Publié le 18 décembre 2024. Le nombre de prescriptions de médicaments pour le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) a connu une augmentation significative depuis 2020, particulièrement chez les femmes, une tendance observée aussi bien au Canada qu’aux Pays-Bas et liée aux bouleversements sociaux induits par la pandémie.
- Une étude canadienne portant sur plus de 15 millions de personnes révèle une hausse d’environ 29 % par an des prescriptions de médicaments pour le TDAH depuis 2020.
- Cette augmentation est attribuée aux changements sociétaux et de santé liés à la pandémie, notamment le télétravail, les fermetures d’écoles et l’isolement social.
- Aux Pays-Bas, le nombre de personnes traitées pour le TDAH a quadruplé en moins de vingt ans, avec une augmentation particulièrement marquée chez les femmes adultes.
Le TDAH, souvent illustré dans les médias sociaux par des portraits de femmes en difficulté avec l’organisation et la concentration, suscite un intérêt croissant. Cette attention accrue se traduit par une augmentation des diagnostics et, par conséquent, des prescriptions médicamenteuses. Yaron Finkelstein, chercheur à l’Université de Toronto, a mené une étude approfondie sur cette tendance.
« Ce qui rend notre étude particulièrement solide, c’est que nous avons utilisé les données de santé de pratiquement tous les résidents de l’Ontario, soit plus de 15 millions de personnes. Cela nous donne une image complète de la répartition des prescriptions de médicaments en fonction de l’âge, du revenu et de la région », explique le chercheur.
Les chiffres sont éloquents : le nombre de prescriptions de médicaments pour le TDAH a augmenté d’environ 29 % par an à partir de 2020, contre environ 7 % les années précédentes. Selon M. Finkelstein, ce changement est largement lié aux conséquences de la pandémie de coronavirus. La transition massive vers le travail à domicile, les fermetures d’écoles, la réduction des activités de loisirs et l’isolement social ont créé un stress nouveau et durable, exacerbant les problèmes d’attention, d’organisation et de régulation émotionnelle, et incitant davantage de personnes à consulter.
D’autres facteurs contribuent à cette augmentation. La sensibilisation au TDAH chez l’adulte s’est accrue, les critères de diagnostic ont évolué et l’accès aux soins s’est amélioré. « La sensibilisation au TDAH chez les adultes a considérablement augmenté, en partie grâce à une couverture médiatique plus importante et à des discussions plus larges sur les réseaux sociaux », souligne le chercheur. « Cela a réduit la stigmatisation, facilitant ainsi la consultation d’un professionnel de la santé pour un diagnostic. De plus, depuis la pandémie, nous avons constaté une expansion rapide des cliniques virtuelles proposant des évaluations du TDAH, qui sont souvent plus rapides, plus accessibles et moins coûteuses que les évaluations traditionnelles en personne. »
Cependant, cette augmentation des diagnostics soulève des inquiétudes. Les symptômes du TDAH peuvent se chevaucher avec ceux d’autres troubles, tels que les troubles anxieux ou le trouble obsessionnel-compulsif. Un diagnostic erroné peut conduire à un traitement inapproprié, d’autant plus que la plupart des médicaments utilisés pour traiter le TDAH sont des stimulants, qui peuvent avoir des effets secondaires tels qu’une augmentation de la fréquence cardiaque et de la tension artérielle. Il est donc crucial d’établir un diagnostic précis et de ne pas se fier uniquement à des tests en ligne.
L’augmentation des diagnostics est particulièrement notable chez les femmes adultes. « Historiquement, le diagnostic du TDAH était axé sur les enfants d’âge scolaire, en particulier les garçons présentant une hyperactivité marquée, plus visible en classe. Les femmes et les filles sont plus susceptibles de présenter des problèmes d’attention, moins perturbateurs et donc plus susceptibles de passer inaperçus », explique M. Finkelstein. Les changements dans la compréhension du TDAH ont permis de mieux reconnaître les manifestations différentes du trouble chez les femmes.
Aux Pays-Bas, la situation est similaire. Le nombre de personnes recevant des médicaments pour le TDAH a quadruplé en un peu moins de vingt ans, passant de 78 000 en 2006 à 300 000 en 2023, selon les chiffres de Statistics Nederland. En 2006, cela représentait 0,5 % de la population, contre 1,5 % en 2023. Comme au Canada, on observe un rattrapage significatif chez les femmes adultes : en 2023, près de six fois plus de femmes prenaient des médicaments tels que le Ritalin par rapport à 2006, contre seulement 2,5 fois plus pour les hommes. De plus, de plus en plus d’adultes reçoivent des médicaments contre le TDAH : en 2023, la moitié des utilisateurs avaient 25 ans ou plus, contre moins de 30 % en 2006.
Les symptômes du TDAH se manifestent généralement dans quatre catégories : l’hyperactivité (parler excessivement, difficulté à rester assis, agitation intérieure), les problèmes d’attention (facilité à la distraction, difficulté à accomplir des tâches, oubli, difficulté à planifier), l’impulsivité (interrompre les autres, difficulté à contrôler ses impulsions, agir sans réfléchir) et la régulation des émotions (facilité à être surstimulé, réactions émotionnelles fortes, faible tolérance à la frustration).



