Publié le 13 janvier 2025 à 03h20. La Chine et l’Union européenne se sont entendues sur des mesures visant à apaiser les tensions commerciales liées aux importations de véhicules électriques chinois, après l’imposition de droits de douane par l’UE en réponse à des pratiques de subvention jugées déloyales.
- L’UE a publié un document d’orientation précisant les conditions pour que les constructeurs chinois proposent des prix d’importation acceptables.
- Des prix minimaux à l’importation seront fixés pour compenser les effets des subventions gouvernementales chinoises.
- La Chambre de commerce chinoise auprès de l’UE salue une issue qui pourrait permettre d’éviter une escalade du conflit.
Bruxelles et Pékin ont trouvé un terrain d’entente pour tenter de résoudre un différend commercial qui avait considérablement tendu les relations bilatérales. L’Union européenne avait annoncé fin 2024 l’imposition de droits compensatoires allant de 7,8 % à 35,3 % sur les véhicules électriques à batterie importés de Chine, suite à une enquête concluant à l’existence de subventions injustes.
Selon le document d’orientation publié lundi par l’UE, les constructeurs chinois devront proposer des offres de prix qui tiennent compte de ces droits et fixent des prix minimaux d’importation « appropriés pour éliminer les effets préjudiciables des subventions ». Les projets d’investissement des entreprises chinoises sur le territoire européen seront également pris en considération.
« Le marché européen est ouvert aux véhicules électriques du monde entier, à condition qu’ils arrivent ici selon des règles du jeu équitables »,
Olof Gill, porte-parole de la Commission européenne
La Commission européenne s’engage à évaluer chaque proposition « de manière objective et équitable, conformément au principe de non-discrimination » et en respectant les règles de l’Organisation mondiale du commerce.
Le ministère chinois du Commerce a déclaré que cet accord était « propice non seulement à assurer le développement sain des relations économiques et commerciales entre la Chine et l’UE, mais également à sauvegarder l’ordre commercial international fondé sur des règles ». La Chambre de commerce chinoise auprès de l’UE a quant à elle exprimé son optimisme, estimant que cette décision favoriserait un « atterrissage en douceur » dans ce dossier épineux.
L’enquête européenne et les droits de douane imposés avaient suscité des inquiétudes en Chine, où l’on dénonçait une protectionnisme injustifié. Les constructeurs européens craignaient une concurrence déloyale de la part des entreprises chinoises, bénéficiant d’un soutien financier massif de Pékin.
Cette annonce intervient également après que l’UE a ouvert un examen concernant une proposition de prix de la coentreprise chinoise du groupe Volkswagen basée en Allemagne, qui pourrait potentiellement remplacer les droits de douane anti-subventions. La guerre des prix sur les véhicules électriques en Chine est un facteur clé de cette situation.
Selon Rico Luman, économiste principal à la banque néerlandaise ING, spécialisée dans le transport, la logistique et l’industrie automobile, les marques chinoises pourraient trouver un certain réconfort dans cette décision pour poursuivre leurs exportations à long terme, tout en évitant des droits d’importation plus élevés. « Je suis convaincu que l’avancée des marques chinoises va se poursuivre. »
L’analyste souligne que les constructeurs européens dépendent fortement de la Chine pour l’approvisionnement en batteries, en matériaux de terres rares et en puces informatiques, ce qui nécessite un « exercice d’équilibre pour éviter de frustrer les relations commerciales » avec Pékin.
Stephen Chan, directeur associé chez S&P Global Ratings, estime toutefois qu’une demande européenne pour les véhicules construits en Chine pourrait être limitée si le prix plancher fixé dans le cadre des nouvelles directives « réduit considérablement l’écart entre les véhicules électriques chinois et leurs concurrents européens ».
Les analystes prévoient que les marques automobiles chinoises continueront à gagner des parts de marché en Europe dans les années à venir. Selon l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA) et S&P Global Mobility, les voitures fabriquées en Chine ont représenté 6 % des ventes dans l’UE au premier semestre 2025, contre 5 % à la même période en 2024. L’ACEA indique que les constructeurs basés dans l’UE représentaient encore 74 % des ventes totales de voitures dans l’UE au premier semestre 2025, l’Allemagne produisant environ 20 % des voitures vendues dans l’UE, suivie par l’Espagne, la Tchéquie et la France.
Selon le cabinet AlixPartners, les constructeurs automobiles chinois pourraient doubler leur part de marché européenne à environ 10 % d’ici 2030.


