Publié le 1er novembre 2025 10h58. Le documentaire David Delfin. Montre ta blessure, diffusé prochainement sur La2, revisite le parcours d’un créateur iconoclaste qui a marqué la mode espagnole, mais dont la mémoire s’efface déjà pour les plus jeunes générations.
- Le designer David Delfin, décédé en 2017 à l’âge de 46 ans, a laissé une empreinte durable sur la scène de la mode espagnole.
- Un documentaire, David Delfin. Montre ta blessure, explore son œuvre et sa personnalité complexe, en particulier sa collection controversée Cour des miracles.
- L’oubli de Delfin par une partie de la génération Z soulève des questions sur la pérennité de la mémoire des créateurs de mode.
La nouvelle du décès de David Delfin, en juin 2017, avait suscité une vive émotion en Espagne. Récompensé par le Prix National de Création de Mode en 2016, il était reconnu pour ses collections audacieuses et son approche pluridisciplinaire, allant du design vestimentaire au dessin et à la performance artistique. Il était également un membre influent d’un cercle d’artistes éclectiques, parmi lesquels on comptait Alaska, Pepón Nieto, Pedro Almodóvar et, surtout, Bimba Bose, sa muse et compagne, décédée quelques mois plus tôt.
Le journaliste de mode Rafael Muñoz a été frappé par l’amnésie de certains étudiants lors d’une conférence sur la mode. Il a constaté que beaucoup d’entre eux ignoraient l’existence de David Delfin, un créateur pourtant très médiatisé.
« Il m’arrive la même chose avec d’autres créateurs importants comme Sybilla, mais David Delfín était très médiatique, il est même apparu dans des magazines à potins. Et il a toujours semblé si jeune… J’ai eu du mal à comprendre que beaucoup d’enfants ne savent plus qui il était. »
Rafael Muñoz, journaliste de mode
C’est dans ce contexte que Rafael Muñoz a réalisé le documentaire David Delfin. Montre ta blessure, présenté ce vendredi au Seminci de Valladolid et dont la diffusion est prévue le 9 novembre sur La2. Il souhaitait rendre hommage à Delfin sans attendre un anniversaire commémoratif.
Le film s’ouvre sur le défilé Cour des miracles (2002), considéré comme le point de départ de la notoriété de Delfin et de son image d’enfant terrible. Cette collection, présentée lors de la Fashion Week de Madrid, a provoqué une vive polémique. La coïncidence avec la publication d’images de femmes voilées en Afghanistan, dans un contexte de guerre, ainsi que des problèmes d’éclairage qui ont fait trébucher les mannequins, ont conduit certains à interpréter les cagoules et les cordes portées par les modèles comme une forme de maltraitance, appelant au boycott.
En réalité, ces éléments étaient des références artistiques précises, inspirées de la scène finale du film Dancer in the Dark (2000) de Lars von Trier, du tableau Les Amants de René Magritte, ou encore de l’œuvre de Joseph Beuys, l’un des artistes préférés de Delfin. Ils reflétaient également ses propres tourments intérieurs, ces blessures qu’il cherchait à exposer, convaincu que c’était le seul moyen de les guérir – une idée qu’il avait même fait tatouer sur sa peau avec la phrase « Montre ta blessure », une citation de Beuys. Malgré ces intentions, Delfin a été confronté à un consensus politique inhabituel, avec des plaintes déposées par le Parti Populaire (PP) et le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE).

