Publié le 6 janvier 2024 16h48. Une opération surprise de l’armée américaine contre le régime de Nicolás Maduro au Venezuela a déclenché une lutte de pouvoir intense, tandis que des doutes émergent sur la version officielle des événements et la possible implication de figures clés du pouvoir vénézuélien.
- L’arrestation de Nicolás Maduro par les forces américaines a conduit à la prise de pouvoir par Delcy Rodriguez, la vice-présidente, qui a rapidement offert sa coopération aux États-Unis après avoir initialement dénoncé une « barbarie ».
- Des négociations secrètes entre les États-Unis et des représentants du régime de Maduro, dont Delcy Rodriguez et son frère Jorge, avaient déjà été révélées avant l’opération américaine.
- Des sources au sein de l’opposition vénézuélienne s’inquiètent d’un possible accord entre Washington et le régime en place, craignant que des élections libres ne soient pas organisées rapidement.
L’opération américaine contre Nicolás Maduro a plongé le Venezuela dans une période d’incertitude politique, marquée par une lutte de pouvoir entre le régime et l’opposition. Des interrogations se posent quant à la réelle surprise de cette intervention et à la possibilité d’un accord préétabli entre les différentes parties.
Delcy Rodriguez, l’ancienne vice-présidente, a accédé à la présidence du pays suite à l’arrestation de Maduro par les militaires américains. Bénéficiant du soutien de l’armée et de la tolérance des États-Unis, elle a d’abord accusé Washington de « barbarie » avant de proposer une collaboration à l’administration Trump. Cette volte-face suscite des interrogations sur ses motivations et sur l’existence de négociations secrètes.
Dès le mois d’octobre, le journal Miami Herald révélait que Delcy Rodriguez et son frère Jorge avaient entamé des discussions avec les États-Unis concernant l’après-Maduro, avec l’accord du dictateur en place. Ces négociations portaient notamment sur un retrait pacifique de Maduro du pouvoir.
Qu’est-ce que Delcy Rodriguez savait des plans de Trump ?
Est-il possible que Delcy Rodriguez ait été informée des plans américains visant à arrêter Maduro, voire qu’elle y ait participé ?
Contactée par BILD, l’avocate américano-vénézuélienne Eva Golinger, qui a conseillé par le passé Hugo Chávez sur les questions de politique étrangère, avance une hypothèse troublante. Elle affirme que lorsque les négociations entre les frères Rodriguez et les États-Unis ont rencontré des difficultés et que la pression militaire américaine s’est intensifiée, « il semble que Jorge et Delcy aient entamé un autre type de conversations avec l’équipe Trump ».
En d’autres termes, des discussions dont l’existence n’a pas été rendue publique.
Selon l’experte, « lorsque la pression sur Maduro a augmenté, une campagne de relations publiques a été lancée dans les médias internationaux pour présenter Delcy comme l’alternative “modérée” à Maduro et sa probable successeur. Ce lissage de son image dans les médias faisait clairement partie d’une tentative de la “vendre” à Trump comme une alternative à Maduro, capable de garantir la stabilité du pays et d’ouvrir ses ressources, notamment pétrolières, aux entreprises américaines ».
Cela pourrait également correspondre aux intérêts des États-Unis, selon Golinger : « Pour Trump, il est plus facile d’avoir Delcy au pouvoir que de procéder à un changement de régime complet et à une “construction de la démocratie”, ce qui ne l’intéresse absolument pas ». Elle souligne que les frères Rodriguez sont des « durs » qui ne tolèrent aucune contradiction.
L’opposition craint que Trump ne maintienne le régime en place
L’opposition vénézuélienne, initialement enthousiaste face à l’intervention américaine contre Maduro, exprime désormais de vives inquiétudes. Elle déplore notamment l’absence d’engagement clair de l’administration Trump en faveur d’élections libres et rapides.
Certains membres de l’opposition évoquent la possibilité d’accords secrets entre le gouvernement américain et le régime de Caracas. L’absence d’une annonce claire concernant le calendrier et les modalités d’élections libres est interprétée comme un signe de ces possibles arrangements.
Delcy Rodriguez (56) et Jorge (60), président de l’Assemblée nationale
Des sources proches de l’opposition ont confié à BILD qu’une rencontre prévue en décembre entre le secrétaire d’État américain Marco Rubio et Maria Machado, figure emblématique de l’opposition et prix Nobel de la paix, n’a pas eu lieu. Selon ces sources, une rencontre entre Trump ou Rubio et l’opposition aurait dû avoir lieu après la chute de Maduro, mais cette dernière reste pour l’instant sur la défensive.
La CIA considère la vice de Maduro comme la mieux placée
Ces informations concordent avec un rapport du New York Times, qui indique que l’administration américaine ne croit pas en la capacité de Maria Machado à remplacer le régime actuel. Des conseillers de Trump auraient demandé à l’opposante, l’année dernière, de présenter un plan pour placer ses proches au pouvoir, mais elle n’a fourni aucune information concrète.
Une analyse confidentielle de la CIA a également conclu que Rodriguez et d’autres membres du régime étaient « les mieux placés pour diriger un gouvernement de transition » au Venezuela et « garantir la stabilité à court terme », selon le Wall Street Journal.
Maria Machado (58), prix Nobel de la paix
Le régime de Maduro a-t-il aidé les États-Unis ?
Il semblerait que des représentants du régime vénézuélien actuel aient aidé les États-Unis à destituer Maduro par des moyens militaires. C’est ce qui ressort de témoignages d’anciens et d’actuels responsables américains, rapportés par le journal The Atlantic. Le faible nombre de victimes américaines suggère que Washington a bénéficié d’un soutien, au moins passif, de certains éléments de l’armée vénézuélienne, ce qui a contribué au succès de l’opération. Sans « une aide significative ou, à tout le moins, une retenue consciente de l’armée locale », cela n’aurait pas été possible.
L’identité des personnes au sein du régime vénézuélien qui ont collaboré avec les Américains reste inconnue.
