Publié le 10 décembre 2025 23:01. Une solution de compromis se dessine dans le conflit ukrainien, avec des pressions internationales croissantes sur Kiev pour envisager des concessions territoriales en échange de garanties de sécurité renforcées, tandis que l’intervention de Donald Trump complique les négociations.
- Les États-Unis, l’Europe et le Canada cherchent activement un terrain d’entente pour mettre fin au conflit en Ukraine.
- Volodymyr Zelensky a discuté avec des financiers américains influents et des dirigeants européens, tandis que les échanges avec Donald Trump se sont avérés tendus.
- L’utilisation des avoirs russes gelés en Europe pour financer la reconstruction de l’Ukraine est à l’étude, mais suscite des résistances.
Une intense activité diplomatique se déploie en coulisses pour tenter de débloquer la situation en Ukraine. Un sommet en ligne de la « Coalition des volontaires », regroupant une trentaine de pays soutenant Kiev, est prévu ce jour. Cette réunion, initiée par la France et le Royaume-Uni, doit se concentrer sur les garanties de sécurité à offrir à l’Ukraine, mais les discussions devraient s’étendre à la proposition globale formulée hier par Volodymyr Zelensky et transmise à Washington.
Le président ukrainien a mené des entretiens téléphoniques avec Scott Bessent, secrétaire au Trésor américain, Jared Kushner, gendre de Donald Trump, et Larry Fink, PDG du fonds BlackRock. Parallèlement, le Premier ministre britannique Keir Starmer, le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Frédéric Merz ont échangé pendant 40 minutes avec Donald Trump. Ces derniers échanges n’ont pas été de tout repos, selon des sources proches du dossier.
Donald Trump a d’abord déclaré aux journalistes que «nous nous sommes parlé en termes forts et cela a été source de désaccords avec certaines personnes». Il a ensuite révélé que les dirigeants européens «veulent une rencontre avec nous et avec Zelensky ce week-end en Europe».
Le milliardaire américain est ensuite revenu à la charge contre le président ukrainien, soulignant la « corruption » qui, selon lui, gangrène le pays. Il a affirmé que «Zelensky doit être réaliste. Nous ne voulons plus perdre de temps». Les États-Unis exercent également des pressions sur Kiev pour qu’elle cède le contrôle de la partie du Donbass encore occupée par ses forces. Les dirigeants européens et le Premier ministre canadien Mark Carney invitent, quant à eux, l’Ukraine à « réfléchir » à cette proposition. En contrepartie, des « garanties de sécurité » solides pourraient être offertes.
L’élément clé de ces garanties réside dans les protections fournies par les États-Unis, similaires à l’article 5 de l’OTAN (l’attaque contre un allié est considérée comme une attaque contre tous). Cette idée, proposée il y a plusieurs mois par l’Italie, figurait déjà dans un premier projet présenté par Witkoff. Le défi actuel consiste à concrétiser cet engagement, avec la participation des Européens. Les membres de la « Coalition des volontaires » discuteront de cette question aujourd’hui et tenteront de trouver des solutions lors d’une prochaine réunion prévue à Berlin le 15 décembre.
Entrée dans l’UE
Selon des informations publiées par le Washington Post, l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne pourrait être envisagée dès 2027. Cependant, cette date n’a pas été abordée lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE à Lviv, consacrée à cette question. Jusqu’à présent, Marta Kos, commissaire slovène à l’élargissement, avait fixé l’horizon à 2030, suscitant des doutes en Espagne, en Italie, en Grèce et au Portugal. 2027 semble donc être une échéance trop ambitieuse.
Le point crucial des réserves monétaires russes
Une troisième question cruciale concerne l’utilisation des réserves monétaires russes bloquées en Europe, notamment en Belgique. Christine Lagarde, présidente de la BCE, se félicite de la nouvelle approche étudiée par la Commission européenne : les 185 milliards d’euros détenus par la société belge Euroclear seraient considérés comme un « prêt de réparation », restitués à la Russie une fois que celle-ci aura commencé à rembourser les dommages de guerre. Lagarde a déclaré lors d’un événement organisé par Financial Times : «La dernière solution envisagée pour financer l’Ukraine au moyen de titres russes gelés est, jusqu’à présent, la plus réalisable et la plus conforme au droit international et européen. Si nous pouvons expliquer clairement notre position, je pense que les investisseurs en actifs libellés en euros comprendront que ce n’est pas une pratique qui nous obligerait à supprimer les actifs souverains, car cela nous convient. Il s’agit d’un cas tout à fait exceptionnel».
L’obstacle belge
Cependant, le Premier ministre belge Bart De Wever a prévenu que son pays pourrait faire appel devant la Cour de justice de l’Union européenne si l’UE décidait de saisir les réserves russes détenues par Euroclear. Lagarde a également souligné son accord avec Mario Draghi : «L’Europe devrait émettre des obligations communes pour financer la défense, comme elle l’a fait pour le Covid».
L’avertissement de Lavrov
Pour l’instant, Moscou attend, sans pour autant interrompre ses bombardements en Ukraine. Le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov affirme que l’Occident n’est pas uni, et que seul Donald Trump comprend les « causes profondes de la guerre », tandis que l’Europe « bloque le processus de paix et tente d’inciter le soi-disant dirigeant ukrainien et les membres de son régime à continuer de se battre jusqu’au dernier soldat ». Lavrov a conclu en affirmant : «Nous n’entrerons pas en guerre contre l’Europe, mais nous répondrons à toute mesure hostile, y compris le déploiement de contingents militaires européens en Ukraine et l’expropriation des actifs russes».
