Publié le 18 janvier 2024 10:00:00. Le salon CES de Las Vegas a été cette année encore dominé par l’intelligence artificielle, au point de susciter un ras-le-bol généralisé, tant chez les professionnels de la tech que chez les consommateurs, qui dénoncent une omniprésence excessive et des promesses souvent déconnectées des réalités du marché.
- L’engouement pour l’IA, notamment via les NPU (Neural Processing Units), se fait au détriment d’autres composants essentiels comme les GPU, particulièrement pour le jeu mobile.
- La course à l’IA impacte négativement le marché de la mémoire vive, entraînant une réduction des capacités offertes dans les ordinateurs d’entrée de gamme.
- Microsoft persiste dans son intégration poussée de Copilot dans Windows, malgré un usage encore limité par les utilisateurs et des souvenirs persistants du fiasco de Windows 8.
Le CES 2024 a laissé un goût amer à de nombreux observateurs. L’omniprésence de l’intelligence artificielle (IA) a été perçue comme une véritable saturation, allant jusqu’à l’agacement. Des journalistes aux consommateurs, tous s’accordent à dire que le salon a été envahi par des visions futuristes basées sur l’IA, souvent sans lien direct avec les besoins réels des utilisateurs.
Cette lassitude s’explique en partie par une saturation préexistante. Les professionnels de la tech sont déjà confrontés à l’IA depuis un an, avec des annonces incessantes concernant les fonctionnalités d’IA intégrées aux nouveaux smartphones. L’accent mis sur les NPU (Neural Processing Units) dans les nouveaux processeurs, au détriment des GPU (Graphics Processing Units), a également déçu, notamment les amateurs de jeux mobiles qui auraient préféré des performances graphiques améliorées.
L’impact de la course à l’IA se fait également sentir sur le marché de la mémoire vive. La demande accrue pour les composants liés à l’IA a entraîné une hausse des prix et une réduction de l’offre de mémoire bon marché. Conséquence directe : les ordinateurs d’entrée de gamme reviennent à des configurations avec seulement 8 Go de RAM, alors qu’Apple offrait 16 Go sur ses derniers modèles d’ordinateurs portables. Cette régression a irrité même les plus optimistes face aux promesses de l’IA.
Si le CES a été riche en annonces concernant l’IA, la plupart concernaient des applications industrielles (B2B, business to business) plutôt que des produits destinés au grand public. AMD et Nvidia, par exemple, ont mis l’accent sur les avantages de l’IA pour les entreprises, sans annoncer de baisses de prix pour les consommateurs. Cette orientation a déçu ceux qui espéraient des avancées concrètes et accessibles.
Microsoft continue de miser gros sur l’IA avec son assistant Copilot, intégré de manière de plus en plus poussée dans Windows. L’entreprise a même dédié une touche de clavier à Copilot, malgré un usage encore incertain par les utilisateurs. Selon les estimations, seulement un tiers des utilisateurs l’utiliseraient “quotidiennement ou plusieurs jours par semaine”, ce qui ne justifie pas, selon certains, une touche dédiée.
Microsoft ambitionne de faire de l’IA l’interface principale pour interagir avec l’ordinateur. Cette stratégie rappelle le fiasco de Windows 8, dont l’interface radicalement différente avait été mal accueillie par les utilisateurs. Microsoft semble avoir oublié la leçon et tente de réimposer une nouvelle façon de travailler, sans s’assurer de son adhésion.
Pour profiter pleinement des fonctionnalités d’IA, Microsoft promeut une nouvelle norme, les “AI PC”, des ordinateurs équipés d’au moins 16 Go de RAM et d’un NPU capable d’exécuter des modèles d’IA locaux avec une puissance de calcul d’au moins 40 TOPS. Cependant, cette catégorie semble peu susciter l’enthousiasme, la plupart des utilisateurs se demandant simplement si leur ordinateur pourra exécuter Windows 11 et si leurs cartes graphiques ou leur RAM pourront être mises à niveau.
Malgré ce scepticisme, Microsoft et d’autres fabricants comme AMD continuent d’investir massivement dans l’IA, soulignant les performances accrues des NPU intégrés dans leurs nouveaux processeurs. Cette course à l’IA semble se dérouler dans l’indifférence générale, les entreprises pariant sur un marché futur des services d’IA financé par les gouvernements et les centres de données.
L’enjeu est de prendre une longueur d’avance dans le domaine de l’IA, considéré comme un facteur clé de la compétition géopolitique. Les gouvernements investissent massivement dans l’IA, même si les bénéfices concrets de ces investissements restent flous. L’espoir est que l’IA alimentera des services payants qui couvriront les coûts de construction et de fonctionnement des centres de données.
