Publié le 23 novembre 2025 à 08h30. Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, renforce sa position au sein du Parti démocrate américain, suscitant des spéculations sur une possible candidature à la présidence en 2028, notamment après un succès électoral stratégique dans son État.
- Gavin Newsom a consolidé son leadership grâce à une victoire lors d’un référendum californien sur le redécoupage des circonscriptions électorales.
- Cette victoire lui permet de se positionner comme un défenseur de la démocratie et un collecteur de fonds efficace, des atouts pour une campagne présidentielle.
- Bien que confronté à des défis internes liés à la situation socio-économique de la Californie, Newsom semble déterminé à jouer un rôle majeur dans la course à la Maison Blanche.
Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, ne l’admettra peut-être pas ouvertement, mais son ambition de briguer la présidence des États-Unis est de plus en plus palpable. Charismatique et doté d’un talent oratoire indéniable, Newsom a pris de l’avance sur ses concurrents potentiels au sein du Parti démocrate. Sa récente victoire lors d’un référendum crucial en Californie, visant à redéfinir les cartes électorales de l’État, pourrait bien être le tremplin vers la Maison Blanche.
L’initiative de redécoupage des circonscriptions, soumise au vote des Californiens, a été approuvée avec 64,3% des voix, surprenant même les optimistes du camp démocrate. Cette victoire garantit une redistribution des sièges pour les élections de 2026, 2028 et 2030, et promet d’accorder cinq nouveaux sièges aux démocrates lors des élections de mi-mandat, contrairement à la situation au Texas où les républicains devraient en obtenir cinq supplémentaires. Proposition 50, comme elle est connue, a été remportée grâce à une campagne financée par des millions de dollars.
Selon Doug Sosnik, consultant politique démocrate et ancien conseiller de l’ancien président Bill Clinton, Newsom a considérablement renforcé son positionnement au cours des six derniers mois.
« Newsom a renforcé son leadership au cours des six derniers mois. Il a contribué à remettre les démocrates dans la lutte pour la majorité à la Chambre avec son référendum en Californie et il possède plusieurs qualités d’un candidat à la Maison Blanche : il est un bon communicateur, il parvient à récolter beaucoup d’argent et il a l’allure d’un président. »
Doug Sosnik, consultant politique démocrate et ancien conseiller de Bill Clinton
Organiser un référendum sur le redécoupage des circonscriptions était un pari risqué. Les Californiens accordent une grande importance aux commissions indépendantes et non partisanes, qu’ils considèrent comme garantes d’un processus équitable. Cependant, la lutte contre l’influence de Donald Trump a pris le pas sur ces considérations.
John Pitney, professeur de sciences politiques au Claremont Mckenna College en Californie, explique :
« Il n’y avait aucune garantie que le référendum serait approuvé et il y avait une opposition considérable. Newsom a pu présenter la proposition essentiellement comme un référendum sur Trump. Le message était le suivant : si vous n’aimez pas Trump, votez oui. »
John Pitney, professeur de sciences politiques au Claremont Mckenna College en Californie
Cette stratégie a permis à Newsom de se présenter comme un rempart contre le trumpisme et de démontrer sa capacité à lever des fonds, une compétence essentielle pour tout candidat aspirant à la présidence. Il a également adopté une nouvelle stratégie de communication sur les réseaux sociaux, imitant le style direct et parfois provocateur de Donald Trump, ce qui a suscité l’attention et irrité les républicains. Il a notamment qualifié Trump de « gros » et publié des mèmes désobligeants.
Lors d’une interview accordée à la chaîne NBC News, Newsom a défendu cette approche, estimant que les règles du jeu politique avaient changé.
« J’adorerais y revenir, mais la politique a changé. Le monde a changé. Les règles du jeu ont changé. Il est temps pour nous de changer si nous voulons que les choses soient différentes. Et c’est pourquoi notre stratégie de communication a changé et notre référendum a tout remodelé ici en Californie. »
Gavin Newsom, gouverneur de Californie
Malgré cet enthousiasme, Newsom est confronté à des critiques internes. La Californie est confrontée à des problèmes majeurs tels que le coût de la vie élevé, la crise du logement et le nombre important de sans-abri. L’opposition à sa politique a été suffisamment forte pour déclencher un référendum de destitution en 2021, qu’il a finalement surmonté, mais de justesse.
« Gavin Newsom n’est pas un gouverneur populaire », souligne Christian Esperias, consultant démocrate. « Le problème des sans-abri en Californie est hors de contrôle et le coût de la vie est très élevé. La Californie est confrontée à une pénurie de logements et de nombreux habitants quittent l’État à cause des prix. »
Le gouverneur a également souligné lors d’interviews qu’il se concentrait sur les élections de mi-mandat de l’année prochaine, tout en admettant qu’il envisageait une candidature à la présidence en 2028. Il est actuellement en tête des sondages pour les primaires démocrates. Parmi ses potentiels concurrents figurent l’ancienne vice-présidente Kamala Harris, l’ancien secrétaire aux Transports Pete Buttigieg, la députée Alexandria Ocásio-Cortez, ainsi que d’autres gouverneurs tels que JB Pritzker (Illinois), Josh Shapiro (Pennsylvanie) et Andy Bashear (Kentucky).
Lors de sa récente visite à Belém pour participer à la COP30 et à des événements à São Paulo, Newsom a insisté sur le rôle de la Californie en tant que partenaire « stable et sûr », en contraste avec l’administration Trump. Il a également critiqué l’absence de représentants républicains à la COP30.
Dans une interview accordée au site américain Politico, Newsom s’est présenté comme un pragmatique, tout en laissant entendre ses ambitions présidentielles en plaidant pour un consensus au sein du Parti démocrate.
« Je veux que les démocrates soient le parti de Manchin à Mamdani. Je veux qu’il soit inclusif. »
Gavin Newsom, gouverneur de Californie
Sosnik, qui a travaillé dans l’administration Clinton, tempère cependant l’enthousiasme : « Dans le contexte de l’élection présidentielle de 2028, Gavin Newsom était le vainqueur de 2025, mais c’est comme dire à une équipe de football qu’elle a gagné un match amical. C’est bien, mais l’équipe a encore beaucoup de travail à faire. »
