Ottawa relance le programme fédéral de rénovation verte des logements dans quatre provinces, avec plus de 500 millions de dollars pour aider 35 000 ménages à faible et moyen revenus à réduire leurs factures d’énergie et leurs émissions.
Un investissement de 500 millions pour 35 000 foyers
Plus de 500 millions de dollars, dont 300 millions fédéraux, seront alloués pour financer des rénovations énergétiques gratuites dans plus de 35 000 logements à faible et moyen revenus, selon l’annonce conjointe des ministres Julie Dabrusin (Environnement et Changement climatique) et Tim Hodgson (Énergie et Ressources naturelles). Ces rénovations incluent l’installation de pompes à chaleur, l’amélioration de l’isolation et l’étanchéité à l’air, des mesures qui réduiront les factures d’énergie et les émissions des ménages. Le programme, qui cible désormais locataires et propriétaires, remplace une version précédente épuisée en 2024.
Les économies annuelles estimées pour les ménages concernés se situent entre 300 et 1 700 dollars, avec une réduction moyenne des émissions de gaz à effet de serre d’environ 1,5 tonne par foyer, précise Ressources naturelles Canada. Le programme est coordonné avec les gouvernements provinciaux et des acteurs locaux comme Hydro-Québec, B.C. Hydro, FortisBC et EfficiencyOne.
La répartition des fonds reflète les priorités régionales : le Québec recevra 243,5 millions de dollars pour 25 000 logements, la Colombie-Britannique 177,3 millions pour 6 000 foyers, la Nouvelle-Écosse 26 millions pour 1 600 logements, et l’Île-du-Prince-Édouard 11,5 millions (avec un apport provincial supplémentaire de 3,5 millions). Ces montants, détaillés par Global News, illustrent une approche ciblée selon les besoins locaux.
Pourquoi cette relance maintenant ?
La relance du programme intervient dans un contexte de hausse des coûts énergétiques et de demande croissante en électricité, comme l’a souligné le gouvernement dans un communiqué. « Dans un monde marqué par l’incertitude globale, les coûts énergétiques volatils et une demande croissante en électricité, l’efficacité énergétique devient un levier essentiel », a déclaré Tim Hodgson lors de l’annonce. Cette stratégie s’inscrit dans une logique de résilience énergétique et de réduction des factures pour les ménages les plus vulnérables.

Le programme s’appuie sur une étude récente menée par l’HEC Montréal, qui montre que les gains en efficacité énergétique coûtent cinq fois moins cher que la construction de nouveaux projets de production. Selon Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire en gestion du secteur de l’énergie, les économies réalisées grâce à l’efficacité énergétique se chiffrent en moyenne à 3 cents par kilowattheure, contre 12 cents pour la production d’électricité supplémentaire. Cette différence de coût explique pourquoi les gouvernements misent sur les rénovations plutôt que sur de nouveaux investissements en infrastructures.
La relance s’inscrit également dans le cadre d’une politique nationale plus large visant à réduire la dépendance aux combustibles fossiles. En Nouvelle-Écosse, par exemple, les programmes de rénovation ont déjà permis d’éviter la combustion de plus de 4 millions de litres de mazout pour le chauffage en 2025-2026, réduisant ainsi les émissions de 12 000 tonnes de CO₂ et générant des économies estimées à 250 millions de dollars sur le cycle de vie des logements rénovés, selon le gouvernement provincial.
Un programme adapté aux réalités locales
Chaque province a adapté le programme à ses spécificités. Au Québec, les fonds serviront à étendre les programmes existants, notamment ceux gérés par Hydro-Québec, qui vise des gains d’efficacité de 21 térawattheures d’ici 2035. En Colombie-Britannique, les investissements cibleront l’expansion des programmes de pompes à chaleur et d’isolation, tandis qu’en Nouvelle-Écosse, le programme HomeWarming et le African Nova Scotian Communities Retrofit Program offriront des services adaptés aux communautés historiquement défavorisées.
« Nous facilitons l’accès à des rénovations pour que les Nova-Écossais puissent réduire leurs coûts énergétiques. Ces programmes aident les familles à utiliser moins d’énergie, à payer moins chaque mois, et à vivre dans des logements plus sains et confortables. »
En Île-du-Prince-Édouard, le programme s’appuiera sur le Free Insulation Program, déjà en place, pour offrir une isolation gratuite aux ménages admissibles. Cette approche décentralisée, où les provinces gèrent les fonds fédéraux, permet une meilleure adaptation aux besoins locaux, comme l’a souligné un responsable fédéral cité par CBC News.
Quels sont les prochains pas ?
La relance du CGHAP marque un tournant après deux ans d’absence, une période où le programme initial, le Canada Greener Homes Grant, lancé en 2021, avait été critiqué pour son épuisement prématuré. Les discussions sont déjà en cours pour étendre le programme aux autres provinces et territoires, selon les sources fédérales. Les ménages éligibles devront cependant patienter avant de pouvoir bénéficier des rénovations, les détails sur les critères d’admissibilité et les montants exacts n’étant pas encore finalisés.

Sur le plan économique, le programme pourrait stimuler un secteur en pleine croissance : celui de l’efficacité énergétique. Au Québec seul, près de 12 000 entreprises, employant 100 000 personnes, sont impliquées directement ou indirectement dans ce domaine, selon une étude récente. Les investissements fédéraux et provinciaux devraient donc soutenir des milliers d’emplois locaux tout en réduisant la facture énergétique des ménages.
Enfin, cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de transition énergétique. Alors que le Canada vise la carboneutralité d’ici 2050, des programmes comme le CGHAP jouent un rôle clé dans la réduction des émissions tout en améliorant le confort et la sécurité énergétique des citoyens. La question qui se pose désormais est de savoir si cette relance suffira à répondre à la demande croissante, ou si de nouveaux financements seront nécessaires dans les années à venir.
Une chose est sûre : avec un investissement de plus de 500 millions de dollars et un impact potentiel sur des dizaines de milliers de foyers, ce programme pourrait bien marquer un tournant dans la lutte contre la précarité énergétique au Canada.
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