Publié le 6 décembre 2024. Les habitants du sud du Liban s’inquiètent d’une possible escalade de la tension avec Israël après le départ prévu des Casques bleus irlandais, une force de maintien de la paix présente dans la région depuis 1978.
- Le lieutenant-colonel Edward McDonagh, commandant du bataillon irlandais de la FINUL, a fait état d’une inquiétude généralisée parmi les maires des 14 villages de la zone d’opérations.
- Les habitants craignent que le retrait de la FINUL n’encourage une action militaire accrue d’Israël, qui viole déjà quotidiennement le cessez-le-feu en vigueur.
- Le maire de Kounine estime qu’il n’y aura « pas de paix » dans le sud du Liban après le départ des troupes irlandaises, et craint des conséquences économiques et sociales importantes.
Les résidents du sud du Liban expriment une profonde préoccupation face au retrait annoncé des soldats irlandais de la Force d’intervention des Nations unies au Liban (FINUL). Cette crainte est alimentée par la crainte d’une intensification des hostilités israéliennes dans une région déjà fragilisée par les conflits récents.
Le lieutenant-colonel Edward McDonagh, commandant du bataillon irlandais affecté à la FINUL, a récemment rencontré les maires des 14 villages relevant de sa zone de responsabilité. Il a rapporté un message unanime : « C’est le même message que je reçois de chacun d’eux : ils sont inquiets. Ils craignent que le départ de la FINUL n’encourage les Forces de défense israéliennes IDF à agir encore plus loin. »
Selon les habitants, Israël viole déjà quotidiennement le cessez-le-feu en vigueur. Ils anticipent une accélération de cette situation une fois que les soldats de la paix auront quitté la région dans un an. La dévastation observée à Gaza suscite également des craintes quant à une possible répétition de scénarios similaires au Liban.
« C’est l’incertitude et la peur que m’a fait part la population locale. »
Lieutenant-colonel Edward McDonagh, commandant du bataillon irlandais de la FINUL
Khalil El Debek, maire de Kounine, a exprimé un pessimisme profond quant à l’avenir de la région.
« Il n’y aura pas de paix dans le sud du Liban après le départ des troupes irlandaises l’année prochaine. »
Khalil El Debek, maire de Kounine
Il souligne que la population locale considère les soldats irlandais, présents au sein de la FINUL depuis 1978, comme faisant partie intégrante de la communauté.
Les habitants déplorent l’annonce du retrait et craignent des conséquences désastreuses sur la stabilité et la sécurité de la région. Les craintes ne se limitent pas au départ des Irlandais, mais s’étendent à l’ensemble de la mission de la FINUL.
Le maire El Debek a souligné les dégâts causés par les récentes frappes aériennes israéliennes, notamment la destruction d’une mosquée et de plusieurs habitations. Des drapeaux du Hezbollah et des affiches de combattants tués lors des affrontements sont visibles dans toute la ville.
Malgré la fin des opérations militaires israéliennes au Liban en novembre dernier, les frappes aériennes se poursuivent. Environ 150 familles attendent toujours de pouvoir retourner à Kounine.
L’Irlande fournit 333 soldats de maintien de la paix à la FINUL, constituant sa plus importante contribution à des opérations internationales. Le Conseil de sécurité de l’ONU, sous la pression d’Israël et des États-Unis, a approuvé le mois dernier une motion visant à amorcer le démantèlement de la mission l’année prochaine.
Ali Mohammad Dikik, un commerçant local, exprime sa déception et sa tristesse face au départ des Irlandais, avec lesquels il entretient des relations commerciales depuis les années 1980.
« S’ils me donnent la chance d’ouvrir une boutique en Irlande, ce serait un honneur. »
Ali Mohammad Dikik, commerçant libanais
Il a même déménagé en Afrique de l’Ouest lorsque les forces irlandaises ont été temporairement retirées de la FINUL en 2008.
Les habitants s’inquiètent également de l’impact économique du retrait des 10 000 soldats de la FINUL, dont de nombreuses entreprises et commerces dépendent, notamment ceux situés près du camp irlandais.
Récemment, les forces israéliennes ont intensifié leurs frappes de drones contre des engins de construction dans la zone irlandaise, dans le but, selon les responsables, d’empêcher la reconstruction des habitations et de créer une zone tampon à la frontière nord d’Israël. La présence des troupes de la FINUL n’a pas suffi à dissuader ces attaques. Le 5 décembre, un drone israélien a largué deux grenades assourdissantes à 500 mètres des soldats irlandais qui protégeaient une équipe de reconstruction, sans faire de blessés.
Mercredi après-midi, un drone de surveillance israélien a survolé la base irlandaise lors d’une visite du chef d’état-major des forces de défense irlandaises, le lieutenant général Rossa Mulcahy.

