L’autorité des entraîneurs de football est-elle en train de s’effriter ? Des récents événements en Europe suggèrent que le rôle traditionnel du manager, autrefois incontesté, est de plus en plus remis en question par les dirigeants et les investisseurs.
L’écho d’une phrase amère attribuée à Brian Clough, dans le roman The Damned United, résonne particulièrement fort en 2026 : « Le président est le patron, puis les directeurs, puis le secrétaire, puis les fans, puis les joueurs, et enfin, enfin, le bas de l’échelle, celui dont nous pouvons tous nous passer en fin de compte, c’est ce foutu manager. » Cette hiérarchie implacable semble se confirmer, alors que les clubs sont de plus en plus enclins à se séparer de leurs entraîneurs, même en cas de résultats mitigés.
Le cas de Xabi Alonso, entraîneur du Real Madrid, illustre cette nouvelle donne. Après un début de saison prometteur, marqué par la performance exceptionnelle de Kylian Mbappé, le système de jeu basé sur la possession du ballon a montré des signes de faiblesse. Une rupture avec Vinicius Junior a conduit Alonso à revoir sa stratégie, mais les résultats se sont rapidement détériorés. L’équipe, passée d’une série de 12 matchs sans défaite à 8 victoires, 3 nuls et 4 défaites, a vu son écart attendu au but diminuer considérablement.
Ruben Amorim, ancien entraîneur de Liverpool, a connu un sort similaire. Malgré une approche tactique claire et une maîtrise apparente de son système (3-4-2-1), il a été limogé d’Old Trafford, en partie à cause de ses critiques acerbes envers ses supérieurs. Enzo Maresca, son prédécesseur, avait également été confronté à des tensions avec la direction, notamment concernant la politique de recrutement et les décisions médicales.
Cette tendance s’explique en partie par l’arrivée d’investisseurs américains, qui considèrent les structures de gestion traditionnelles des clubs comme obsolètes. Ils souhaitent séparer les objectifs à court terme (résultats immédiats) des considérations à long terme (forme physique des joueurs, besoins futurs de l’équipe). Pour eux, il est plus efficace de confier à l’entraîneur la seule mission d’obtenir des victoires rapides.
Liam Rosenior, nouvel entraîneur d’une équipe de Premier League, a parfaitement résumé cette réalité : « J’adorerais être ici pendant six ans ou plus, mais je suis conscient que pour que cela se produise, je dois gagner. C’est aussi simple que cela. »
Cependant, cette focalisation sur les résultats immédiats pourrait nuire à la vision à long terme de certains entraîneurs, comme Mikel Arteta à Arsenal. Sa nomination en 2019 ne visait pas une amélioration rapide, mais une transformation profonde du club. Arsenal a su lui accorder la patience et l’autonomie nécessaires pour mener à bien sa mission.
En fin de compte, l’entraîneur reste le visage du club et celui qui définit son identité. Lorsqu’il parvient à créer une synergie avec ses joueurs et ses dirigeants – comme Jurgen Klopp à Liverpool, Antonio Conte à la Juventus ou Brian Clough à Derby et Nottingham – l’élan est irrésistible. Les dirigeants doivent donc garder cela à l’esprit avant de remettre en question le rôle de l’entraîneur.
