Publié le 16 janvier 2026 à 14h00. Des études récentes évoquant la présence de microplastiques dans des organes humains suscitent l’inquiétude, mais leurs conclusions sont désormais remises en question par une partie grandissante de la communauté scientifique, pointant des erreurs méthodologiques et des interprétations hâtives.
- De nombreuses études affirmant la présence de micro- et nanoplastiques dans le cerveau, les artères ou les testicules sont contestées pour des problèmes de méthodologie.
- Les tissus adipeux peuvent donner des résultats faussement positifs lors de la détection du polyéthylène, un plastique courant.
- Les experts soulignent que la détection fiable des nanoparticules (inférieures à 1 micromètre) reste un défi technique majeur.
La présence de microplastiques dans le corps humain est devenue un sujet de préoccupation majeur, alimentant la peur et même des offres de traitements non prouvés. Pourtant, une vague de critiques s’élève au sein de la communauté scientifique, remettant en cause la validité de nombreuses études publiées sur le sujet. Des chercheurs pointent du doigt des erreurs méthodologiques, des contrôles scientifiques insuffisants et une course à la publication de résultats sensationnels.
L’une des principales critiques concerne la confusion possible entre les tissus adipeux et les nanoplastiques lors des analyses. Le Dr Dušan Materić, du Centre Helmholtz pour la recherche environnementale en Allemagne, n’hésite pas à qualifier d’« imposture » une étude affirmant la présence de microplastiques dans le cerveau.
« L’article sur les microplastiques dans le cerveau est une blague. On sait que les tissus adipeux donnent des résultats faussement positifs pour le polyéthylène. Le cerveau est constitué d’environ 60 pour cent de graisse. »
Dr Dušan Materić, Centre Helmholtz pour la recherche environnementale
Il suggère que l’augmentation de l’obésité pourrait expliquer les résultats observés dans certaines études.
D’autres recherches, notamment une étude sur la présence de micro- et nanoplastiques dans les plaques d’artères carotides, ont également été critiquées pour ne pas avoir utilisé de tests à blanc afin de mesurer la contamination de fond. Une étude sur les testicules humains, soulignant une « présence omniprésente » de microplastiques dans le système reproducteur masculin, a également été remise en question quant à la robustesse de son approche analytique. Des études affirmant la présence de 10 000 nanoplastiques par litre d’eau en bouteille ont été qualifiées de « fondamentalement peu fiables » par des experts.
Selon le Dr Frederic Béen de la Vrije Universiteit Amsterdam, le problème est plus large.
« Nous continuons de voir un certain nombre d’articles dans lesquels les pratiques standard de laboratoire n’ont pas été respectées. »
Dr Frederic Béen, Vrije Universiteit Amsterdam
Il souligne l’importance de respecter les protocoles standard, notamment l’utilisation d’échantillons à blanc, la répétition des mesures et le test des équipements avec des quantités connues de plastique.
Une méthode couramment utilisée pour mesurer la quantité de plastique dans un échantillon consiste à l’évaporer puis à collecter les vapeurs. Cependant, cette technique est également remise en question, notamment en raison d’interférences persistantes lors de l’identification du polyéthylène ou du PVC, comme le souligne une étude de l’Université du Queensland en Australie.
La Dr Cassandra Rauert, de l’université australienne, va encore plus loin, remettant en question la possibilité même que des particules de 3 à 30 micromètres puissent pénétrer dans la circulation sanguine.
« Je n’ai vu aucune preuve que des particules entre 3 et 30 micromètres puissent pénétrer dans la circulation sanguine. Sur la base de ce que nous savons de l’exposition réelle dans la vie quotidienne, il n’est pas biologiquement plausible qu’une telle quantité de plastique se retrouve réellement dans ces organes. »
Dr Cassandra Rauert, Université australienne
Elle estime que seuls les nanoplastiques (inférieurs à 1 micromètre) pourraient franchir les barrières biologiques, mais leur détection fiable reste un défi technique.
Malgré l’augmentation spectaculaire de la production et de la pollution plastique (8 milliards de tonnes polluent actuellement la planète, avec moins de 10 % de recyclage), la quantité de plastique qui pénètre réellement dans le corps humain et ses effets sur la santé restent incertains. La Dr Rauert met en garde contre les mesures irresponsables et les propos alarmistes, soulignant la nécessité d’obtenir des données fiables pour informer les autorités sanitaires et le public.
En attendant, la peur du plastique se répand, alimentant des offres de traitements coûteux et non prouvés, qui pourraient même introduire davantage de plastique dans l’organisme. Cependant, le Dr Béen se montre optimiste quant à l’amélioration des techniques d’analyse.
« Je pense qu’il y a de moins en moins de doute sur la présence de micro et nanoplastiques dans les tissus. Le défi reste de savoir exactement quelle quantité ou quelle quantité. Mais je pense que nous réduisons de plus en plus cette incertitude. »
Dr Frederic Béen, Vrije Universiteit Amsterdam
Pour en savoir plus sur la pollution plastique, vous pouvez consulter cette étude sur la présence de plastique dans l’estomac des oiseaux marins de Méditerranée, cet article sur la quantité de plastique nécessaire pour tuer un marsouin ou une tortue marine, ou cet article sur la quantité de microplastiques que nous respirons quotidiennement.
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