Publié le 2025-11-20 19:03:00. L’assassinat d’un jeune homme lié à un militant anti-drogue a relancé l’inquiétude face à l’emprise croissante du narcotrafic à Marseille, poussant le gouvernement français à adopter une approche plus radicale, inspirée des méthodes italiennes de lutte contre la mafia.
- Le meurtre de Mehdi Kessaci, frère d’un militant anti-drogue, est considéré comme un tournant et un défi direct à l’État.
- Une nouvelle loi anti-drogue, inspirée des mesures italiennes, entrera en vigueur le 1er janvier 2026, prévoyant des peines plus sévères et des structures judiciaires spécialisées.
- Le président Macron a souligné le rôle de consommateurs issus de milieux aisés dans le financement du trafic de drogue.
Marseille, deuxième ville de France, est de nouveau au cœur de l’actualité criminelle. L’assassinat de Mehdi Kessaci, survenu une semaine auparavant, a incité les ministres de l’Intérieur, Laurent Nuñez, et de la Justice, Gérald Darmanin, à se rendre sur place. Cet homicide, perçu comme une intimidation, témoigne de la puissance grandissante des organisations criminelles, désormais capables de défier ouvertement l’autorité de l’État.
Selon Laurent Nuñez, les mesures prises seront comparables à celles déployées dans la lutte contre le terrorisme.
« Ce qui s’est passé à Marseille est un crime destiné à faire peur, un crime qui vise la République et l’État. C’est pourquoi nous utiliserons à partir du 1er janvier un dispositif similaire à celui que nous utilisons contre le terrorisme. »
Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur
La France est confrontée à ce problème depuis longtemps. Une nouvelle loi anti-drogue, adoptée en avril 2025, entrera en vigueur le 1er janvier 2026. S’inspirant des lois italiennes mises en œuvre à l’époque du juge Giovanni Falcone, ce texte prévoit la création d’un parquet spécialisé, la construction de prisons de haute sécurité pour l’isolement des détenus impliqués dans le trafic de drogue, et un renforcement significatif des sanctions pénales.
Le ministre de l’Intérieur a annoncé qu’il se rendra à Marseille une fois par mois pour superviser l’application de ces nouvelles mesures. De plus, le chef du gouvernement, Sébastien Lecornu, a annoncé l’organisation d’un débat à l’Assemblée nationale sur cette question.
Le trafic de drogue est un fléau bien ancré en France, touchant également d’autres villes comme Grenoble, Nîmes, Béziers ou Toulouse. Au cours des six premiers mois de 2025, les autorités ont saisi 37,5 tonnes de cocaïne, soit une augmentation de 45 % par rapport à la même période en 2024 – un record. Le nombre de décès liés à cette activité criminelle a également atteint un niveau sans précédent, avec 367 meurtres ou tentatives de meurtres recensés en 2024.
Selon les données de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) de 2023, environ 200 000 personnes vivent du trafic de drogue en France, générant un chiffre d’affaires annuel estimé à 5,5 milliards d’euros et fournissant de la cocaïne à 1,1 million de consommateurs. C’est dans ce contexte qu’Emmanuel Macron a souligné, le mercredi précédent, le rôle des « bourgeois du centre des villes qui consomment et financent » ce trafic.
L’affaire Mehdi Kessaci est d’autant plus troublante qu’elle ne concerne pas directement le trafic de drogue. Le jeune homme de 20 ans était le frère d’Amine Kessaci, un écologiste et militant anti-drogue récemment engagé en politique. Amine, fondateur de l’association Conscience, bénéficiait depuis août dernier d’une protection policière, après que la police a appris que des organisations criminelles, vraisemblablement la DZ Mafia – un gang dominant qui contrôle une grande partie du trafic de drogue dans le sud de la France – avaient planifié son assassinat. Face à la difficulté de cibler Amine en raison de sa protection, les criminels ont décidé d’éliminer son frère.
La police considère ce meurtre comme une tentative d’intimidation visant à faire taire les militants. Une militante, souhaitant rester anonyme, a déclaré :
« Sa mort montre l’échec de notre État et de l’Europe à assurer la protection de ses citoyens. Amine, au-delà d’être un militant du tissu associatif, était un homme politique, quelqu’un de très médiatisé. Et c’est pourquoi nous sommes désormais nombreux à ne plus vouloir apparaître avec notre nom. C’est fini. »
Les enquêtes policières et la logique criminelle marseillaise pointent vers la mafia DZ (DZ faisant référence à l’Algérie) comme l’organisation responsable du meurtre. Il s’agit d’une structure horizontale qui s’est développée après la destruction du clan Yoda, son rival, et qui contrôle désormais le trafic de drogue. Selon le chef de la police judiciaire de Marseille, Philippe Frizon : « C’est un phénomène vaste. De nombreux trafiquants de drogue qui sont en prison, sur le territoire national ou à l’étranger opèrent sous ce nom. C’est de la publicité, une marque pour fédérer des actions, en partie à Marseille, mais aussi dans d’autres zones de la région ou des zones limitrophes. Nous enquêtons désormais sur leur lien avec des organisations étrangères. »

Les enquêteurs s’intéressent désormais à l’un de leurs dirigeants, incarcéré depuis mardi dernier dans une prison de haute sécurité à Villefranche-sur-Saône : Amine O., surnommé Maman ou Jalisco – une référence aux cartels mexicains en raison de la violence extrême qu’il utilise. La police estime qu’il continue d’organiser des meurtres depuis sa prison et qu’il avait prévu l’assassinat d’Amine Kessaci l’été dernier, ce qui avait justifié la mise en place d’une protection policière. Ce prisonnier est accusé d’un triple meurtre commis fin 2020. Les victimes étaient alors le frère aîné d’Amine Kessaci, Brahim, impliqué dans le trafic de drogue, ainsi que deux de ses connaissances. Leurs corps ont été retrouvés criblés de balles dans un véhicule incendié près de Marseille, et le corps mutilé d’une troisième victime dans le coffre d’une autre voiture.
Mamine sera jugé pour ces meurtres en 2026. Amine Kessaci était cité comme témoin à son procès. Le militant était impliqué dans cette enquête et l’on soupçonne que l’hostilité à son égard est également liée à des différends personnels.
Les arrestations se multiplient et le nombre d’homicides a été divisé par deux par rapport à 2023, en partie en raison de la fin de la lutte entre la mafia DZ et le clan Yoda. Le ministre de la Justice s’est félicité ce jeudi de l’incarcération de 27 des 30 principaux chefs de la mafia DZ. Le problème, cependant, est qu’une fois en prison, ils continuent à opérer et à ordonner des assassinats, comme cela s’est déjà produit – il y a un an, un adolescent de 14 ans a été brûlé vif dans une poubelle – et comme tout indique que ce fut le cas dans l’affaire Kessaci.
