Publié le 27 octobre 2025 16h18. Un nouveau rapport alarmant de Survival International révèle que la moitié des peuples autochtones isolés pourraient disparaître d’ici dix ans, face à la pression croissante des activités industrielles et des menaces modernes.
- Survival International estime qu’il existe au moins 196 groupes de peuples isolés à travers le monde.
- Plus de 96 % de ces groupes sont menacés par l’exploitation forestière, l’exploitation minière et le forage pétrolier et gazier.
- De nouvelles menaces émergent, notamment l’influence des réseaux sociaux et l’activité de missionnaires prosélytes.
Le rapport, intitulé Peuples autochtones isolés : au bord de la survie, publié ce jour, dresse un constat sombre sur la situation des populations vivant en isolement volontaire dans dix pays d’Amérique du Sud, d’Asie et du Pacifique. Il s’appuie sur plus de 50 ans de recherche menée par l’organisation Survival International.
Lors du lancement du rapport, l’acteur et militant Richard Gere a exprimé son indignation face à la situation.
« Combien de temps encore, dans le monde industrialisé, les considérerons-nous comme de malheureux dommages collatéraux pendant que nous pillons leurs terres pour nos voitures, nos maisons, nos besoins énergétiques, nos bijoux, nos divertissements ? »
Richard Gere, acteur et défenseur des droits de l’homme
Gere a également souligné l’ironie d’un pays comme les États-Unis, bâti sur la dépossession des peuples autochtones.
« J’ai grandi dans un pays qui a été construit sur la misère des peuples autochtones – l’Amérique – et j’en ai énormément honte. Beaucoup d’Américains ressentent cela. Ce n’était pas la bonne chose à faire. C’était cruel. C’était inutile. »
Richard Gere, acteur et défenseur des droits de l’homme
Le rapport met en évidence que ces populations ne sont pas passives, mais choisissent activement de se retirer du contact avec le monde extérieur pour se protéger. Caroline Pearce, directrice de Survival International, a insisté sur ce point :
« Les peuples isolés ne sont ni passifs ni ignorants. Ils connaissent les étrangers, ils font le choix de rejeter et de résister au contact, et ils sont puissamment soutenus par leurs voisins autochtones. »
Caroline Pearce, directrice de Survival International
Lucas Manchineri, du peuple Manchineri du Brésil, a pris la parole pour défendre ces communautés qu’il appelle « les gens méfiants ».
« Nous devons les soutenir en racontant leurs histoires et en montrant au monde que les peuples isolés n’ont pas disparu. Ils sont là. Ils se battent dans leur forêt, parfois en silence. Nous avons l’obligation spirituelle et politique de les protéger. »
Lucas Manchineri, président de MAPPHA
Outre les menaces traditionnelles liées à l’exploitation des ressources naturelles, le rapport souligne l’émergence de nouveaux dangers. Des influenceurs sur les réseaux sociaux cherchent à établir un « premier contact » pour créer du contenu sensationnel, tandis que des missionnaires, financés par des organisations religieuses, utilisent la technologie pour localiser et convertir ces tribus. De plus, l’expansion des gangs criminels impliqués dans le trafic de drogue et l’exploitation minière illégale en Amazonie représente une menace croissante.
Herlin Odicio, un leader autochtone Kakataibo du Pérou, a dénoncé le manque de protection gouvernementale.
« Nous, les organisations autochtones, travaillons pour défendre leurs droits fonciers. Parce qu’ils n’ont pas de personnes pour sortir et se battre pour eux-mêmes. Ils sont rendus invisibles par le gouvernement. »
Herlin Odicio, leader autochtone Kakataibo
Maipatxi Apurinã, membre du peuple Pupīkary (Apurinã) du Brésil, a résumé la situation :
« Le fait de ne pas reconnaître l’existence des peuples isolés est une énorme violation de leurs droits… Leur droit à être protégés doit exister non seulement sur le papier, mais dans la réalité. »
Maipatxi Apurinã, responsable de la surveillance des terres au COIAB
Le rapport de Survival International appelle les gouvernements à renforcer la protection des terres des peuples isolés et à faire respecter les lois internationales qui garantissent leurs droits. Il exhorte également les entreprises à s’assurer que leurs chaînes d’approvisionnement ne contribuent pas à la destruction de leurs territoires. Pour en savoir plus, consultez le site personnes isolées.org.

