Art Anvers s’affirme comme un rendez-vous incontournable pour les amateurs d’art contemporain, attirant collectionneurs et galeries de toute l’Europe. La cinquième édition, qui s’est tenue du 12 au 14 décembre avec une journée de prévisualisation le 11 décembre, a confirmé la dynamique de cette foire jeune mais résolument ancrée dans l’histoire artistique de la ville.
Avec 79 galeries sélectionnées parmi 11 pays, Art Anvers a mis l’accent sur un modèle inclusif, où les acteurs émergents côtoient les galeries les plus établies. Les galeries belges représentaient 42 % des exposants, suivies par les Pays-Bas (25 %) et la France (16 %). Vingt nouveaux participants ont enrichi cette édition, parmi lesquels Night Café (Royaume-Uni), Galerie Alzueta (Espagne) et In Situ – Fabienne Leclerc (France).
La foire a également mis en lumière la vitalité de la scène artistique locale, avec 18 % des galeries participantes basées à Anvers même. Sofie Van de Velde, présente également à Art Brussels, souligne le caractère plus intimiste et spacieux d’Art Anvers, tout en appréciant « l’avantage de la ville natale ». Plusieurs œuvres ont suscité l’enthousiasme, notamment une pièce en verre, résine acrylique et aluminium de Philippe Vervaet, une broderie sur coton de Klaas Rommelaere, et une œuvre d’Ives Maes, vendue dès le jour de la prévisualisation.
Koen Leemans, de la galerie Keteleer, a souligné l’intérêt croissant pour les jeunes artistes, dont plusieurs ont été présentés sur leur stand. La galerie proposait notamment des impressions jet d’encre sur papier chiffon de Paul Kooiker (1 600 €), une œuvre acrylique sur coton de Naofumi Maruyama (40 000 €) et une sculpture en bois peint de Stéphane Balkenhol (64 000 €).
La galerie locale CINQUANTE ET UN a opté pour un stand monographique, une stratégie déjà adoptée l’année précédente avec Bruno V.Roels. « C’est plus calme que les grands salons comme Paris Photo, qui sont très fréquentés », explique Fanny Snijders, directrice adjointe de la galerie. Cette année, la galerie a mis à l’honneur l’artiste belge Katrien De Blauwer, une photographe atypique qui assemble des images de magazines des années 1950 et 1960, caractérisées par des visages fragmentés et des silhouettes féminines. Les œuvres proposées, créées spécifiquement pour la foire, étaient disponibles à partir de 1 200 € l’unité, et les éditions agrandies à 3 000 €.
La galerie Lelong & Co., habituée aux grands salons internationaux de Paris, Bâle et Miami, voit dans Art Anvers une opportunité unique. « Il est important d’aller vers les collectionneurs belges, et pas seulement d’attendre qu’ils viennent vers nous », affirme Nathalie Berghege, directrice de la galerie. Elle souligne également l’intérêt de cette foire pour les jeunes artistes, qui peuvent y gagner en visibilité. Le stand de Lelong & Co. proposait des œuvres allant de 3 000 à 4 000 € pour des œuvres sur papier de Pierre Alechinsky, jusqu’à 320 000 € pour une sculpture en bronze de Jaume Plensa (2024). Christine Safadont, dont le travail est actuellement exposé à Paris, était également représentée par une petite peinture (9 000 €).
La galerie Richard Saltoun, présente sur 22 salons par an, confirme l’intérêt de tester des marchés plus petits comme celui d’Anvers. « C’est vraiment intéressant de tester des marchés plus petits », explique Tessa Cranfield, représentante de la galerie. Leur stand mettait en avant des artistes belges ou ayant des liens étroits avec la Belgique, notamment une œuvre historique du Polonais-Romain André Cadere, exposée à Anvers en 1975 (180 000 €), ainsi que des pièces de Jacqueline Poncelet, proposées entre 8 000 et 20 000 €.
Stigter Van Doesburg, d’Amsterdam, a présenté trois artistes féminines, reflétant l’engagement de la galerie envers la représentation des femmes (les deux tiers de ses artistes sont des femmes). Les huiles sur toile de Bobbi Essers et Erika Peucedo, dans leur vingtaine, étaient proposées entre 4 000 et 12 000 €, tandis qu’un textile brodé à la main d’une artiste de milieu de carrière, Dina, a été vendu pour 13 000 € dès le jour de la prévisualisation. David Van Doesburg, galeriste, observe que « la culture fait partie de la vie quotidienne en Belgique, ce qui favorise l’achat d’art, contrairement aux Pays-Bas où cela reste souvent une question de classe sociale ».
Cette édition a vu le lancement du Prix d’Acquisition Art Anvers, sur le modèle de celui d’Art Brussels. Une œuvre d’art, d’une valeur maximale de 10 000 €, est offerte au Musée Royal des Beaux-Arts d’Anvers (KMSKA), grâce au financement de Delen Private Bank. Le prix a été attribué à l’artiste française Laure Prouvost pour son œuvre Câlin en sueur, une huile sur miroir représentant un trompe-l’œil floral. Prouvost, déjà reconnue (Turner Prize en 2013, Biennale de Venise en 2019), présentera une exposition personnelle au Grand Palais à Paris l’année prochaine.
Par ailleurs, la foire proposait un service de conseil en art gratuit, destiné à guider les visiteurs et à rendre la collection d’art plus accessible.
L’édition 2023 s’est déroulée dans un contexte particulier, marqué par l’annonce de la dissolution du M HKA, le plus ancien musée d’art contemporain de Belgique, par le gouvernement flamand. Cette décision, qui a suscité de vives réactions, prévoit le transfert de sa collection de 8 000 œuvres au musée d’art contemporain de Gand d’ici 2028. « Personne n’en est content », déplore Fanny Snijders. Anne Claire Schmitz, conservatrice principale du M HKA, qualifie cette décision d’« explosive » et d’« inquiétante », soulignant un affaiblissement plus général des institutions culturelles.
