Publié le 6 novembre 2023 19:07:00. Malgré des signaux d’alerte persistants, les marchés boursiers américains continuent leur ascension, atteignant des niveaux qui inquiètent les investisseurs et rappellent les excès du passé, selon l’indicateur phare de Warren Buffett.
- L’« Indicateur Buffett », qui compare la capitalisation boursière totale américaine au produit intérieur brut (PIB), a dépassé son record de l’ère pandémique.
- Barclays souligne que ce ratio suggère une surévaluation du marché et reflète des inquiétudes quant à une possible bulle spéculative.
- Des indicateurs complémentaires, notamment ceux développés par Barclays, confirment cette tendance à l’euphorie.
Les marchés américains semblent ignorer les avertissements, affichant une hausse de 36 % depuis les bas de l’avril dernier. Cette progression s’accompagne d’une valorisation boursière qui dépasse désormais deux fois la taille de l’économie américaine, même après une croissance du PIB relativement forte ces derniers mois.
L’« Indicateur Buffett », bien qu’imparfait, est un outil couramment utilisé pour évaluer si les valorisations boursières sont excessives. Actuellement, il signale un niveau d’optimisme qui rappelle celui qui précédait le marché baissier de 2022. Les stratèges de Barclays, dont Stefano Pascale, estiment que le ratio actuel « suggère naturellement que le titre est surévalué » et qu’il reflète des inquiétudes concernant un comportement de type bulle.
Barclays a également développé son propre indicateur, basé sur les données des options remontant à 1997, pour mesurer l’euphorie du marché. Cet indicateur, conçu à l’époque de l’essor de l’intelligence artificielle et des comparaisons avec la bulle internet de la fin des années 1990, vise à identifier les positions excessives et les signes d’irrationalité. Il confirme actuellement les avertissements de l’indicateur Buffett, affichant un niveau d’euphorie autour de 11 %, supérieur à sa moyenne historique de 7,1 %. Il a atteint des niveaux supérieurs à 10 % pendant la période de la bulle internet et la frénésie des actions mèmes en 2021.
Les inquiétudes concernant une possible bulle persistent depuis des mois, les ratios cours-bénéfice du S&P 500 atteignant des niveaux observés uniquement avant des crises antérieures. Les pessimistes soulignent également un possible ralentissement du marché du travail et des signes de difficultés financières pour les ménages à faibles revenus, ce qui pourrait indiquer une fragilité de l’économie américaine. Cependant, les entreprises continuent d’afficher de solides bénéfices, et les investissements dans l’intelligence artificielle stimulent l’activité économique.
Warren Buffett avait déjà mis en garde en 2001 contre le risque de « jouer avec le feu » lorsque le ratio valorisation/PIB atteint des niveaux similaires à ceux observés actuellement. Il a toutefois souligné qu’il ne faut pas se fier uniquement à cet indicateur, affirmant lors de l’assemblée générale des actionnaires de Berkshire Hathaway Inc. (BRK/A) en 2017 que « ce n’est pas aussi simple que d’avoir une ou deux formules et de dire que le marché est sous-évalué ou surévalué ». Il a insisté sur le fait que « chaque chiffre a un certain degré de signification », mais que son importance peut varier considérablement en fonction du contexte.
L’historique de l’indicateur Buffett confirme cette prudence. En mai dernier, il signalait que les actions étaient relativement bon marché alors qu’elles entamaient une hausse historique de six mois. Auparavant, en 2019, il avait émis un signal d’avertissement qui s’est avéré prémonitoire avant que le S&P 500 n’atteigne de nouveaux sommets.
La composition du marché boursier a considérablement évolué au cours des deux dernières décennies, avec les grandes entreprises technologiques représentant désormais près d’un tiers de la capitalisation boursière du S&P 500. De plus, l’exposition croissante des entreprises américaines aux opportunités de profit mondiales, alors que le PIB est une mesure de l’activité nationale, constitue un autre facteur à prendre en compte, selon Pascale. Il ajoute que les investisseurs en actions ont tendance à être optimistes lorsque l’économie va bien, ce qui se reflète dans la croissance du PIB.
Malgré ces indicateurs, il existe des raisons de croire que la hausse des cours des actions est justifiée par la forte croissance des bénéfices des entreprises. Pour plus de 70 % des sociétés du S&P 500 ayant publié leurs résultats à ce jour, les bénéfices ont augmenté de près de 13 % par rapport à l’année dernière, tandis que les ventes progressent à leur rythme le plus rapide depuis trois ans, selon Bloomberg Intelligence. La croissance des bénéfices pour la société médiane du S&P 500 se situe actuellement au sommet de sa fourchette habituelle et est proche de son plus haut niveau des 15 dernières années, hors période de reprise post-pandémique, selon les stratèges de Deutsche Bank AG (DB).
Le discours du marché a récemment évolué, avec de nouvelles inquiétudes concernant la concentration du marché et le risque d’une correction boursière, comme l’a souligné Jim Reid, stratège de la Deutsche Bank. La baisse de près de 8 % enregistrée mardi pour Palantir Technologies Inc. (PLTR), malgré le relèvement de ses perspectives de bénéfices la veille, est emblématique de ce changement de sentiment.
Même si le marché entre dans une période traditionnellement favorable, la prudence reste de mise. Les stratèges de Barclays recommandent aux investisseurs de verrouiller leurs gains récents tout en limitant les risques, estimant que le potentiel de hausse reste incertain.
