Publié le 7 octobre 2024 à 06h35. Des analyses de roches lunaires rapportées par la mission chinoise Chang’e-6 révèlent des différences de température significatives entre la face visible et la face cachée de la Lune, ouvrant de nouvelles perspectives sur son histoire géologique.
- La face cachée de la Lune est environ 100 degrés Celsius plus froide que la face visible.
- Ces différences sont liées à des variations dans la composition des roches et l’activité volcanique passée.
- La mission Chang’e-6 a permis d’obtenir les premiers échantillons de la face cachée, rendant cette découverte possible.
Des scientifiques chinois et britanniques ont mis en évidence une disparité thermique insoupçonnée entre les deux hémisphères de notre satellite. L’analyse des échantillons de roche ramenés par la mission Chang’e-6, qui a réussi à prélever des matériaux sur la face cachée de la Lune, a révélé que les roches de cette région se sont formées à des températures de lave significativement plus basses – d’environ 100 degrés Celsius – que celles de la face que nous observons depuis la Terre.
Cette recherche, publiée le 30 septembre 2024 dans la revue scientifique Nature Geoscience, confirme des soupçons émis par les scientifiques depuis des décennies, mais qui n’avaient pu être prouvés jusqu’à présent en raison du manque d’échantillons provenant de la face cachée. La face cachée, caractérisée par une plus grande densité de montagnes et de cratères et une moindre présence de plaines basaltiques (roches issues de l’activité volcanique), présente également une composition différente.
« Les différences frappantes entre les faces proche et éloignée de la Lune en termes de topographie, d’activité volcanique et de structure crustale fournissent des informations importantes sur la formation et l’évolution de la Lune », ont souligné les chercheurs de l’University College de Londres (UCL), de l’Université de Pékin et de la China National Nuclear Corporation. South China Morning Post, le 4 octobre.
Selon Li Yang, professeur à l’UCL et à l’Université de Pékin, « Les faces proche et éloignée de la Lune sont très différentes, à la fois en surface et très probablement à l’intérieur. C’est l’un des plus grands mystères de la Lune. Nous l’appelons la Lune à deux faces. » Il a ajouté qu’une différence spectaculaire de température entre les deux côtés était suspectée depuis longtemps, mais que cette étude apporte la première preuve concrète basée sur l’analyse d’échantillons réels.
Les chercheurs ont constaté que les éléments producteurs de chaleur, tels que l’uranium, le thorium et le potassium – souvent associés à un matériau appelé KREEP – sont moins abondants sur la face cachée. Ils en déduisent que le manteau lunaire sous la face cachée est plus froid, ce qui correspond aux différences d’épaisseur de la croûte et à la répartition des éléments générateurs de chaleur.
Les résultats suggèrent que cette différence pourrait être liée à une répartition inégale du KREEP, déjà observée par satellite sur la face visible de la Lune. Par ailleurs, l’analyse des échantillons de Chang’e-6, ramenés sur Terre en juin 2024, a également apporté des indices sur l’impact d’un astéroïde géant il y a plus de 4 milliards d’années, qui aurait pu affecter la structure interne de la Lune, en particulier sur sa face cachée.
Un échantillon de 300 grammes prélevé au bord sud du cratère Apollo, dans la région du bassin polaire sud d’Aitken – l’un des plus grands cratères de la Lune – a confirmé que l’âge des roches est d’environ 2,8 milliards d’années, corroborant les résultats obtenus lors des missions Apollo et Chang’e-5.
Bien que ces découvertes soient significatives, les scientifiques reconnaissent que l’origine exacte de la différence de température entre les deux faces de la Lune reste à élucider. Ils estiment que l’évolution thermique de la Lune a pu se dérouler différemment sur chaque côté au cours de son histoire.
Cette avancée est considérée comme une étape importante dans l’étude de la géologie lunaire et de l’évolution des corps célestes du système solaire.
