De plus en plus de personnes souhaitent agir pour un monde meilleur, mais se heurtent à des questions pratiques : comment donner efficacement, influencer ses proches, ou même savoir s’il est possible d’en faire trop ? En amont du « Giving Tuesday », une journée dédiée à la générosité, voici quelques réflexions pour vous guider.
Commencer à donner, même modestement, est souvent la première étape. L’auteur de ces lignes, ayant grandi dans une famille aux ressources limitées, se souvient de l’anxiété ressentie face aux dons de son père, craignant pour la sécurité financière du foyer. En tant qu’adulte, malgré une situation financière stable, elle a continué à lutter contre une forme d’appréhension liée à l’argent.
« Parfois, la meilleure façon de se familiariser avec le fait de donner, c’est simplement de commencer », explique-t-elle. Un don de moins de 100 € peut déjà avoir un impact significatif. Il est cependant essentiel de s’appuyer sur des organismes d’évaluation de la performance des associations pour s’assurer que chaque euro est utilisé de manière optimale.
L’optimisation est importante, mais elle a ses limites. Il est possible d’évaluer l’efficacité des associations dans un domaine précis, mais comparer des objectifs aussi variés que la prévention du paludisme et le soutien psychologique relève d’une autre dimension. « Comment comparer, par exemple, prévenir le paludisme et soulager la dépression ? Sauver des vies ou les améliorer ? », interroge l’auteur. Chaque action repose sur des valeurs et des priorités subjectives.
Il est donc préférable de répartir ses dons en fonction de ses propres convictions, tout en privilégiant les organisations les plus efficaces. L’auteur donne elle-même 85 % de ses dons à des associations internationales à fort impact, comme GiveDirectly et StrongMinds (environ 1 500 $ par an), et réserve le reste à des causes plus proches de son cœur : lutte contre le sans-abrisme, justice sociale, médias indépendants, ou encore la préservation de langues menacées.
L’auteur met en garde contre l’idéal du « saint moral », celui qui chercherait à optimiser chaque action en fonction de critères éthiques. Selon la philosophe Susan Wolf, cet idéal peut être contre-productif, car il néglige les aspects non-moraux qui enrichissent une vie : « Si le saint moral consacre tout son temps à nourrir les affamés, à guérir les malades ou à collecter des fonds pour Oxfam, alors il ne lit pas forcément de romans victoriens, ne joue pas du hautbois ou n’améliore pas son revers. »
Il est donc important de se considérer non pas comme un simple « donateur », mais comme un élément d’un réseau interconnecté. S’inspirant de la métaphore du réseau d’Indra, un concept bouddhiste, l’auteur explique que chaque action, même la plus petite, a un impact sur l’ensemble. « Changez-en un, et tous les autres changent aussi », souligne-t-elle.
La générosité ne se limite pas aux dons financiers. La tradition islamique distingue la zakat, l’aumône obligatoire, de la sadaqah, une forme plus large de solidarité qui englobe les actes de gentillesse, l’aide mutuelle et la justice sociale. « Une sadaqah est due pour chaque jointure de chaque personne chaque jour où le soleil se lève », explique un hadith, un recueil de paroles du prophète Mahomet.
Encouragez ceux qui ne donnent pas d’argent à s’engager dans d’autres formes de solidarité. Et surtout, ne présumez pas qu’ils ne font pas déjà beaucoup de bien. La joie de donner est un puissant moteur, mais il est essentiel de respecter les choix et les engagements de chacun.
« Je vis désormais en plein air. Il y a encore une différence entre ma vie et celle des autres. Mais la différence est moindre. D’autres personnes sont plus proches. Je suis moins préoccupé par le reste de ma propre vie et plus par celle des autres », a écrit le philosophe britannique Derek Parfit pour décrire son propre cheminement vers une plus grande empathie et un sentiment de connexion avec le monde.
