Une refonte majeure du calendrier vaccinal américain, annoncée début janvier 2026, suscite une vive controverse. Le ministère de la Santé et des Services sociaux (HHS) a revu ses recommandations, passant d’un calendrier universel à une approche plus nuancée, ce qui inquiète les experts quant à une possible baisse de la couverture vaccinale et à une érosion de la confiance du public.
Le 2 janvier, le HHS a publié une évaluation scientifique comparant le calendrier vaccinal américain à ceux d’autres pays développés. L’étude a révélé que les États-Unis recommandent davantage de vaccins, pour un plus grand nombre d’âges, sans pour autant observer de taux de vaccination supérieurs. Cette conclusion a servi de base à la révision des recommandations de longue date.
Trois jours plus tard, le directeur par intérim des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) a signé une note de décision officialisant ces changements. La nouvelle politique structure les recommandations vaccinales en trois niveaux :
- Vaccins recommandés pour tous les enfants : rougeole, oreillons, rubéole, poliomyélite, coqueluche, tétanos, diphtérie, Haemophilus influenzae type b (Hib), pneumocoque, papillomavirus humain (VPH) et varicelle.
- Vaccins recommandés pour certains groupes à haut risque : virus respiratoire syncytial (VRS), hépatite A/B dans des contextes spécifiques, certaines souches de méningocoques.
- Vaccins basés sur une « prise de décision clinique partagée » : grippe, COVID-19, rotavirus et autres, où les parents et les cliniciens décident conjointement de la vaccination.
Ce nouveau cadre réduit le nombre de maladies pour lesquelles une vaccination systématique est conseillée à tous les enfants, passant d’environ 17 à 18 à environ 11 recommandations principales. Les vaccins contre l’hépatite A, l’hépatite B, le rotavirus, la grippe, la COVID-19, le VRS et certaines maladies méningococciques ne sont plus universellement recommandés, mais proposés en fonction d’une évaluation des risques ou d’une décision partagée entre le médecin et le patient. Le HHS et le CDC ont toutefois précisé que tous les vaccins resteraient disponibles et couverts par l’assurance, même s’ils ne sont plus universellement recommandés.
Les experts en santé publique et les pédiatres s’inquiètent des conséquences potentielles de ces changements. Ils craignent une confusion chez les parents et les professionnels de santé, une baisse de la couverture vaccinale et une érosion de la confiance dans les orientations de santé publique. « Le passage de recommandations universelles claires à des catégories de décision plus nuancées crée une complexité et des problèmes de communication qui peuvent décourager la vaccination », soulignent-ils.
La réaction des États américains n’a pas tardé. Dès la mi-janvier, au moins 17 États, dont la Californie, le Colorado, le Connecticut, Hawaï, le Maryland, le Massachusetts, le Minnesota, le New Jersey, New York, l’Oregon, la Pennsylvanie, le Vermont, Washington et le Wisconsin, ont annoncé qu’ils continueraient de suivre les recommandations vaccinales de l’American Academy of Pediatrics (AAP), plutôt que les nouvelles directives fédérales. Les responsables de la santé publique de ces États ont qualifié les changements fédéraux d’« imprudents » et de « dangereux », craignant qu’ils n’amplifient la confusion, notamment dans un contexte d’épidémies de rougeole et de coqueluche.
Plusieurs États ont même formé des alliances régionales pour coordonner leurs directives de vaccination, indépendamment de la politique du CDC. L’AAP, la Fondation nationale pour les maladies infectieuses (NFID) et d’autres organisations médicales continuent de recommander des calendriers de vaccination systématiques, basés sur des données scientifiques rigoureuses. Des lettres conjointes de sociétés professionnelles exhortent les dirigeants fédéraux à réaffirmer des processus politiques transparents et fondés sur des données probantes.
Les décisions en matière de santé publique doivent être fondées sur des données probantes, l’équité et les meilleurs intérêts des communautés américaines. L’objectif déclaré du CDC était d’aligner la politique vaccinale américaine sur les recommandations d’autres pays, mais les experts soulignent que l’épidémiologie et le contexte sont cruciaux. Les caractéristiques de la population américaine, l’accès aux soins de santé et la dynamique de transmission des maladies diffèrent considérablement de ceux des systèmes de santé universels plus petits.
Pour contrôler la rougeole et d’autres maladies évitables, les États-Unis doivent s’efforcer d’atteindre une immunité collective proche de 95 %, un objectif qui nécessite de protéger et de renforcer les calendriers de vaccination fondés sur des données probantes et les infrastructures de santé publique.
