Des dizaines de milliers de Palestiniens, contraints de fuir Gaza après l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, se retrouvent dans une situation précaire en Égypte, bloqués entre l’espoir d’un retour impossible et l’incertitude d’un exil prolongé. Malgré une trêve en cours, la frontière de Rafah, principal point de passage vers le territoire palestinien, reste fermée, laissant des familles séparées et un avenir suspendu.
L’histoire d’Islam Al Farany, 9 ans, illustre ce dilemme. Il y a deux ans, sa vie a basculé lorsqu’une frappe israélienne a endommagé la maison de ses proches. Évacué vers les États-Unis avec sa mère, Tahrir, grâce à l’aide d’une organisation à but non lucratif, Islam a subi une amputation et des traumatismes profonds. De retour en Égypte dans l’espoir de rejoindre le reste de sa famille à Gaza, ils ont appris la mort de son père, tué dans une autre frappe pendant leur absence.
« Nous sommes revenus en Égypte avec l’intention de rentrer à Gaza, mais la situation est devenue impossible », explique Tahrir.
Malgré l’accord de cessez-le-feu, la frontière de Rafah reste inaccessible aux Palestiniens souhaitant rentrer chez eux. Les six autres enfants de Tahrir sont toujours à Gaza, et la famille est séparée depuis près d’un an. Pour maintenir le contact, les enfants se rendent dans un salon de coiffure du quartier, où l’accès à Internet est plus fiable.
La frappe qui a blessé Islam a également touché ses frères et sœurs : Ahmed, huit ans, a subi de multiples fractures à la hanche, et Aya, six ans, a perdu la vue d’un œil. Mohammed, 17 ans, le plus âgé, tente de soutenir sa famille à distance.
Depuis l’attaque du 7 octobre, des dizaines de milliers de Palestiniens ont trouvé refuge en Égypte. Cependant, la fermeture du poste-frontière de Rafah, contrôlé par Israël depuis mai 2024, complique leur situation. Bien qu’Israël ait initialement accepté de rouvrir la frontière dans le cadre de la trêve, il conditionne désormais le retour des Palestiniens à la restitution de tous les restes des captifs détenus à Gaza par le Hamas.
Face à cette impasse, certains Palestiniens tentent de reconstruire leur vie en Égypte. Haneen Farhat, réfugiée depuis plus d’un an, a transformé sa cuisine en un petit commerce de spécialités palestiniennes. Elle propose désormais des cours de cuisine gazaouie, qui rencontrent un succès auprès des Égyptiens et des touristes, lui permettant de générer un revenu plus stable.
« J’ai dû trouver un moyen de subvenir à mes besoins », confie Haneen Farhat. « La cuisine est ma passion, et c’est aussi un moyen de partager ma culture. »
Cependant, la vie en Égypte est loin d’être facile pour les Palestiniens. Leurs visas temporaires ont expiré, les privant de tout statut légal officiel. Ils ne peuvent donc ni travailler officiellement, ni acquérir des biens immobiliers, ni scolariser leurs enfants dans les établissements égyptiens. Le Caire craint qu’un afflux massif de réfugiés palestiniens ne conduise à leur installation permanente sur son territoire.
Ces restrictions ont poussé certains à envisager une migration vers d’autres pays. Pour ceux qui sont séparés de leurs proches, l’attente demeure la seule option, dans l’espoir que la frontière de Rafah rouvre enfin et que la possibilité d’un retour à Gaza redevienne réalité.
