Publié le 2024-02-29 14:35:00. Derrière les étiquettes attrayantes des produits « sains » se cache souvent une quantité insoupçonnée de sucres ajoutés, une tendance qui inquiète les experts en nutrition et en santé publique.
- Les produits transformés, même ceux commercialisés comme naturels ou biologiques, contiennent fréquemment des niveaux élevés de sucres cachés.
- Les entreprises alimentaires ont contourné les nouvelles réglementations sur l’étiquetage des sucres ajoutés en utilisant des alternatives moins strictement encadrées.
- Les spécialistes recommandent de lire attentivement les étiquettes nutritionnelles et de limiter la consommation de sucres ajoutés pour préserver sa santé.
De nombreux consommateurs privilégient désormais les produits présentés comme plus sains : granola « entièrement naturel » enrichi en protéines, yaourts « à base de vrais fruits », laits végétaux « biologiques » ou encore smoothies « superaliments » en bouteille. Pourtant, une analyse plus approfondie révèle que ces options ne sont pas toujours aussi vertueuses qu’elles le prétendent. Les mots à la mode en matière d’alimentation saine peuvent masquer une quantité préoccupante de sucres ajoutés, potentiellement nocifs pour la santé.
Selon Nicole Avena, professeure de neurosciences et de psychiatrie à la Mount Sinai Medical School et à l’Université de Princeton, les sucres ajoutés sont difficiles à identifier car les entreprises utilisent des stratégies marketing sophistiquées pour détourner l’attention des consommateurs. Elle souligne que, bien que certaines marques soient conscientes de l’évolution des préoccupations du public, « beaucoup de grandes marques ne se soucient pas tellement de la santé des gens ».
Une consommation excessive de sucre est liée à des maladies cardiaques, à l’obésité, au diabète et à d’autres problèmes de santé. L’Américain moyen consomme en moyenne 17 grammes de sucre ajouté par jour, ce qui équivaut à 57 livres (26 kilogrammes) par an, selon l’American Heart Association. Une part importante de cette consommation provient des boissons sucrées, mais également des céréales, des sauces préparées, des produits laitiers et même de certains pains à grains entiers.
Depuis 2021, les entreprises alimentaires sont tenues d’indiquer la quantité de sucres ajoutés séparément de la teneur totale en sucre sur les étiquettes nutritionnelles. Cependant, cette mesure a eu un effet pervers, explique Nicole Avena. Les fabricants ont réduit l’utilisation de sucres traditionnels comme le sucre de betterave raffiné et le sirop de maïs à haute teneur en fructose, mais ont remplacé ces ingrédients par des alternatives telles que le fruit du moine et l’érythritol, qui ne sont pas considérées comme des « sucres ajoutés » au sens de la réglementation de la FDA.
Collin Popp, diététiste et professeur à NYU Langone Health, rappelle que les recommandations actuelles de la FDA autorisent une certaine flexibilité. Il est conseillé de ne pas dépasser 10 % de l’apport calorique quotidien en sucres ajoutés, soit environ 50 grammes pour un régime de 2 000 calories, ce qui correspond à peu près à la quantité contenue dans une canette de soda classique. Toutefois, il estime que ce seuil est encore trop élevé : « J’aimerais en fait que ce chiffre soit inférieur à 5 %, et plus proche de zéro pour certains, s’ils souffrent de diabète ou de prédiabète », souligne-t-il.
La clé consiste à être vigilant quant à la composition des aliments que nous consommons, même s’ils semblent sains ou portent un label « bio ». Les noix grillées, les laits végétaux, les pois wasabi, les muffins anglais et le yaourt grec peuvent contenir des quantités surprenantes de sucres ajoutés. Un yaourt aux cerises noires Chobani, par exemple, ne contient aucun gramme de matières grasses, mais 9 grammes de sucre ajouté, soit plus de 2 cuillères à café. Le lait d’amande de marque Silk en contient 7 grammes par tasse.
Pour contrôler son apport en sucre, il est recommandé de privilégier les produits nature et d’ajouter soi-même du miel ou des fruits frais, ou de demander au barista d’ajouter son propre lait d’avoine dans son café. Il est également important de ne pas se fier aux édulcorants artificiels, tels que la stévia et les alcools sucrés, car ils peuvent encourager une surconsommation. Selon Nicole Avena, ce sont les saveurs sucrées qui activent le centre de récompense du cerveau, et non le sucre lui-même.
Bien que des alternatives au sucre puissent être envisagées, notamment l’allulose pour les personnes atteintes de diabète de type 1, il est essentiel de minimiser la dépendance au goût sucré pour améliorer sa santé globale. Comme le rappelle Nicole Avena : « Ne laissez pas les entreprises alimentaires décider de la quantité de sucre que vous consommez ».
Albert Stumm écrit sur la nourriture, les voyages et le bien-être. Retrouvez son travail sur www.albertstumm.com.
