Publié le 24 septembre 2025 à 05:12:00. Le nouveau film « Saipan » revisite avec finesse une crise qui a secoué le football irlandais en 2002, opposant le capitaine Roy Keane au sélectionneur Mick McCarthy, et explore les dynamiques complexes du sport et de la personnalité.
- Le film « Saipan », réalisé par Lisa Barros D’Sa et Glenn Leyburn, se penche sur le conflit retentissant entre Roy Keane et Mick McCarthy lors de la préparation de la Coupe du Monde 2002.
- Steve Coogan et Éanna Hardwicke incarnent respectivement Mick McCarthy et Roy Keane, offrant des performances nuancées qui dépassent la simple imitation.
- Au-delà de l’anecdote sportive, le film aborde des thèmes universels tels que les relations hiérarchiques, les ambitions personnelles et les pressions du monde professionnel.
Pour beaucoup d’Irlandais, l’évocation de Saipan, petite île où l’équipe de football de la République d’Irlande s’est préparée pour la Coupe du Monde 2002, réveille des souvenirs douloureux. Le film de Lisa Barros D’Sa et Glenn Leyburn, présenté en avant-première au Festival international du film de Toronto, plonge au cœur de la dispute qui a opposé Roy Keane, le capitaine charismatique mais souvent imprévisible, à Mick McCarthy, le sélectionneur national. Une querelle qui a divisé le pays et laissé des traces profondes.
Le film interroge, comme le soulignait Gregory Ellwood dans The Playlist, la pertinence d’un tel sujet pour un public international : « Imaginez si Michael Jordan ou LeBron James décidaient de ne pas jouer pour l’équipe américaine. » La question est légitime, mais le film parvient à transcender le contexte local pour toucher à des thèmes universels.
L’histoire, bien connue en Irlande, mérite d’être rappelée. L’Irlande s’est qualifiée pour la Coupe du Monde au Japon et en Corée du Sud. Roy Keane, insatisfait des conditions d’entraînement à Saipan – terrain accidenté, nourriture médiocre, manque de matériel – a exprimé son mécontentement. La situation a dégénéré lors d’une réunion d’équipe houleuse, dont des extraits, rapportés par la presse, ont révélé des échanges particulièrement vifs.
Les réalisateurs ont pris la liberté d’amalgamer certains personnages pour fluidifier le récit et, probablement, éviter des complications juridiques. Jamie Beamish, un personnage fictif, incarne un haut responsable irlandais aux manières pompeuses. De même, le groupe de journalistes est présenté de manière composite, exacerbant les tensions et précipitant l’inévitable confrontation.
Le film ne prend pas parti, mais il est difficile de ne pas éprouver une certaine sympathie pour Roy Keane jusqu’à son ultimatum. Éanna Hardwicke offre une interprétation nuancée du joueur, loin des clichés souvent véhiculés par les médias. On découvre un homme familial, travailleur et concentré, dont les accès de colère sont d’abord perçus comme comiques plutôt que furieux.
« On croit que les Portugais mangent des sandwichs au fromage », lance-t-il avec un sourire lors d’une dispute concernant la qualité de la restauration.
Roy Keane (incarné par Éanna Hardwicke)
Cette sympathie initiale rend la crise finale d’autant plus choquante. Steve Coogan, dans le rôle de Mick McCarthy, livre une performance plus sobre. Il évite la caricature et privilégie une décence tranquille, ce qui limite les possibilités d’humour, mais offre une représentation plus humaine du personnage.
La comparaison avec Les damnés unis de Tom Hooper, qui retrace le passage tumultueux de Brian Clough à Leeds United, est inévitable. Les deux films devraient séduire les amateurs de football, mais ils trouveront également un écho auprès de tous ceux qui ont connu des conflits avec leur supérieur hiérarchique, même pour des raisons aussi triviales que l’attribution de crayons de couleur.
La bande originale, supervisée par Dina Coughlan et Rory McPartland, est particulièrement réussie. L’utilisation de « Positively 4th Street » de Bob Dylan, au moment où les tensions montent, est particulièrement pertinente : « Tu as beaucoup de courage pour dire que tu es mon ami », chante Dylan. Le choix final, que nous ne dévoilerons pas, est tout aussi judicieux.
« Saipan » est donc une œuvre divertissante et controversée, qui saura captiver les spectateurs, même ceux qui ignorent tout du football.
En salles dès le Nouvel An, avec des avant-premières dès la Saint-Étienne.


