Publié le 24 septembre 2023. L’acteur et réalisateur palestinien Mohammed Bakri, figure emblématique du cinéma engagé, est décédé à l’âge de 72 ans dans un hôpital du nord d’Israël après une longue bataille contre des problèmes cardiaques. Son œuvre, souvent controversée, témoignait de la réalité palestinienne et de la résistance face à l’occupation.
- Mohammed Bakri s’est distingué par son engagement artistique et politique en faveur de la cause palestinienne.
- Son documentaire « Jenin Jenin », relatant les événements du camp de Jénine en 2002, a suscité une vive polémique et des poursuites judiciaires.
- Il a participé à plus de 43 œuvres artistiques, tant au théâtre qu’au cinéma, en collaborant avec des réalisateurs palestiniens et internationaux.
Né en 1953 dans le village de Bi’ina, en Haute Galilée, Mohammed Bakri a grandi au sein de la communauté palestinienne en Israël. Il a étudié le théâtre et la littérature arabe à l’université de Tel Aviv à partir de 1973, avant de débuter sa carrière sur les scènes des théâtres Habima et Haïfa, puis au théâtre Al-Qasaba de Ramallah. Tout au long de son parcours, il a privilégié les collaborations avec des réalisateurs palestiniens tels que Michel Khleifi, Rashid Masharawi et Ali Nasar, tout en participant à des productions arabes et internationales.
Bakri était particulièrement reconnu pour ses interprétations théâtrales, notamment dans la pièce « Les Déshérités », adaptée du roman d’Emil Habibi. Il y incarnait pendant de nombreuses années la complexité de l’identité palestinienne sous occupation. Il a également marqué le cinéma en participant à des films comme “Haifa” (1995) de Rashid Masharawi, “The Duty” (2019) d’Annemarie Jacir, ainsi que dans des productions internationales telles que “Behind Bars” et la série “Homeland”.
C’est cependant en tant que réalisateur de documentaires que Mohammed Bakri a laissé son empreinte la plus durable. Son film « Jenin Jenin » (2002), qui recueillait les témoignages des habitants du camp de Jénine après l’invasion israélienne d’avril 2002, a connu un succès international et a été récompensé par plusieurs prix. Mais il a également été l’objet d’une campagne virulente de la part des autorités israéliennes, qui l’ont poursuivi en justice et lui ont imposé de lourdes amendes. Malgré ces pressions, Bakri a toujours affirmé que l’art était un outil de résistance et un moyen de documenter la vérité.
« L’art est un outil de résistance et une documentation de la vérité. »
Mohammed Bakri
La disparition de Mohammed Bakri représente une perte considérable pour le cinéma et le théâtre palestiniens. Il était une voix courageuse qui refusait la neutralité et transformait l’art en un acte de résistance et en une mémoire vivante de la cause palestinienne.
