Publié le 11 janvier 2026 à 13h33. La pièce De l’Est, comme le soleil, présentée au Strand Theatre de Baltimore, explore avec ambition les thèmes du logement, de la famille et de l’identité, mais peine à articuler ses multiples facettes, laissant le public partagé entre l’émotion et la confusion.
- La pièce aborde la crise du logement et la gentrification en Californie à travers l’histoire d’une famille luttant pour conserver son domicile.
- Une dimension historique et surnaturelle est introduite par le personnage d’un fantôme du XIXe siècle, ajoutant une complexité narrative parfois déroutante.
- Si les interprétations sont globalement solides, notamment celle de Caleb Madison, la pièce souffre d’un manque de cohérence et de tropes narratifs usés.
La nouvelle production du Rapid Lemon Productions, De l’Est, comme le soleil de Karen Li, se penche sur les enjeux cruciaux du logement abordable et de la préservation du tissu communautaire. L’intrigue suit Lake (M. Eden Walker), une femme blanche, et sa famille – son mari Charlie (Tevis Tsai), d’origine asiatique, et leur fils biracial Sammy (Daniel Lin) – alors qu’ils se battent pour sauver leur maison face à la pression immobilière. Au-delà de leur situation personnelle, Lake tente de mobiliser les habitants pour contrôler les loyers et défendre l’accès au logement, un sujet particulièrement pertinent en Californie.
Cependant, l’œuvre peine à maintenir un fil narratif clair. L’histoire oscille entre les préoccupations contemporaines de la famille et l’apparition d’un fantôme, Chao Yi (Eric Christian Panuela), un homme du XIXe siècle hanté par la perte de son amour. Si l’intention d’intégrer une dimension historique est louable, elle semble souvent déconnectée de la lutte actuelle pour le logement, alourdissant l’ensemble. L’auteur explore également une amitié naissante entre deux jeunes garçons, un élément touchant mais insuffisamment développé pour avoir un impact significatif.
La performance de Caleb Madison, dans le rôle d’Ellis, apporte une bouffée d’air frais à la pièce. Son humour et son aisance scénique captivent le public, même lorsque le récit prend des tournures improbables. Kay-Megan Washington, interprétant Roslin, se montre également investie dans son rôle, mais son personnage souffre d’incohérences flagrantes. Oscillant entre une attitude abrasive et une sagesse inattendue, Roslin apparaît comme une figure caricaturale, dont l’évolution manque de crédibilité.
Le ton de la pièce est inégal. Si certaines scènes suscitent l’amusement, il est parfois difficile de déterminer si l’humour est intentionnel ou le résultat d’un scénario peu convaincant. Les monologues, nombreux, alourdissent le rythme et entravent l’élan narratif. De plus, la pièce s’appuie sur des clichés narratifs problématiques, notamment celui du « sauveur blanc », qui minimise la complexité de l’activisme communautaire. La représentation du personnage de Roslin, femme noire présentée comme antagoniste et dépourvue de profondeur, est particulièrement décevante et renforce des stéréotypes nuisibles.
Sous la direction de Jalice Ortiz-Corral, la production mise sur une esthétique théâtrale audacieuse. Si cette approche permet des moments de créativité, elle aurait gagné à être tempérée par un rythme plus soutenu, moins de digressions et une narration plus claire. De l’Est, comme le soleil est une œuvre ambitieuse, mais son manque de cohésion et ses choix narratifs discutables l’empêchent d’atteindre son plein potentiel. Néanmoins, elle suscite la réflexion et promet de vives discussions.
Durée : Deux heures, plus un entracte de 15 minutes.
De l’Est, comme le soleil se joue jusqu’au 25 janvier 2026, présenté par Rapid Lemon Productions, au Strand Theatre situé au 5426 Harford Road, Baltimore, MD. Achetez des billets (10 $ à 25 $, prix libre) en ligne.
De l’Est, comme le soleil
Par Karen Li
DISTRIBUTION
Chao Yi, « le fantôme » : Eric Christian Panuela
Sammy : Daniel Lin
Ellis : Caleb Madison
Charlie : Tevis Tsai
Lac : M. Eden Walker
Roslin : Kay-Megan Washington
CRÉATION/PRODUCTION
Réalisateur : Jalice Ortiz-Corral
Régisseur/Assistant à la mise en scène : Janis Hannon
Scénographe : Steve Sawicki
Concepteur lumière : Martin Soundiata
Créateur de costumes : Rowan Gardner
Concepteur sonore : Max Garner
Directeur Combat/Intimité : Mel Gabel
Régisseur adjoint : Jacqueline Glenn
