Publié le 9 décembre 2025 19h38. Le Parlement autrichien a dévoilé un projet ambitieux d’histoire orale, fruit de plus de huit ans de travail, qui offre un témoignage unique sur l’évolution du parlementarisme dans le pays à travers les voix de ceux qui l’ont vécu.
- Plus de 123 entretiens ont été menés avec d’anciens parlementaires, collaborateurs et experts.
- Une plateforme numérique permet d’accéder à ces témoignages, classés par thèmes et disponibles en téléchargement.
- Une table ronde a mis en lumière les enjeux de la polarisation politique et le rôle des médias dans le débat public.
Le projet « Parlementarisme expérimenté », initié en 2015 sous la direction de Günther Schefbeck, ancien responsable des archives parlementaires, vise à préserver la mémoire vivante de l’institution parlementaire autrichienne. Loin de se limiter à une simple collection de faits, il s’agit de recueillir les expériences, les perceptions et les valeurs de ceux qui ont façonné le paysage politique autrichien depuis les années 1960.
Lors d’un événement organisé au Parlement, Susanne Janistyn-Novák, directrice adjointe du Parlement et co-initiatrice du projet, a souligné l’importance de documenter les différentes phases du parlementarisme autrichien et de saisir la « vue intérieure » du travail parlementaire. Günther Schefbeck a expliqué que cette démarche s’inscrit dans la lignée de l’histoire orale moderne, qui a émergé dans les années 1960 pour donner une voix à ceux qui ne laissent généralement pas de traces écrites. Il a insisté sur l’intérêt de recueillir non seulement les faits rapportés, mais aussi les perspectives, les motivations et même les erreurs de mémoire, considérées comme révélatrices du point de vue de chacun.
Holger Böck, chef du département Bibliothèque et Archives de la Direction parlementaire, a présenté la mise en œuvre du projet sur le site internet du Parlement. Dix-sept entretiens ont déjà été publiés en ligne, et l’ensemble des témoignages, représentant plus de 200 heures d’enregistrements, seront progressivement mis à disposition. Les utilisateurs peuvent effectuer des recherches grâce à une fonction de filtre et accéder aux entretiens classés par thèmes. Ils peuvent également être téléchargés ou acquis via la Boutique du Parlement. Le podcast « Histoires du Parlement », animé par l’acteur et humoriste Clemens Haipl, propose une sélection d’anecdotes issues de ces entretiens.
Une table ronde a réuni Heide Schmidt, Sonja Puntscher Riekmann et Ingrid Thurnher pour discuter des liens entre le parlementarisme, les médias et la polarisation politique. Les participantes ont évoqué la création du Forum libéral en 1993 et l’impact du discours médiatique sur la pratique parlementaire. Ingrid Thurnher a souligné que les réseaux sociaux avaient contribué à une émotionnalisation du débat public, enfermant les opinions dans des « bulles de filtrage » et rendant plus difficile un discours politique objectif et réfléchi. Selon Heide Schmidt, cette polarisation et ce « populisme » alimenté par les émotions pourraient à terme « éliminer la démocratie ».
Sonja Puntscher Riekmann a nuancé cette analyse, estimant que la polarisation inhérente à la démocratie est une force motrice essentielle. Elle a toutefois reconnu que les réseaux sociaux avaient amplifié les voix extrêmes, tandis que le centre restait peu représenté. Elle a mis en garde contre le « manque de pardon » qui s’installe dans le discours politique, rendant plus difficile la construction de ponts entre les différentes opinions.
Des photos de l’événement ainsi qu’un compte rendu sont disponibles sur le portail web du Parlement.
