Publié le 25 novembre 2025 14h00:00. Une nouvelle étude révèle que notre capacité à différer la gratification, illustrée par le célèbre test de la guimauve, est en partie déterminée par notre patrimoine génétique, avec des implications importantes pour la santé mentale et physique.
- Onze régions génétiques distinctes ont été identifiées comme influençant la prise de décision impulsive.
- L’impulsivité est liée à un risque accru de troubles tels que la dépression, l’addiction, l’obésité et les douleurs chroniques.
- Des scores polygénétiques peuvent prédire la propension d’un individu à privilégier les récompenses immédiates, et sont corrélés à divers problèmes de santé.
La tendance à vouloir une récompense immédiate plutôt qu’à attendre pour en obtenir une plus importante est souvent perçue comme une question de volonté ou de caractère. Pourtant, une recherche menée par des scientifiques de l’Université de Californie à San Diego suggère que cette capacité à différer la gratification, testée de manière emblématique par le « test de la guimauve », a des racines biologiques profondes.
L’équipe de recherche a analysé les données génétiques de près de 135 000 participants issues de la base de données de la société 23andMe, révélant un schéma génétique convaincant lié à ce que les psychologues appellent la « remise différée de la gratification ». Ce concept décrit la tendance à choisir une petite récompense immédiate plutôt qu’une récompense plus importante, mais disponible seulement dans le futur. Plus le délai est long, plus la valeur subjective de cette récompense future diminue, un phénomène central dans la psychologie de l’apprentissage.
« Nous prenons tous des décisions impulsives, mais il était étonnamment difficile d’en identifier la base biologique. »
Sandra Sanchez-Roige, directrice de recherche
Les chercheurs ont identifié onze régions génétiques indépendantes, regroupant 93 gènes, qui pourraient être impliqués dans la prise de décision impulsive. Beaucoup de ces gènes jouent un rôle dans des processus biologiques essentiels, notamment la signalisation dopaminergique, la croissance des cellules nerveuses, le métabolisme et la structure du cerveau. Ces mêmes systèmes biologiques sont également impliqués dans le développement de troubles tels que la dépression, l’addiction, l’obésité, la douleur chronique et même les difficultés scolaires.
L’étude ne s’est pas limitée à l’identification des gènes. Les chercheurs ont également examiné les liens entre le génome et le risque de diverses maladies. Ils ont découvert que pas moins de 73 caractéristiques étaient génétiquement liées à la remise différée de la gratification, notamment la consommation de médicaments et de drogues, la dépression, les troubles du sommeil et les problèmes digestifs.
« Nous avons observé des groupes de voies biologiques qui se chevauchent, principalement liées à la cognition, au métabolisme et au comportement d’extériorisation. Cela peut expliquer pourquoi l’impulsivité est un élément si reconnaissable de nombreuses maladies mentales. »
Abraham Palmer, chercheur
Le comportement d’extériorisation se manifeste par des actions visibles et perturbatrices pour l’environnement, telles que l’agressivité, les jurons, la désobéissance ou les crises de colère. Il est souvent le résultat d’une difficulté à contrôler ses émotions et peut conduire à des conflits.
Pour quantifier cette prédisposition génétique, l’équipe a développé des « scores polygénétiques » capables de prédire dans quelle mesure les gènes d’une personne la poussent à privilégier le « maintenant » plutôt que le « plus tard ». Ces scores ont ensuite été testés sur plus de 66 000 patients hospitalisés. Les résultats ont révélé que ce score d’impulsivité génétique était associé à 212 résultats médicaux différents, allant du diabète de type 2 et des douleurs chroniques aux maladies cardiaques, aux troubles de l’humeur et à la dépendance au tabac.
« Cela montre que les décisions à court terme, souvent prises sans vraiment y penser, peuvent se transformer en risques graves pour la santé au cours de la vie. »
Hayley Thorpe, scientifique
Les chercheurs espèrent que cette meilleure compréhension des bases génétiques et biologiques de la remise différée de la gratification permettra de développer de nouveaux traitements. À l’avenir, l’impulsivité pourrait même devenir un marqueur clinique utile, aidant à optimiser l’efficacité des thérapies comportementales et des médicaments. Cependant, Sandra Sanchez-Roige souligne qu’il reste encore beaucoup de travail à faire pour confirmer ces nouvelles connexions génétiques.
Les études futures devront également tenir compte de l’influence des facteurs environnementaux, tels que le statut socio-économique. « La remise différée de la gratification est mesurable, fortement héréditaire et un indicateur important pour d’innombrables aspects de notre santé », conclut Sanchez-Roige. « Nous parlons de la base de notre comportement décisionnel. En approfondissant ces connaissances, nous pourrons peut-être trouver de nouvelles façons de prévenir ou de traiter un large éventail de conditions. »
Le test de la guimauve
Le test de la guimauve, une expérience psychologique classique menée dans les années 1960 par Walter Mischel, proposait aux enfants un choix simple : manger une guimauve immédiatement ou attendre un certain temps pour en obtenir deux. L’étude visait à mesurer la capacité des enfants à réprimer leurs impulsions, leur aptitude à attendre étant considérée comme un indicateur de maîtrise de soi. Des études de suivi ont établi un lien entre des délais d’attente plus longs et de meilleurs résultats scolaires et un meilleur fonctionnement social, bien que ces liens soient influencés par des facteurs environnementaux tels que la stabilité et la confiance.
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