Publié le 2026-01-18 14:46:00. Le capital-investissement, en plein essor aux Pays-Bas, s’invite de plus en plus dans des secteurs variés, de la grande distribution à la santé. Si cette présence peut stimuler l’innovation et la croissance, elle suscite également des inquiétudes quant à son impact sur la qualité des services et les conditions de travail.
- Trois cents sociétés de capital-investissement étaient actives aux Pays-Bas au second semestre 2024, investissant dans 5 499 entreprises.
- L’Autorité néerlandaise des consommateurs et des marchés (ACM) constate une augmentation significative des fusions impliquant des fonds de capital-investissement.
- Les experts soulignent un double visage : potentiel d’amélioration de l’offre et des prix, mais risque de dégradation de la qualité dans les secteurs essentiels comme la santé.
Le capital-investissement, ou private equity, est devenu un acteur majeur de l’économie néerlandaise. Des enseignes aussi diverses qu’Action, une chaîne de magasins à bas prix, et Evidensia, un groupe vétérinaire, sont désormais contrôlées par des sociétés d’investissement. Selon les données récentes de Aeternus, un spécialiste des fusions et acquisitions, ces fonds ont investi dans près de 5 500 entreprises au cours du second semestre 2024.
Le principe est simple : une société de capital-investissement prend une participation dans une entreprise, lui apportant non seulement des capitaux, mais aussi un accompagnement stratégique. L’objectif est d’augmenter la valeur de l’entreprise sur une période de cinq à sept ans, avant de revendre sa participation, idéalement avec une plus-value significative. C’est ainsi que ces fonds génèrent leurs profits.
Les sociétés d’investissement opèrent dans de nombreux secteurs, guidées par une seule logique : la rentabilité. Comme l’explique Sophia Manigart, de la Vlerick Business School belge :
« Tant que l’on peut gagner de l’argent. »
Sophia Manigart, Vlerick Business School
Certains fonds se spécialisent, ciblant par exemple le commerce de détail ou le secteur de la santé.
Mais quelles sont les conséquences concrètes de cette présence du capital-investissement pour les consommateurs et les professionnels ? Selon Manigart, cela dépend fortement du secteur concerné. Dans le cas des entreprises innovantes, l’accent mis sur l’efficacité et la croissance peut se traduire par des produits de meilleure qualité et moins chers. Elle prend l’exemple d’Action, détenue par la société 3i Group :
« Les consommateurs n’ont pas souffert de l’arrivée du capital-investissement. Ce magasin propose toujours des prix compétitifs et s’est énormément développé, de sorte que davantage de personnes peuvent en bénéficier. »
Sophia Manigart, Vlerick Business School
La situation est toutefois plus préoccupante lorsqu’il s’agit d’entreprises qui remplissent une fonction sociale, comme les établissements de santé. Dans ces domaines, il ne s’agit plus de clients, mais de patients. L’experte se montre alors plus réservée quant à l’intérêt du capital-investissement, car la recherche de l’efficacité et de la création de valeur peut entrer en conflit avec les objectifs de ces institutions. Des études montrent ainsi que les taux de mortalité sont plus élevés dans les hôpitaux détenus par des fonds de capital-investissement, et que le taux de diplomation est plus faible dans les écoles relevant de leur contrôle.
L’Autorité néerlandaise des consommateurs et des marchés (ACM) est consciente de l’importance croissante du capital-investissement. En 2025, 21 % des notifications de fusions concernaient des opérations impliquant des fonds de capital-investissement, contre seulement 7,5 % en 2013. Il est important de noter que ces chiffres ne concernent que les fusions soumises à une obligation de déclaration, c’est-à-dire celles impliquant des entreprises réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 30 millions d’euros.
Martijn Snoep, président de l’ACM, reconnaît à la fois les avantages et les inconvénients du capital-investissement. D’une part, il facilite l’investissement des entreprises et peut conduire à une plus grande productivité. D’autre part, il crée une incitation au profit, ce qui peut se traduire par une hausse des prix pour les consommateurs. Il se montre sceptique quant à l’idée que les gains d’efficacité soient répercutés sur les prix.
L’ACM s’inquiète particulièrement de l’entrée du capital-investissement dans des secteurs sensibles, comme la vétérinaire. Les consommateurs, fragilisés par l’émotion qu’ils portent à leurs animaux de compagnie, sont moins en mesure de prendre des décisions éclairées. Dans ce type de secteurs, une surveillance accrue est nécessaire pour éviter une augmentation des prix et des traitements inutiles. De plus, les fonds de capital-investissement peuvent réaliser de petites acquisitions successives, leur permettant d’acquérir un pouvoir de marché important sans que les autorités de régulation ne soient informées. L’ACM souhaite que les règles soient modifiées pour faciliter le contrôle de ce type de rachats, et un projet de loi en ce sens est actuellement en discussion à la Chambre des représentants.
Qu’en est-il des conséquences pour les salariés ? Selon Manigart, cela dépend de la nature de la participation du capital-investissement. En cas de prise de contrôle majoritaire, on observe généralement une rotation importante du personnel, avec le remplacement des employés expérimentés par des profils plus jeunes et moins coûteux. Les cadres et les dirigeants sont particulièrement touchés. En revanche, une participation minoritaire, notamment dans les entreprises familiales, se traduit souvent par un accompagnement et une professionnalisation de l’entreprise, sans remettre en cause l’emploi ni les salaires.
