagne de Donald Trump en matière d’immigration. Elle accorde une attention particulière aux Afrikaners, la minorité blanche d’Afrique du Sud, descendants des colons néerlandais arrivés au XVIIe siècle. L’administration Trump avait déjà suscité la controverse en affirmant, contrairement aux experts et aux autorités sud-africaines, qu’ils étaient victimes de persécutions et même d’un « génocide » dans ce pays à majorité noire.
Dans un communiqué publié au Journal officiel, le gouvernement justifie cette limite de 7 500 réfugiés par des « préoccupations humanitaires » et en invoquant « l’intérêt national ». Le document précise que les places disponibles seront allouées en priorité aux Afrikaners d’Afrique du Sud et à d’autres personnes se disant victimes de discrimination illégale ou injuste dans leur pays d’origine.
Cette nouvelle orientation transforme en profondeur le programme américain d’accueil des réfugiés, traditionnellement destiné aux personnes politiquement persécutées dans le monde entier, en une initiative qui privilégie désormais les anglophones et les personnes d’origine européenne.
Dès son retour à la Maison Blanche, Donald Trump avait déjà pris des mesures restrictives en matière d’immigration. En janvier, il avait suspendu toutes les admissions de réfugiés aux États-Unis, avant de créer quelques semaines plus tard une exception spécifique pour les Afrikaners. Cette minorité, qui représente environ 7 % de la population sud-africaine, dispose de revenus près de trois fois supérieurs à ceux de la majorité noire et détient les deux tiers des terres arables du pays.
Cette mesure a immédiatement provoqué une vague de critiques de la part des organisations de défense des réfugiés. À l’époque, de nombreuses familles fuyant la guerre au Soudan, des minorités religieuses iraniennes ayant déjà obtenu l’autorisation de voyager aux États-Unis, et des personnes vivant dans des camps de réfugiés à travers le monde se trouvaient dans l’incertitude. Selon l’agence Reuters, seuls 138 Sud-Africains avaient pu entrer aux États-Unis jusqu’au début du mois de septembre.
La presse américaine avait déjà fait état de l’intention de l’administration Trump de réduire le plafond d’admission des réfugiés à un niveau historiquement bas. Cependant, le gouvernement avait initialement déclaré qu’il ne prendrait une décision officielle qu’après avoir consulté les commissions compétentes du Congrès, conformément à la loi. Or, ces consultations n’ont pas eu lieu, selon des sources proches du dossier citées par le New York Times.
Une porte-parole de la Maison Blanche a affirmé que ces consultations étaient toujours prévues, mais seulement après que les démocrates et les républicains aient trouvé un accord sur le budget et mis fin à la crise budgétaire qui paralyse plusieurs agences et services américains depuis début octobre. En attendant, aucun nouveau réfugié ne sera admis sur le territoire américain.
Dans un communiqué publié jeudi, le sénateur Dick Durbin et d’autres élus démocrates ont dénoncé cette décision, la qualifiant de « moralement inacceptable et illégale ».
« Cette décision présidentielle bizarre est non seulement moralement indéfendable, mais elle est également illégale et invalide. »
Sénateur Dick Durbin et d’autres législateurs démocrates
Un document interne rédigé par des responsables gouvernementaux en avril suggérait que l’administration Trump pourrait également accorder la priorité à l’entrée des Européens se disant victimes de discrimination en raison de leurs opinions, notamment leur opposition à l’immigration de masse ou leur soutien à des partis politiques populistes. Toutefois, cette proposition ne figure pas dans le plan public publié jeudi.
Lors de l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre, des hauts responsables de l’administration Trump avaient appelé d’autres pays à se joindre à une campagne mondiale visant à abolir les protections en matière d’asile, une mesure qui modifierait en profondeur le système migratoire mondial tel qu’il a été mis en place après la Seconde Guerre mondiale.
Gideon Maltz, directeur général de l’ONG Tent Partnership for Refugees, a souligné dans un communiqué que les réfugiés contribuent à combler les pénuries de main-d’œuvre et que le programme d’accueil américain a été « extrêmement bénéfique » pour les réfugiés et pour les États-Unis.
« Le démanteler aujourd’hui ne donne pas la priorité à l’Amérique. »
Gideon Maltz, directeur général de l’ONG Tent Partnership for Refugees
Avec Reuters et le New York Times
