Téhéran est confrontée à une crise humanitaire grandissante alors que les manifestations qui secouent l’Iran se poursuivent. Les hôpitaux de la capitale sont submergés par un afflux de blessés par balle, notamment de nombreuses atteintes oculaires graves, témoignant d’une escalade de la violence.
Selon des témoignages de médecins, qui ont requis l’anonymat par crainte de représailles, les forces de sécurité ciblent délibérément la tête et les yeux des manifestants. « Ils veulent détruire la tête et les yeux pour qu’on ne puisse plus voir – comme ils l’ont fait en 2022 », a déclaré l’un d’eux. Des patients ont perdu la vue d’un ou des deux yeux, et le personnel médical est dépassé par l’ampleur des blessures.
Un ophtalmologiste a rapporté avoir recensé plus de 400 blessures par balle aux yeux dans un seul hôpital. Les ressources médicales sont au bord de l’effondrement : pénurie de sang, de médicaments et même de matériel de base. « C’est comme dans les films de guerre où les blessés sont soignés en plein champ. Nous manquons de tout », a témoigné un médecin de Téhéran, ajoutant que certains blessés sont soignés à l’extérieur, dans le froid.
La situation est d’autant plus critique que les autorités ont largement coupé l’accès à Internet, entravant la communication et la coordination des soins. Un médecin iranien, qui a depuis quitté le pays, a décrit une situation de « pertes massives », où les capacités médicales sont largement inférieures au nombre de patients nécessitant des soins urgents. Il a également révélé avoir été contraint de faire des choix déchirants, en ne pratiquant des opérations que sur les blessés ayant les meilleures chances de survie.
Par ailleurs, des médecins signalent des pressions croissantes de la part des autorités, avec des arrestations de manifestants blessés directement dans les hôpitaux. Le moral du personnel médical est au plus bas, certains étant traumatisés par ce qu’ils ont vécu. Un médecin a rapporté qu’un de ses collègues avait été abattu alors qu’il se rendait au travail.
Au niveau international, la tension monte. L’ancien président américain Donald Trump a menacé de prendre des « mesures très sévères » si l’Iran devait exécuter des manifestants. Les organisations de défense des droits humains estiment que plus de 2 400 manifestants ont déjà été tués, dont douze enfants, et près de 18 500 ont été arrêtés. Le cas d’Erfan Soltani, 26 ans, condamné à mort en seulement deux jours, suscite une vive inquiétude. Selon l’agence de presse Human Rights Activists News Agency (HRANA), environ 150 personnes proches du gouvernement ont également perdu la vie.
Le gouvernement iranien rejette ces chiffres et accuse des « terroristes » d’être responsables d’une partie des violences, tout en mettant en garde les États-Unis contre toute intervention militaire. Ces manifestations, initialement déclenchées par la dégradation de la situation économique et la chute de la monnaie, se sont étendues à environ 180 villes et constituent le plus grave défi auquel le pays est confronté depuis la révolution de 1979.
