Longtemps érigée en modèle économique pour l’Asie du Sud-Est, Singapour voit désormais un concurrent sérieux émerger : la Malaisie. Grâce à une politique d’incitations fiscales et à un coût de la vie plus abordable, Kuala Lumpur attire de plus en plus d’entreprises étrangères, notamment françaises, en quête d’une plateforme régionale stratégique.
Ce rééquilibrage s’observe dans plusieurs secteurs. Le géant pharmaceutique Sanofi, par exemple, a initié dès 2016 une réorganisation de ses activités en ASEAN, transférant progressivement une partie de ses fonctions financières et administratives vers Kuala Lumpur. En 2020, la capitale malaisienne accueillait déjà un centre de « Services aux entreprises mondiales » employant une équipe de 80 personnes.
Air Liquide a également choisi la Malaisie pour implanter son centre de services financiers partagés en 2017, suivi d’un « Centre d’opérations innovant et intelligent » un an plus tard. Ce dernier est conçu pour piloter en temps réel les installations industrielles de l’ensemble de la région, témoignant de la solidité de l’infrastructure technologique et de la disponibilité d’experts en analyse de données.
La logistique est un autre domaine où la Malaisie gagne du terrain. Decathlon, le spécialiste français de l’équipement sportif, a structuré sa logistique régionale à partir du pays, inaugurant en 2016 un centre de distribution régionale (RDC) dans la zone franche du port de Tanjung Pelepas (Johor). Situé à seulement 45 minutes de Singapour, ce port, détenu à 49 % par Maersk, propose des tarifs 30 à 40 % inférieurs grâce à des coûts de main-d’œuvre et immobiliers plus faibles.
Mais l’attractivité de la Malaisie ne repose pas uniquement sur des coûts plus bas. L’Autorité malaisienne de développement des investissements (MIDA) et le gouvernement ont mis en place une politique fiscale incitative, notamment le « Statut numérique de la Malaisie », visant à moderniser l’écosystème numérique et à attirer les multinationales dans les domaines du digital, de l’intelligence artificielle, de la cybersécurité, de la R&D, du back-office et des services partagés (GBS).
Parmi les mesures phares, la « Déduction fiscale pour investissement » permet de déduire une part significative des dépenses en capital (infrastructures, usines, machines, équipements…) des revenus imposables. Des avantages supplémentaires sont également offerts pour les investissements dans certaines zones économiques spéciales (SEZ), incluant des exonérations fiscales, des allègements de droits de douane, des exemptions de taxes et des réductions d’impôts.
« Il y a également des opportunités pour les acteurs de la transition énergétique », souligne Alban Simonte, responsable du Commerce bilatéral et du Support aux entreprises à la Chambre de commerce et d’industrie française de Malaisie. Schneider Electric, leader mondial des solutions d’efficacité énergétique, est ainsi partenaire de Petronas, le géant malaisien de l’énergie, dans la création du Centre pour les énergies renouvelables offshore (CEFORE), implanté au large de Kuala Terengganu, sur la côte est du pays. Ce centre combinant énergie solaire, éolienne offshore et énergie des vagues a pour objectif de produire de l’énergie renouvelable tout en servant de laboratoire technologique.
Pour la Malaisie, il s’agit d’un signal fort : le pays ambitionne de devenir un hub régional pour les énergies renouvelables, en combinant expertise internationale et innovation locale. Pour les entreprises étrangères, c’est un message clair : elles sont les bienvenues dans cette aventure.
« Il y a également des opportunités pour les acteurs de la transition énergétique », observe Alban Simonte, responsable du Commerce bilatéral et du Support aux entreprises à la Chambre de commerce et d’industrie française de Malaisie.
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