L’activité navale russe dans le détroit de Gibraltar suscite des inquiétudes, alors que plusieurs navires liés à des sanctions internationales ont été repérés en quelques jours. Des experts appellent l’Espagne à renforcer sa surveillance maritime face à une potentielle vulnérabilité stratégique.
Entre le 30 décembre et le 1er janvier, au moins cinq navires battant pavillon russe ont traversé le détroit, selon Michael Sanchez, un ancien policier et observateur naval basé à Gibraltar. Parmi eux, le MV Lady Mariia, un navire porte-armes, et le MV Pluton, un pétrolier, figurent sur les listes de sanctions des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’Union européenne.
« Je traque et enregistre les navires de la marine russe et des navires marchands depuis 10 ans », a déclaré M. Sanchez. « Cette activité est pour le moins inhabituelle. »
Le MV Lady Mariia, exploité par la compagnie maritime russe MG-FLOT, a été repéré le 30 décembre se dirigeant vers l’ouest, en direction de l’océan Atlantique, au large d’Europa Point, à Gibraltar. Ce navire est également impliqué dans le remorquage d’autres embarcations, comme le MV Kapitan Danilkin, au large des côtes algériennes.
Le 31 décembre, le MV Kapitan Danilkin a été observé à environ huit milles marins au large de Gibraltar, suivant une trajectoire similaire. Le MV Stargazer, un cargo russe, a également été enregistré en direction de la Méditerranée le même jour.
Le 1er janvier, le MV Pluton, un pétrolier sanctionné par l’UE et le Royaume-Uni, a traversé le détroit en direction de l’Atlantique. Quelques heures plus tard, le MV Jagger, un autre pétrolier russe, a suivi le même itinéraire.
Rafael Muñoz Abad, historien naval et militaire, met en garde contre une possible perte de contrôle de l’Espagne sur la zone. Il affirme que « l’Espagne cède silencieusement le contrôle de la rive sud du détroit au Maroc, tout en surveillant uniquement la rive nord et la sortie vers l’Atlantique ». Il ajoute : « Un pays sérieux ne peut pas permettre des vides maritimes dans sa sphère d’influence. »
Ces observations interviennent après une opération menée le 19 décembre par le Service de sécurité ukrainien (SSU) contre le pétrolier Qendil, appartenant à la flotte fantôme russe, au large des côtes libyennes. L’Ukraine accuse le Kremlin d’utiliser cette flotte pour contourner les sanctions occidentales sur le pétrole, une source de revenus essentielle pour financer la guerre en Ukraine.
Une source au sein du SBU a qualifié cette action de « nouvelle opération spéciale sans précédent ».
