Publié le 12 décembre 2023 22:26:00. Une entreprise américaine, REalloys, ambitionne de bâtir une chaîne d’approvisionnement nord-américaine indépendante pour les terres rares, en s’appuyant sur des partenariats avec le Canada et le Japon, dans un contexte de tensions commerciales avec la Chine qui domine actuellement ce marché stratégique.
- REalloys prévoit de produire des aimants et d’autres produits à base de terres rares dès début 2027, en s’approvisionnant en dehors de Chine.
- L’entreprise a reçu une lettre d’intérêt pour un prêt de 200 millions de dollars américains (environ 185 millions d’euros) de la Banque américaine d’import-export pour financer ses installations.
- Un partenariat avec le Saskatchewan Research Council au Canada permettra la construction d’une usine de traitement de terres rares lourdes.
L’entreprise REalloys, basée dans l’Ohio, mise sur une stratégie audacieuse pour réduire la dépendance de l’Amérique du Nord vis-à-vis de la Chine dans le domaine des terres rares. Ces minéraux, essentiels à la fabrication de nombreux produits high-tech, sont actuellement concentrés à plus de 88 % sur le marché mondial entre les mains de la Chine, selon les estimations de Morgan Stanley, et représentent un levier stratégique important pour Pékin dans le cadre de ses relations commerciales avec les États-Unis.
REalloys entend livrer ses premiers produits, notamment des aimants permanents, au début de l’année 2027. Pour cela, l’entreprise s’appuie sur un réseau d’approvisionnement qui contourne la Chine, allant de l’extraction des métaux à leur transformation. Un premier pas concret a été franchi avec l’annonce, lundi, d’un partenariat avec le Saskatchewan Research Council, l’unité d’innovation technologique de la province canadienne du Saskatchewan. Cet accord prévoit un investissement de 21 millions de dollars américains (environ 19,3 millions d’euros) dans la construction d’une usine dédiée au traitement des terres rares lourdes.
Selon Tim Johnston, conseiller stratégique de REalloys, l’objectif est de diversifier les sources d’approvisionnement et de se concentrer sur le raffinage, une étape actuellement peu développée en Amérique du Nord.
« Notre objectif principal est la capacité de traiter des matériaux provenant d’une variété d’intrants différents, et ainsi de devenir quelque peu moins liés à la production d’une seule mine, mais plutôt de se concentrer sur les aspects de raffinage, ce qui n’est pratiquement pas fait en Amérique du Nord aujourd’hui. »
Tim Johnston, conseiller stratégique de REalloys
Cette initiative s’inscrit dans un contexte plus large de volonté américaine de sécuriser son accès aux minéraux critiques. En octobre dernier, le président américain Donald Trump a signé plusieurs accords lors d’un voyage en Asie, notamment un protocole d’accord avec la Malaisie, qui dispose déjà d’une capacité de traitement. La Banque américaine d’import-export a également exprimé son intérêt pour le projet de REalloys, en lui adressant une lettre d’intérêt pour un prêt pouvant atteindre 200 millions de dollars américains, destiné à financer la construction d’installations de transformation et de production d’aimants. Plus d’informations sur la Banque américaine d’import-export.
La Chine a utilisé sa domination sur le marché des terres rares comme un outil de pression dans sa guerre commerciale avec les États-Unis, ce qui a incité Washington à intensifier ses efforts pour diversifier ses sources d’approvisionnement. Analyse de la position de la Chine dans le conflit sur les terres rares et Explication du fonctionnement du levier chinois sur les terres rares.
