Publié le 5 septembre 2025 à 14h30. Les disputes parentales, même indirectement vécues par les enfants, peuvent laisser des traces profondes sur leur développement émotionnel et se manifester à l’âge adulte par des schémas comportementaux spécifiques, selon des psychologues.
- L’exposition aux conflits familiaux durant l’enfance peut engendrer une hypervigilance émotionnelle, une difficulté à gérer les conflits et une tendance à assumer une responsabilité émotionnelle excessive envers les autres.
- Des études, notamment celles menées par l’Université de Notre Dame, confirment un lien entre les disputes parentales et l’anxiété, les troubles de la régulation émotionnelle et les difficultés relationnelles chez les enfants.
- Comprendre ces mécanismes permet de briser le cycle et de mieux appréhender les expériences actuelles, en reconnaissant l’influence persistante de blessures non résolues.
Témoin de disputes entre adultes, que ce soit lors de réunions familiales ou au quotidien, un enfant peut en porter les stigmates bien longtemps après. Selon la psychologue Leticia Martin Enjuto, de l’Université pontificale de Salamanque, l’impact de ces expériences est souvent insidieux, mais ses conséquences peuvent durablement affecter la vie adulte.
En dialogue avec le magazine corps-esprit, la spécialiste identifie cinq comportements courants chez les adultes ayant grandi dans des environnements familiaux conflictuels. Ces comportements influencent le bien-être psychologique et révèlent des mécanismes de défense mis en place durant l’enfance.
Le premier de ces comportements est une hypervigilance émotionnelle. Les adultes ayant été exposés aux disputes familiales développent une sensibilité particulière à l’état émotionnel de leur entourage, capables de percevoir les moindres changements, qu’il s’agisse d’une altération du ton de la voix, de silences ou de gestes subtils. Cette capacité n’est pas le fruit d’une intuition, mais d’un mécanisme de protection appris pour anticiper les conflits et se préserver.

À l’âge adulte, cette vigilance peut entraîner un épuisement émotionnel, de l’anxiété et des difficultés à se détendre dans les relations. Même dans un environnement stable, le sentiment persiste que la situation peut basculer à tout moment.
Une autre conséquence fréquente est la difficulté à affronter les conflits. Ces personnes ont tendance à éviter les confrontations, même les plus pacifiques, préférant réprimer leurs besoins ou céder excessivement aux autres, ce qui peut se traduire par des réactions émotionnelles intenses. Le problème principal, souligne Martín Enjuto, ne réside pas dans le désaccord lui-même, mais dans le manque d’outils pour gérer le conflit sans douleur ni rupture.
« Le corps se souvient que se disputer fait mal et réagit en conséquence, même lorsque les circonstances sont très différentes de celles vécues dans l’enfance. »
Leticia Martin Enjuto, psychologue à l’Université pontificale de Salamanque
La tendance à assumer une responsabilité émotionnelle excessive envers leur entourage est également courante. Ces adultes se sentent souvent obligés d’apaiser, de soutenir ou de prendre soin du bien-être émotionnel des autres, ce qui rend difficile l’établissement de limites et génère la peur de la déception ou de la culpabilité face à l’inconfort d’autrui.

« Il ne s’agit pas d’un manque de capacité à prendre soin d’eux-mêmes, mais d’un apprentissage précoce selon lequel leur valeur réside dans le maintien de la paix », explique la psychologue. Bien que cette tendance puisse sembler positive, elle peut conduire à un renoncement et à un sacrifice de soi excessifs.
Les personnes ayant été témoins de disputes familiales dans leur enfance éprouvent, selon l’experte, une ambivalence envers l’intimité. D’une part, elles aspirent à établir des liens profonds et authentiques ; d’autre part, elles craignent qu’approcher quelqu’un ne conduise à de nouvelles expériences douloureuses. L’insécurité apparaît, le besoin de distance ou la peur que la relation devienne source de souffrance. L’intimité est involontairement associée au conflit vécu à la maison, explique Martín Enjuto.
Ce phénomène, appelé « ambivalence émotionnelle », se traduit par une volonté d’être proche, mais sans se sentir complètement en sécurité.

Enfin, ceux qui ont grandi dans un environnement familial tendu ont tendance à exercer un fort contrôle émotionnel, évitant de montrer de la tristesse, de la colère ou toute émotion qui pourrait « aggraver la situation ». À l’âge adulte, ils adoptent une apparence de force et de fonctionnalité qui cache en réalité des niveaux élevés de stress et une déconnexion émotionnelle.
L’influence des conflits familiaux dans l’enfance a été largement étudiée. Une étude pertinente de l’Université de Notre Dame, dirigée par E. Mark Cummings et publiée dans la revue Child Development, a suivi plus de 200 familles pendant trois ans. L’étude a conclu que les enfants exposés de manière récurrente aux disputes parentales présentaient des niveaux d’anxiété plus élevés, des difficultés à réguler leurs émotions et des problèmes dans leurs relations interpersonnelles à l’adolescence, des effets qui peuvent persister à l’âge adulte.
Comprendre l’origine de ces comportements permet de briser le cycle et de donner un nouveau sens aux expériences actuelles. Selon Martín Enjuto, derrière cette dynamique, il n’y a pas un manque d’affection, mais plutôt l’influence persistante d’anciennes blessures non résolues.
