Publié le 6 décembre 2025 à 07h25. L’accès à des médicaments essentiels, parfois vitaux pour les patients hospitalisés, est menacé par de nouvelles réglementations européennes en cours d’élaboration, suscitant l’inquiétude des professionnels de santé aux Pays-Bas.
- Des règles européennes pourraient empêcher les pharmacies hospitalières d’accéder à des médicaments essentiels fabriqués par des spécialistes.
- Le ministre sortant de la Santé, Bruijn, s’est engagé à intervenir auprès de Bruxelles pour éviter cette situation.
- Plusieurs pays européens, dont la Belgique, l’Autriche et l’Italie, partagent les mêmes préoccupations.
La disponibilité de médicaments cruciaux pour les soins hospitaliers, voire pour maintenir en vie les patients, est compromise par les futures réglementations européennes. C’est l’alerte lancée par les associations néerlandaises des pharmaciens hospitaliers (NVZA), des pharmaciens (KNMP) et des pharmacies spécialisées en préparation pharmaceutique (NGB). Ces pharmacies, qui fabriquent des médicaments non disponibles sur le marché ou en quantité insuffisante, pourraient se retrouver dans l’incapacité de fournir leurs produits aux hôpitaux.
Le ministre sortant de la Santé, Bruijn, a confirmé partager ces inquiétudes et a annoncé son intention de consulter les autorités européennes. Il espère parvenir à une solution pour éviter ces difficultés.
Les Pays-Bas craignent que la révision de la législation pharmaceutique européenne ne prive de base juridique les pharmacies spécialisées. Sans cette base, ces pharmacies, qui jouent un rôle vital dans la fabrication de médicaments essentiels, ne pourraient plus approvisionner les hôpitaux néerlandais.
« Des risques mortels »
« Si cela se produit, les patients, adultes et enfants, courront des risques mortels aux urgences, aux soins intensifs et au bloc opératoire. »
Claartje Samson, pharmacienne hospitalière et présidente de l’association NVZA
« Imaginez un patient victime d’une hémorragie sévère ou d’une infection, en état de choc. Il aura alors besoin immédiat de médicaments pour stabiliser sa tension artérielle et son rythme cardiaque, et éviter la mort. C’est la disponibilité de ces médicaments qui est aujourd’hui en jeu », explique Claartje Samson.
De nombreux médicaments essentiels ne sont pas fabriqués, ou seulement en quantités limitées, par l’industrie pharmaceutique, car les marchés de vente ne sont pas toujours suffisamment rentables. Cela concerne notamment des préparations faciles à administrer pour endormir les enfants, contrôler leur hypertension artérielle ou prévenir les crises d’épilepsie.
Les pharmaciens préparateurs fabriquent également des médicaments salvateurs pour les adultes, comme la flucytosine, un traitement contre les infections fongiques potentiellement mortelles, qui n’est plus fourni par les sociétés pharmaceutiques suite à la faillite du titulaire de l’enregistrement.
Tolérance
Par le passé, un plus grand nombre de pharmacies néerlandaises fabriquaient leurs propres médicaments. Cependant, en raison de réglementations de qualité de plus en plus strictes, seuls un nombre limité de pharmaciens sont aujourd’hui autorisés et capables de préparer des médicaments. Ils assurent ainsi une continuité des soins lorsque cela est nécessaire, un processus appelé transmission collégiale.
Cette forme de livraison ultérieure n’est pas explicitement autorisée par la législation européenne actuelle. Les Pays-Bas tolèrent donc cette pratique grâce à des règles nationales spécifiques.
Un processus de révision de la législation pharmaceutique est en cours à Bruxelles. Les Pays-Bas souhaitaient profiter de cette révision pour légaliser pleinement la transmission collégiale.
L’organisation professionnelle de l’industrie pharmaceutique, l’Association des médicaments innovants aux Pays-Bas, soutient également la nécessité d’un cadre juridique clair pour la délivrance par les pharmaciens. « Ils jouent un rôle important dans la disponibilité des médicaments essentiels », a déclaré un porte-parole.
« Le patient a toujours droit aux médicaments »
Les projets de textes juridiques de la Commission européenne, qui seront soumis au Parlement européen, ne prévoient cependant pas de base légale pour la transmission collégiale. Cela pose problème, car les tolérances nationales sont moins susceptibles d’être acceptées avec une nouvelle législation.
« C’est pourquoi je me suis rendu à Bruxelles mardi dernier. Pour discuter avec un certain nombre de membres du Parlement européen ainsi qu’avec le commissaire européen compétent et faire valoir notre point de vue. Nous sommes fermement opposés à ce que cela (la transmission collégiale, ndlr) devienne impossible. Nous pensons qu’un patient doit toujours recevoir les médicaments dont il a besoin. »
Bruijn, ministre sortant de la Santé
La Belgique, l’Autriche, l’Italie et la Croatie partagent des préoccupations similaires à celles des Pays-Bas. Le ministre Bruijn affirme recevoir de plus en plus de soutien de la part d’autres pays.
La Commission européenne n’a pas encore expliqué pourquoi elle n’a pas inclus de base juridique pour la transmission collégiale dans ses propositions. Elle refuse de commenter tant que la loi n’est pas finalisée.
