Publié le 2024-02-29 10:00:00. Les estimations de la surmortalité liée à la pandémie de COVID-19 restent un sujet de débat scientifique, avec des divergences notables quant à son ampleur réelle, notamment en Europe. Une analyse des données disponibles révèle la complexité de mesurer l’impact total de la crise sanitaire, au-delà des décès directement attribués au virus.
- Des études récentes mettent en évidence une surmortalité significative pendant la pandémie, dépassant largement le nombre de décès directement imputables au COVID-19.
- Les variations géographiques et démographiques de la surmortalité soulignent l’importance de facteurs contextuels tels que les politiques de santé publique et les vulnérabilités spécifiques des populations.
- L’impact de la pandémie sur d’autres causes de décès, comme les maladies cardiovasculaires et respiratoires, contribue à la complexité de l’évaluation de la surmortalité.
Depuis l’émergence du SARS-CoV-2 en Chine fin 2019, la pandémie de COVID-19 a eu des conséquences profondes sur la santé publique mondiale. Au-delà du nombre de décès directement attribués au virus, les chercheurs se penchent sur la question de la surmortalité, c’est-à-dire l’excès de décès observé par rapport à ce qui aurait été attendu en temps normal. Plusieurs études, dont une publication de Zhu et collègues dans le New England Journal of Medicine (2020), ont permis d’identifier et de caractériser ce nouveau coronavirus et ses premiers impacts.
L’évaluation de la surmortalité est un défi complexe, car elle nécessite de prendre en compte de nombreux facteurs, tels que les variations saisonnières de la mortalité, les tendances à long terme et les événements exceptionnels tels que les vagues de chaleur. Des systèmes de surveillance rapide de la mortalité, comme celui mis en place en Italie en 2020 (Michelozzi et coll., Eurosurveillance, 2020), ont permis de détecter rapidement les anomalies et d’alerter les autorités sanitaires. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a également publié des estimations de la surmortalité mondiale, soulignant l’ampleur de l’impact de la pandémie ( rapport de l’OMS). Des analyses plus poussées, comme celle de Wang et collègues dans The Lancet (2022), ont permis d’estimer la surmortalité due à la pandémie sur la période 2020-2021.
La pandémie a également eu un impact sur la surveillance d’autres maladies infectieuses, comme la grippe. Les mesures de contrôle mises en place pour limiter la propagation du COVID-19, telles que le port du masque et la distanciation sociale, ont entraîné une diminution de la circulation des virus grippaux (Adlhoch et coll., Eurosurveillance, 2021). Cependant, la réémergence de la grippe après la levée des restrictions a soulevé des questions sur l’impact à long terme de la pandémie sur la dynamique des maladies respiratoires. L’étude des variants du SARS-CoV-2, comme Omicron et Delta (Kumar et coll., Journal of Medical Virology, 2022 ; Wolter et coll., The Lancet, 2022 ; Lewnard et coll., Nature Medicine, 2022), a permis de mieux comprendre leur transmissibilité et leur virulence.
Outre les impacts directs de la pandémie, les mesures de confinement et les perturbations économiques ont pu avoir des conséquences indirectes sur la santé publique. Des études ont montré que la surmortalité était plus élevée dans les régions où les mesures de confinement étaient plus strictes (Pana et coll., BMJ Open, 2021). L’efficacité des interventions non pharmacologiques, telles que la vaccination, le dépistage et le confinement, a été évaluée par plusieurs équipes de recherche (Etemad et coll., Canadian Archives of Emergency Medicine, 2023 ; Fritz, Gries et Redlin, International Journal of Health Economics and Management, 2023). Les données disponibles sur la mortalité, provenant de sources telles que l’ tableau de bord de l’OMS et l’ ECDC, permettent de suivre l’évolution de la pandémie et d’évaluer l’impact des différentes stratégies de santé publique.
Les estimations de la surmortalité restent un sujet de débat, avec des divergences entre les différentes études (Moeti et coll., The Lancet, 2023 ; Schöley, Karlinsky, Kobak et Tallack, The Lancet, 2023 ; Bager et coll., The Lancet, 2023 ; Hay et Murray, The Lancet, 2023 ; Donzelli, The Lancet, 2023 ; O’Neill, The Lancet, 2023). Ces divergences peuvent être attribuées à des différences méthodologiques, à des données incomplètes ou à des biais de sélection. Le Directeur général de l’OMS a souligné l’importance de disposer de données fiables et comparables pour évaluer l’impact de la pandémie et prendre des décisions éclairées ( discours du Directeur général de l’OMS). La comparaison avec d’autres pandémies, comme le SRAS-CoV et les pandémies de grippe (Petersen et coll., The Lancet Infectious Diseases, 2020), permet de mieux comprendre les mécanismes de la surmortalité et d’identifier les facteurs de risque. Des plateformes comme Covariants fournissent des données actualisées sur la circulation des variants du SARS-CoV-2. Enfin, des études récentes suggèrent que la vaccination contre le COVID-19 a permis de sauver des millions de vies (Margaux et coll., The Lancet Respiratory Medicine, 2024), tandis que d’autres facteurs, tels que la chaleur extrême, peuvent avoir amplifié la surmortalité pendant la pandémie (Sousa et coll., International Journal of Biometeorology, 2022 ; Ballester et coll., Nature Medicine, 2023).
