Le président sud-coréen Lee Jae Myung se rendra à Pékin lundi, à l’invitation de son homologue chinois Xi Jinping, dans un contexte de tensions régionales croissantes et de volonté affichée de renforcer les liens bilatéraux.
Cette visite, la deuxième rencontre entre les deux dirigeants en seulement deux mois, intervient alors que la Chine cherche à consolider ses relations avec Séoul avant une nouvelle réunion prévue entre la Corée du Sud et le Japon. Selon le conseiller à la sécurité nationale sud-coréen, Wi Sung-lac, les discussions porteront sur une « coopération pratique » dans des domaines clés tels que l’investissement dans les chaînes d’approvisionnement, le tourisme et la lutte contre la criminalité transnationale.
Lee Jae Myung tentera également d’obtenir de la Chine un rôle « constructif » dans la résolution des tensions sur la péninsule coréenne, a précisé Wi Sung-lac. « Nous espérons que la Chine contribuera à une avancée décisive dans la résolution des problèmes de la péninsule coréenne », a-t-il déclaré.
La Chine souhaite, selon des analystes, souligner l’importance de la Corée du Sud, notamment avant le prochain sommet entre Séoul et Tokyo. « La Chine semble avoir décidé qu’il serait préférable que [Lee] visite la Chine avant que la Corée du Sud ne tienne à nouveau un sommet avec le Japon », a déclaré Kang Jun-young, professeur d’économie politique à l’Université des études étrangères de Hankuk, à l’agence Reuters.
Séoul a clairement exprimé son intention de « restaurer » ses relations avec la Chine, qui demeure son principal partenaire commercial. L’administration Lee entend poursuivre une politique de « diplomatie pragmatique », cherchant à maintenir des liens solides avec le Japon et les États-Unis, son allié le plus important.
Contrairement à son prédécesseur, Yoon Suk Yeol, qui avait adopté une position plus ferme à l’égard de Pékin, notamment sur la question de Taïwan, Lee Jae Myung a affirmé qu’il ne prendrait pas parti dans les différends entre la Chine et le Japon. La Corée du Sud « respecte la politique d’une seule Chine et agira conformément à cette position », a réaffirmé Wi Sung-lac vendredi, soulignant que Séoul reconnaît le point de vue de Pékin selon lequel Taïwan fait partie intégrante de son territoire.
La visite de Lee devrait également aborder des questions de coopération dans des secteurs stratégiques tels que les minéraux essentiels, les chaînes d’approvisionnement et les industries vertes. Près de la moitié des terres rares utilisées par la Corée du Sud dans la production de semi-conducteurs proviennent de Chine, et le pays représente un tiers des exportations de puces de Séoul.
Les deux dirigeants pourraient également évoquer des sujets sensibles, comme la modernisation de l’alliance Corée du Sud-États-Unis, perçue par certains comme un contrepoids à l’influence chinoise dans la région Asie-Pacifique. Environ 28 500 soldats américains sont actuellement stationnés en Corée du Sud pour dissuader les menaces nord-coréennes.
Par ailleurs, Lee Jae Myung devrait solliciter l’aide de Pékin pour encourager le dialogue avec la Corée du Nord, qui a rejeté ses tentatives de rapprochement l’année dernière, le qualifiant d’« hypocrite » et de « maniaque de la confrontation ». La Chine et la Corée du Nord ont renforcé leur coordination ces derniers mois, comme en témoigne la présence du dirigeant nord-coréen Kim Jong Un aux côtés de Xi Jinping lors d’un défilé militaire en septembre.
Enfin, la question de l’interdiction de facto du contenu K-pop en Chine, en vigueur depuis 2017 suite au déploiement du système antimissile américain THAAD en Corée du Sud, pourrait également être abordée. Le directeur général de SM Entertainment, une importante agence K-pop, accompagnera la délégation commerciale de Lee.
