Publié le 18 janvier 2024 11h04. Après une longue lutte et une mobilisation citoyenne sans précédent, le cinéma d’art et d’essai La Clef, emblème du Quartier latin parisien, a rouvert ses portes. Son sauvetage par un collectif de passionnés est un symbole fort de résistance face à la disparition des salles indépendantes.
- Le cinéma La Clef, menacé de fermeture, a été racheté par un collectif de ses partisans.
- Une occupation illégale de plus de trois ans et une campagne de financement participatif ont permis de récolter plus de 2,5 millions d’euros.
- Le projet a bénéficié du soutien de figures du cinéma international, dont Martin Scorsese et Quentin Tarantino.
La réouverture de La Clef, le 14 janvier, marque la fin d’une saga qui a captivé le monde du cinéma et au-delà. Fondée en 1973 par le cinéphile Claude Franck-Forter, en pleine effervescence post-Mai 68, cette salle chaleureuse nichée rue de la Clef s’est rapidement imposée comme un lieu de diffusion de films indépendants, de débats politiques et de découvertes cinématographiques.
Au fil des années, La Clef s’est distinguée par sa programmation audacieuse, privilégiant les œuvres rares, françaises et étrangères, et donnant une voix aux cinéastes émergents et aux minorités. Elle a toujours maintenu des tarifs accessibles, fidélisant ainsi un public fidèle et diversifié.
L’avenir de La Clef a commencé à s’assombrir en 1981, lorsque le bâtiment a été repris par le comité social d’une caisse d’épargne. Bien que l’activité cinématographique ait perduré, l’incertitude planait. La situation est devenue critique lorsque la banque a décidé de mettre la salle en vente en 2018, contraignant La Clef à fermer ses portes en avril.
Face à cette menace, un collectif, baptisé La Renaissance de La Clef, s’est constitué dans le but de racheter le bâtiment et de le transformer en une organisation à but non lucratif. Composé de cinéphiles, de militants et de riverains, ce groupe a mené une bataille acharnée, marquée par une occupation illégale du cinéma de 2019 à 2022.
Pendant cette période, des projections clandestines et des rassemblements ont été organisés, attirant un large public et suscitant un élan de solidarité. Le collectif a également lancé une campagne de financement participatif qui a permis de récolter des fonds considérables.
« Nous dormions à tour de rôle au cinéma », raconte Chloé, membre du collectif, à RFI. « Je me souviens avoir été réveillée par le bruit du projecteur 35 mm projetant un film de Gregg Araki. Les étudiants du quartier venaient prendre un croissant et regarder le film avant leurs cours. C’était merveilleux de se réveiller dans cet environnement. »

© RFI / Ollia Horton
Après une expulsion, une longue bataille judiciaire et une campagne de financement participatif couronnée de succès, le cinéma a finalement été racheté par le collectif en juin 2023 pour un peu plus de 2,5 millions d’euros. La campagne a reçu le soutien de nombreux artistes, notamment Martin Scorsese et Quentin Tarantino.
De nombreux réalisateurs français, tels que Céline Sciamma et Leos Carax, ont également apporté leur soutien en organisant des projections pendant l’occupation. En 2023, plus de 80 artistes internationaux ont fait don d’œuvres qui ont été vendues aux enchères pour récolter des fonds, notamment le cinéaste David Lynch et les photographes Wang Bing et Nan Goldin.
« Nous avons été très touchés par la reconnaissance de certaines personnalités du cinéma à l’égard de notre projet et de notre engagement pour sauver ce lieu », témoigne Taddeo, un cinéphile qui a contribué à l’organisation de la vente aux enchères et qui est aujourd’hui l’un des coordinateurs de la programmation du collectif.
La gestion de La Clef repose désormais sur un modèle économique original, combinant adhésions annuelles, vente au bar et billets à volonté, dont le prix est laissé à l’appréciation de chaque spectateur (en moyenne 4 €). Le cinéma emploie seulement deux salariés, le reste de l’équipe étant composé de bénévoles formés à la gestion du bâtiment, à la projection des films et à l’accueil du public.
Le collectif loue également l’espace à d’autres associations pour des projections thématiques et des activités communautaires, et a établi des partenariats avec des écoles de cinéma pour permettre aux étudiants de se former à l’utilisation des projecteurs 35 mm et aux techniques de montage.

© RFI / Ollia Horton / La Clef Revival
La Clef Revival espère que son succès inspirera d’autres initiatives similaires en France et en Europe, démontrant qu’un modèle alternatif au cinéma commercial est possible. « Nous espérons que cela servira d’exemple et que d’autres personnes voudront également gérer des espaces ouverts au public dans leurs quartiers et leurs villes », déclare Kira. « Peut-être que d’autres pays pourraient venir ici et constater que cela s’est réellement produit et qu’ils pourraient probablement le faire aussi. »
