Publié le 26 octobre 2024 10:30:00. L’ère des stations spatiales privées est en marche, portée par le retrait annoncé de la Station spatiale internationale (ISS) vers 2030 et un investissement massif de la NASA dans de nouvelles infrastructures orbitales.
- D’ici 2026, la start-up Vast prévoit de lancer Haven-1, la première station spatiale commerciale autonome.
- La NASA mise sur le secteur privé pour réduire les coûts et stimuler l’innovation dans l’orbite terrestre basse.
- Plusieurs entreprises, dont Axiom Space, Voyager Space et Blue Origin, sont en compétition pour développer des stations spatiales de nouvelle génération.
La fin de vie prévue de l’ISS, en service depuis plus de deux décennies et complétée depuis 2022 par la station chinoise Tiangong, marque un tournant dans l’exploration spatiale. Plutôt que de construire un remplaçant à l’ISS, la NASA a opté pour une stratégie de location de services auprès d’entreprises privées, estimant que cette approche favorisera une économie orbitale plus dynamique et abordable.
La première étape concrète de cette transition pourrait se concrétiser dès mai 2026 avec le lancement de Haven-1 par la société californienne Vast. Drew Feustel, astronaute principal de Vast et ancien membre d’équipage de la NASA, a déclaré :
« Si nous respectons notre plan, nous serons la première plateforme LEO commerciale autonome jamais lancée dans l’espace avec Haven-1, et c’est un point d’inflexion incroyable pour les vols spatiaux habités. »
Drew Feustel, astronaute principal de Vast
Ce lancement, prévu à bord d’une fusée SpaceX Falcon 9, représentera la charge utile la plus importante jamais transportée par ce vecteur, avec environ 13 600 kg (31 000 livres).
Bien que modeste en taille – comparable à un conteneur d’expédition – Haven-1 accueillera des équipages de quatre personnes pour des séjours allant jusqu’à dix jours. Vast a mis l’accent sur le confort à bord, avec une esthétique soignée, des surfaces douces, des systèmes de couchage gonflables et un menu repensé pour les astronautes, dans l’espoir d’attirer une clientèle variée. Haven-1 est cependant considérée comme une étape préparatoire à Haven-2, une station modulaire plus vaste qui ambitionne de succéder à l’ISS.
Le développement de Haven-2 dépend en grande partie du financement du Programme de destinations commerciales en orbite terrestre basse de la NASA, lancé en 2021. L’agence spatiale américaine a déjà investi environ 415 millions de dollars dans la première phase du programme, soutenant ainsi de nombreuses start-ups dans la construction de stations spatiales. L’année prochaine, la NASA devrait attribuer des contrats de phase 2, d’une valeur comprise entre 1 et 1,5 milliard de dollars, pour la période 2026-2031.
Axiom Space, un autre acteur majeur de cette nouvelle course à l’espace, prévoit de construire sa station en s’appuyant sur l’ISS. La société lancera d’abord un module d’alimentation et de chauffage qui sera connecté à l’ISS, et qui pourra fonctionner de manière autonome dès 2028. Des modules d’habitation et de recherche seront ensuite ajoutés progressivement, ainsi que des sas, pour créer une station spatiale privée indépendante. Plus d’informations sur le projet Axiom Space.
Voyager Space et Airbus collaborent également sur le projet Starlab, qui a récemment franchi une étape importante avec le début de son développement à grande échelle en vue d’un lancement prévu en 2028. Starlab pourra accueillir quatre astronautes et sera dotée d’un bras robotique externe. Elle est conçue pour être lancée en une seule fois à bord de la prochaine fusée Starship de SpaceX. En savoir plus sur le lancement de Starlab avec Starship.
Blue Origin, fondée par Jeff Bezos, travaille de son côté avec Sierra Space et Boeing sur Orbital Reef, un projet ambitieux décrit comme un “parc d’activités à usage mixte” situé à 400 km au-dessus de la Terre. Les concepteurs ont récemment testé des maquettes grandeur nature des modules d’habitation en demandant à des personnes d’effectuer des tâches quotidiennes.
Ces projets misent sur la NASA comme principal locataire, mais également sur l’émergence d’une demande croissante de la part de touristes spatiaux, de chercheurs et d’entreprises désireuses de profiter des avantages de la microgravité pour la fabrication de matériaux innovants. Cependant, le succès économique de ces stations spatiales privées reste incertain, et la concurrence sera intense. Il est possible que l’économie orbitale ne soit pas suffisamment développée pour soutenir plusieurs stations spatiales simultanément.
Néanmoins, avec la fin de vie de l’ISS en vue, une opportunité unique se présente sur le marché. Si les projets actuels se concrétisent, l’humanité disposera bientôt d’un choix beaucoup plus large de destinations orbitales.
