Publié le 7 novembre 2024 à 16h44. Une résurgence inquiétante de la rougeole est observée à travers le monde, notamment aux États-Unis, au Canada et en Israël, en raison d’une baisse de la couverture vaccinale, particulièrement depuis la pandémie de Covid-19.
- Plus de 5 100 cas de rougeole ont été recensés au Canada depuis l’automne 2024.
- En Israël, une épidémie de rougeole a malheureusement causé le décès de huit enfants.
- La diminution des taux de vaccination infantile est le principal facteur de cette recrudescence.
La rougeole, maladie virale hautement contagieuse, connaît un regain d’activité dans plusieurs pays. Les experts s’alarment d’une baisse significative de la vaccination infantile, exacerbée par les perturbations causées par la pandémie de Covid-19. Cette situation favorise la réapparition de la maladie, qui peut avoir des conséquences graves, voire mortelles, chez les enfants.
Le Professeur Dr. Bulent Ertuğrul, spécialiste des maladies infectieuses et de la microbiologie clinique, a expliqué à hurriyet.com.tr les raisons de cette augmentation des cas, la situation actuelle en Turquie et les informations essentielles à connaître sur la rougeole.
Une baisse de la vaccination post-pandémie
« Après la pandémie, on a constaté une diminution générale des vaccinations infantiles, et le programme de vaccination contre la rougeole a été particulièrement affecté. Depuis 1963, date de l’introduction du vaccin, le nombre de cas et de décès liés à la rougeole a considérablement diminué à l’échelle mondiale. Avant l’arrivée du vaccin, on estimait à 2,5 millions le nombre d’enfants décédant chaque année de cette maladie. Ce chiffre est aujourd’hui tombé à près de 100 000. Cependant, la comparaison avec la période pré-pandémique révèle une tendance malheureusement plus pessimiste. »
Professeur Dr. Bulent Ertuğrul, spécialiste des maladies infectieuses et de la microbiologie clinique
En 2019, le taux de vaccination contre la rougeole après la première dose atteignait environ 85 % au niveau mondial. Ce taux est tombé à 80 % en 2021, immédiatement après la pandémie. L’Organisation mondiale de la santé a rapporté environ 136 000 décès dans le monde en 2023, dont 95 % concernaient des personnes non vaccinées. Avant la pandémie, le nombre annuel de décès se situait autour de 90 à 100 000 et était en diminution.
La situation en Turquie
Le vaccin contre la rougeole a été intégré au programme de vaccination turc dès 1970. Avant la pandémie, les taux de vaccination après la première dose atteignaient presque 97 %, se rapprochant des niveaux d’immunité collective. Selon les données du ministère de la Santé, bien qu’une légère baisse ait été observée pendant et après la pandémie, le taux de couverture vaccinale pour la première dose reste d’environ 95 %. Cependant, l’augmentation significative du nombre de cas ces dernières années remet en question la fiabilité de ces chiffres.
En 2023, la Turquie a enregistré 5 000 cas de rougeole, contre une dizaine auparavant. L’analyse des cas révèle que la majorité des enfants atteints de rougeole ne sont pas vaccinés ou ne le sont pas complètement. De plus, l’augmentation des cas après 2019 suggère que le problème ne se limite pas au taux de couverture vaccinale, mais pourrait également être lié à une immigration incontrôlée.
Faut-il revacciner les enfants ?
Si un enfant a contracté la rougeole avant l’âge de 9 mois, la vaccination est administrée à 12 mois et en première année d’école primaire. Cependant, si la rougeole est contractée après 9 mois, la personne est considérée comme immunisée à vie.
Une protection renforcée avec deux doses
Le vaccin contre la rougeole est administré en deux doses : la première à 12 mois et la seconde entre 4 et 6 ans, ou généralement en première année d’école primaire. La première dose offre une protection d’environ 95 %, qui augmente à 97-99 % après la deuxième dose. Cela signifie qu’il existe un risque de 1 à 3 % de contracter la rougeole même après vaccination.
Cependant, la maladie est généralement bénigne chez les personnes vaccinées et ne provoque pas de complications graves telles que la pneumonie ou l’encéphalite. Des cas de rougeole peuvent survenir chez les adultes en raison d’une diminution des taux d’anticorps. C’est pourquoi le ministère de la Santé a recommandé une dose de rappel pour les professionnels de la santé, en particulier ceux qui sont à risque.
La rougeole non vaccinée : une évolution potentiellement grave
Après une période d’incubation d’environ 10 jours, les premiers symptômes apparaissent : fièvre élevée (pouvant atteindre 40°C), écoulement nasal, rougeur des yeux et toux. Des taches de Koplik, spécifiques à la rougeole, apparaissent dans la bouche. Ensuite, des éruptions cutanées rouges se développent, commençant au visage et s’étendant au corps. L’enfant souffre de perte d’appétit et de fatigue. L’éruption cutanée disparaît après quatre à cinq jours, marquant le début de la guérison. La personne atteinte est contagieuse dès l’apparition des premiers symptômes, avant même l’éruption cutanée, jusqu’à sa disparition.
Malheureusement, la rougeole peut entraîner des complications dans certains cas. Sur 1 000 enfants atteints de rougeole, environ 50 à 60 (5 à 6 %) développent une pneumonie ou une encéphalite aiguë. Avant la vaccination, un enfant sur 100 000 développait une panencéphalite sclérosante subaiguë (PESS) mortelle. Ce taux est tombé à un sur 10 millions après l’introduction du vaccin. Cependant, dans les populations non vaccinées, ce taux reste à un sur 100 000.
La PESS : un risque rare mais grave
« La PESS est une inflammation cérébrale qui progresse lentement. Au début (stade 1), des changements de comportement et de personnalité se manifestent. L’enfant présente des difficultés d’apprentissage, et une baisse de la réussite scolaire peut être observée à l’école. Le diagnostic est difficile à ce stade et peut être confondu avec d’autres maladies neurologiques. Les enfants ayant des antécédents de rougeole doivent être examinés pour cette maladie. »
Professeur Dr. Bulent Ertuğrul, spécialiste des maladies infectieuses et de la microbiologie clinique
Au stade 2, des contractions musculaires, des difficultés d’élocution et des mouvements involontaires apparaissent. Ces deux premières phases durent de un à deux mois à un an. Au stade 3, des crises d’épilepsie, des difficultés à s’alimenter et une incapacité à marcher en raison de contractions musculaires se manifestent. Enfin, au stade 4, un coma survient, et la maladie se termine par le décès en un à trois ans, car le centre cérébral qui contrôle les organes est affecté.
Aucun traitement, 100 % de mortalité
La PESS apparaît généralement entre 1 et 4 ans après la rougeole, avec une période de latence d’environ 6 à 8 ans. La majorité des cas concernent les enfants qui ont contracté la rougeole avant l’âge de 2 ans. Le diagnostic repose sur l’analyse du liquide céphalo-rachidien et la détection d’anticorps antirougeoleux élevés. Malheureusement, il n’existe aucun traitement efficace, et la maladie est toujours mortelle. Le vaccin contre la rougeole prévient non seulement la transmission de la maladie, mais aussi le développement de la PESS. Le risque de PESS est de 1 à 4 sur 100 000 chez les enfants non vaccinés, contre 1 sur 10 millions chez les enfants vaccinés.
Pour plus d’informations sur la santé en Turquie, consultez le site du ministère de la Santé.
