Publié le 12 octobre 2025 à 08h05. L’Indonésie s’apprête à renforcer sa capacité d’intervention humanitaire en acquérant un porte-avions léger italien, une décision qui marque un tournant stratégique dans la région et témoigne de l’ambition de Jakarta de devenir un leader régional en matière de sécurité non conventionnelle.
- L’Indonésie devient le deuxième pays de l’ASEAN à exploiter un porte-avions, après la Thaïlande.
- Le navire, la Giuseppe Garibaldi, sera principalement utilisé pour l’assistance humanitaire et les secours en cas de catastrophe (HADR), compte tenu de la vulnérabilité géographique de l’Indonésie.
- L’acquisition s’inscrit dans une stratégie plus large de coopération humanitaire au sein de l’ASEAN.
Jakarta a annoncé l’acquisition de la Giuseppe Garibaldi, un porte-avions léger italien désarmé. Cette décision représente un investissement significatif dans la capacité de l’Indonésie à répondre aux catastrophes naturelles, un enjeu crucial dans un archipel composé de plus de 17 000 îles, dont beaucoup manquent d’infrastructures de base. Le navire, qui a servi de vaisseau amiral de la marine italienne dans les années 1980 et participé à des opérations de l’OTAN et de la coalition dans les Balkans, en Afghanistan et en Libye, sera transformé pour des missions HADR.
La géographie de l’Indonésie rend une réponse rapide aux catastrophes particulièrement difficile. Le tsunami de l’océan Indien en 2004 a mis en évidence les défis logistiques liés à l’acheminement de l’aide dans les zones reculées. Un navire de la taille de la Giuseppe Garibaldi (13 000 tonnes) offre une plateforme mobile capable de déployer rapidement des fournitures de secours, des équipes médicales et des unités d’ingénierie vers les îles isolées touchées par des tsunamis, des tremblements de terre ou des éruptions volcaniques.
Selon les experts, un navire HADR efficace doit disposer d’installations médicales avancées, notamment des services chirurgicaux de rôle 3 avec des unités de soins intensifs et des espaces de quarantaine. Des services d’optométrie, de dentisterie et de pharmacie sont également essentiels. La capacité de réaliser des diagnostics rapides sur place, grâce à des équipements d’imagerie médicale portables (radiologie, échographie, tomodensitométrie) et à un laboratoire clinique, est cruciale pour une prise en charge efficace des victimes.
Les capacités aéronautiques, avec des hélicoptères et des drones de surveillance, sont également vitales. Les hélicoptères constituent souvent le seul moyen de transport viable lorsque les ports et les aéroports sont endommagés. Le navire HADR doit donc disposer d’un large poste de pilotage, d’un hangar spacieux et d’installations de maintenance pour assurer une portance aérienne continue. Des systèmes de communication fiables et des salles de commandement pour la coordination des secours sont également indispensables.
L’expérience des États-Unis, avec les porte-avions USS Abraham Lincoln (CVN-72) et USS Carl Vinson (CVN-70), démontre la polyvalence des plates-formes navales dans les opérations HADR. Suite au tsunami de 2004 et au tremblement de terre de 2010 à Haïti, ces navires ont rapidement déployé une aide vitale, réalisant plus de 1 737 missions de secours et soignant plus de 200 survivants à bord de l’USS Abraham Lincoln dans les neuf jours suivant le tsunami, et évacuant 435 patients et distribuant plus de 1,1 million de livres d’aide avec l’USS Carl Vinson en Haïti.
Cependant, les rapports soulignent que la coordination civilo-militaire et la logistique restent des défis majeurs lors des opérations HADR, en raison d’un manque de familiarité avec les capacités et les procédures de liaison. L’interopérabilité entre les militaires, les ONG et les agences gouvernementales est essentielle pour garantir le succès des missions.
L’acquisition de la Giuseppe Garibaldi s’inscrit dans le cadre plus large de la coopération humanitaire au sein de l’ASEAN, qui a identifié les secours en cas de catastrophe comme une priorité. L’Indonésie, en renforçant ses capacités HADR, pourrait jouer un rôle de premier plan dans les opérations de secours régionales, en complément des mécanismes existants tels que l’Accord de l’ASEAN sur la gestion des catastrophes et les interventions d’urgence (AADMER) et le Centre de coordination de l’ASEAN pour l’assistance humanitaire pour la gestion des catastrophes (Centre AHA). L’Indonésie participe également activement aux exercices HADR avec ses partenaires internationaux, notamment dans le cadre de la réunion des ministres de la Défense de l’ASEAN-Plus (ADMM-Plus).
Si Jakarta parvient à former ses équipages, à maintenir des normes opérationnelles élevées et à déployer le navire efficacement en cas d’urgence, elle pourrait donner l’exemple d’une transformation réussie d’une ancienne plateforme militaire en un atout humanitaire mondial. L’Indonésie renforcerait ainsi sa résilience et son profil international, se positionnant comme un leader en matière d’aide humanitaire dans l’ASEAN et au-delà. La Giuseppe Garibaldi pourrait devenir un symbole de solidarité régionale et un instrument de coopération en temps de crise.
* Phar Kim Beng est professeur d’études asiatiques et directeur de l’Institut d’internationalisation et d’études asiatiques à l’Université islamique internationale de Malaisie. Jitkai Chin est professeur agrégé au Département de génie chimique de l’Universiti Teknologi Petronas.
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