Publié le 23 novembre 2025 à 03h00. Des figures influentes de Wall Street tirent la sonnette d’alarme face à une accumulation de facteurs de risque qui rappellent la crise financière de 2008, tandis que l’engouement pour l’intelligence artificielle suscite des inquiétudes quant à une possible bulle spéculative.
- Gary Shilling, vétéran de Wall Street, craint une nouvelle crise financière en raison de marchés surchauffés, d’une spéculation croissante et d’une dette publique record.
- Meredith Whitney, analyste financière surnommée « l’Oracle de Wall Street », estime que la récession a déjà commencé, soulignant une fragilité économique masquée par les statistiques.
- Des experts mettent en garde contre les risques liés à l’intelligence artificielle, certains déconseillant d’investir dans les grandes entreprises technologiques.
L’inquiétude grandit parmi les observateurs financiers. Gary Shilling, figure respectée de Wall Street, exprime sa crainte d’une nouvelle crise financière, évoquant des similitudes troublantes avec la situation qui a précédé l’effondrement de 2008. Selon lui, les marchés sont actuellement caractérisés par une surchauffe, une spéculation excessive et un niveau d’endettement public sans précédent.
« La situation est confuse. Je ne comprends pas où vont les marchés financiers. La probabilité d’une crise financière est dangereusement élevée. »
Gary Shilling, vétéran de Wall Street
Cette appréhension est partagée par Meredith Whitney, analyste financière connue sous le surnom de « l’Oracle de Wall Street ». Elle affirme que la récession a déjà commencé, estimant que l’économie réelle est plus faible que ne le suggèrent les chiffres officiels. Whitney souligne également le niveau d’endettement élevé de nombreux Américains, un facteur de vulnérabilité supplémentaire.
Nassim Nicholas Taleb, analyste des risques, met en garde contre un risque différent de celui de 2008. Si, à l’époque, les banques étaient au cœur de la crise, il craint aujourd’hui que ce soient les États qui soient en difficulté.
L’essor de l’intelligence artificielle (IA) est également source de préoccupation. Michael Burry, un investisseur connu pour avoir prédit la crise immobilière de 2008, déconseille notamment d’investir dans les grandes entreprises technologiques, suggérant que leur valorisation actuelle est excessive.
Malgré des opinions divergentes, les experts s’accordent sur un point : une dette massive, des actions technologiques potentiellement surévaluées et un décalage croissant entre les marchés boursiers et la réalité économique rendent les marchés mondiaux particulièrement vulnérables.
Le magazine The Economist confirme cette analyse, prévenant que si le marché boursier américain chutait, il s’agirait de l’un des ralentissements les plus anticipés de l’histoire. Les dirigeants de banques et le Fonds monétaire international (FMI) s’inquiètent également des valorisations élevées des entreprises technologiques.
Ces craintes sont alimentées par le ratio cours/bénéfice ajusté de l’indice S&P 500, un indicateur clé du marché boursier américain, qui a atteint des niveaux comparables à ceux de l’ère « dotcom ». Les investisseurs misent sur le fait que les investissements massifs dans l’IA porteront leurs fruits, mais JPMorgan Chase estime que les entreprises devraient générer 560 milliards d’euros de rendement annuel pour justifier ces dépenses, soit plus de 345 euros par utilisateur d’iPhone. L’histoire montre que les attentes à l’égard des nouvelles technologies sont souvent démesurées dans leurs premières phases.
Cependant, The Economist nuance ces inquiétudes, soulignant que le boom actuel de l’IA est principalement financé par des fonds propres plutôt que par la dette, contrairement à la situation en 2008. De plus, l’économie réelle a démontré une certaine résilience au cours de la dernière année, malgré les crises énergétiques européennes et les tensions commerciales avec la Chine.
Néanmoins, une baisse des marchés boursiers pourrait avoir des conséquences bien au-delà des portefeuilles des investisseurs. Plus le boom se prolonge, plus son financement devient incertain. Même sans effondrement du système financier, une chute significative des actions pourrait plonger l’économie mondiale dans la récession.
La consommation américaine représente une faiblesse majeure. Les actions représentent 21 % de la richesse des ménages américains, un niveau supérieur à celui atteint pendant l’ère Internet. Près de la moitié de la croissance de la richesse américaine ces dernières années est attribuable aux actions liées à l’IA. Cette augmentation de la richesse a conduit à une diminution de l’épargne.
Une baisse de la valeur de ces actifs aurait un impact significatif sur la consommation. Une demande américaine plus faible affecterait l’Europe et la Chine, exacerbant les tensions commerciales. Les investisseurs étrangers détiennent 15 500 milliards d’euros d’actions, ce qui signifie que la récession affecterait également leurs actifs financiers.
Une récession mettrait également les gouvernements endettés du monde entier à l’épreuve. Les taux d’intérêt pourraient baisser, mais les coûts sociaux augmenteraient et les recettes fiscales diminueraient. Certains pays, comme la France ou le Royaume-Uni, pourraient avoir peu de marge de manœuvre pour stimuler leur économie.
En fin de compte, le commerce mondial pourrait ralentir. La diminution des dépenses américaines réduirait le déficit commercial américain, mais aggraverait la surproduction chinoise, déclenchant de nouvelles vagues de protectionnisme. Le monde anticipe peut-être l’effondrement du marché boursier américain, mais il n’est pas certain d’être prêt à en assumer les conséquences.



