Publié le 29 octobre 2025 20h09. Une équipe de chercheurs de Scripps Research a reçu une subvention de 3,2 millions de dollars (environ 2,9 millions d’euros) pour étudier les mécanismes du diabète de type 1 et identifier de nouvelles pistes thérapeutiques pour prévenir ou inverser cette maladie auto-immune.
- Le diabète de type 1, qui touche environ 1,6 million d’Américains, est une maladie auto-immune où le système immunitaire attaque les cellules productrices d’insuline.
- Les recherches se concentrent sur le rôle des cellules fibroblastiques associées aux vaisseaux (VAF), qui agissent comme des protecteurs du pancréas, et sur la manière dont leur dysfonctionnement peut déclencher la maladie.
- La subvention permettra d’approfondir la compréhension de l’inflammation et de son impact sur le pancréas, ouvrant potentiellement la voie à de nouvelles stratégies de traitement.
Luc Teyton, professeur au département d’immunologie et de microbiologie de Scripps Research, est à la tête de ce projet ambitieux. Cette recherche bénéficie d’une subvention sur cinq ans de l’Institut national du diabète et des maladies digestives et rénales (NIDDK). Les scientifiques espèrent ainsi percer les mystères du diabète de type 1, une maladie qui a un impact profond sur la vie des patients et de leurs familles.
Le diabète de type 1 est une maladie auto-immune complexe. Dans ce type de pathologie, le système immunitaire, censé défendre l’organisme contre les agressions extérieures, se retourne contre ses propres cellules. Dans le cas du diabète de type 1, ce sont les cellules bêta du pancréas, responsables de la production d’insuline, qui sont attaquées. L’insuline est une hormone essentielle qui permet de réguler le taux de glucose dans le sang. Sa carence entraîne une hyperglycémie, source de complications graves à long terme.
Les recherches du professeur Teyton, menées en collaboration avec Joseph Jardine, professeur adjoint, se concentrent sur un acteur insoupçonné de cette maladie : les cellules fibroblastiques associées aux vaisseaux (VAF). Ces cellules, bien que rares, jouent un rôle crucial dans le maintien de l’équilibre immunitaire au sein du pancréas. Elles agissent comme des “gardiens de la paix moléculaires”, protégeant les cellules productrices d’insuline des attaques du système immunitaire.
« Le diabète de type 1 a un impact significatif sur la vie des patients et de leurs familles, et malgré des décennies d’efforts pour le comprendre, le fonctionnement interne de la maladie reste encore un mystère. La découverte des VAF n’est que la pointe de l’iceberg. Dans la prochaine phase de notre recherche, nous utiliserons ce financement pour explorer davantage comment nous pourrions renforcer ces cellules face à l’inflammation – potentiellement trouver des moyens de guérir. »
Luc Teyton, professeur, département d’immunologie et microbiologie, Scripps Research
Les premières études menées par l’équipe de Teyton suggèrent que le diabète de type 1 pourrait se développer lorsque les VAF sont dépassées par l’inflammation, perdant ainsi leur capacité à contrôler le système immunitaire. Cela conduirait alors à la destruction des cellules productrices d’insuline et à l’apparition de la maladie.
Cette hypothèse est étayée par une découverte récente, publiée en septembre 2025 dans la revue Cell Reports. Les chercheurs ont observé que les VAF, présentes autour des régions productrices d’insuline du pancréas, présentent des antigènes – des fragments de protéines – au système immunitaire. Or, la présentation d’antigènes est normalement réservée aux cellules immunitaires spécialisées.
Les VAF expriment également une molécule appelée PD-L1, qui envoie des signaux inhibiteurs au système immunitaire, lui indiquant de ne pas attaquer. Cet équilibre délicat entre la présentation d’antigènes et l’inhibition immunitaire permet de maintenir un environnement protecteur au sein du pancréas. Cependant, en cas d’inflammation persistante, les VAF augmentent considérablement leur présentation d’antigènes, tandis que leurs signaux inhibiteurs restent constants. Ce déséquilibre pourrait déclencher une réaction auto-immune et la destruction des cellules productrices d’insuline.
Cette nouvelle perspective remet en question les idées reçues sur le déclenchement du diabète de type 1. Jusqu’à présent, on pensait que la maladie débutait lorsque des cellules immunitaires infiltraient les îlots pancréatiques et les attaquaient directement. Or, l’équipe de Teyton a constaté que les cellules immunitaires se regroupent plutôt à l’extérieur des îlots, et que les VAF se situent à la frontière entre les îlots et les vaisseaux sanguins.
« Nous avons cherché au mauvais endroit », explique le professeur Teyton. « Pendant des années, nous avons supposé que le diabète de type 1 commençait à l’intérieur des îlots pancréatiques. Mais nos recherches suggèrent que l’action se produit en réalité à l’extérieur, au niveau de cellules qui ne devraient pas présenter d’antigènes pancréatiques au système immunitaire. »
La nouvelle subvention du NIDDK permettra à l’équipe de Teyton d’approfondir ces découvertes. Les chercheurs réaliseront une analyse complète de toutes les cellules présentatrices d’antigènes dans les îlots pancréatiques, tant chez les individus sains que chez ceux atteints de diabète de type 1. Ils étudieront également les mécanismes qui régulent la présentation d’antigènes par les VAF et l’impact de l’inflammation sur leur fonctionnement. Enfin, ils exploreront le rôle potentiel de la communication entre l’intestin et le pancréas dans le déclenchement de l’inflammation et le développement du diabète de type 1.
Cette subvention comprendra les efforts de recherche décrits dans la subvention #1UG3DK142188-01 de l’Institut national du diabète et des maladies digestives et rénales (NIDDK), qui emploiera des modèles pour étudier l’initiation et la progression du diabète de type 1.
Source:
